Printemps arabe, crise postélectorale en Côte d'Ivoire, réélection mouvementée de Joseph Kabila en RDC, coup d'État au Mali... L'actualité africaine est si foisonnante qu'on n'imaginait pas que la présidentielle française puisse susciter un intérêt majeur sur le continent. La série de reportages consacrés à la campagne vue d'Afrique que publie le site jeuneafrique.com conduit à nuancer ce postulat. La course à l'Élysée ne passionne peut-être plus autant que par le passé... mais elle demeure au centre de toutes les attentions. Pour de bonnes et de moins bonnes raisons.
Rappelons que, sur le continent, les interventions françaises en Côte d'Ivoire et en Libye ont marqué les esprits. À Abidjan, où les plaies de la crise postélectorale restent vives, on apporte son soutien à François Hollande ou à Nicolas Sarkozy selon qu'on appartient au camp Gbagbo ou au camp Ouattara. Un parti pris qui, selon Laurent Dona Fologo, l'ancien président du Conseil économique et social, n'a guère de sens. Alternance ou pas, estime-t-il, le résultat du prochain scrutin n'aura « aucune incidence sur la politique française en Côte d'Ivoire ». D'ailleurs, qu'ils soient de gauche ou de droite, les Français ont globalement soutenu Ouattara.
Au Mali, ce clivage n'existe pas. L'interventionnisme de Nicolas Sarkozy agace assez unanimement. Après avoir été contraintes d'accueillir, tant bien que mal, nombre de réfugiés ivoiriens, les autorités ont dû faire face à un afflux de miliciens kaddafistes fuyant la Libye lourdement armés. Une onde de choc qui a profondément déstabilisé le pays. Avec le résultat que l'on sait.
Les Nigériens sont quant à eux très pragmatiques. Dans un contexte économique difficile marqué par la réduction des investissements africains d'Areva, une source diplomatique a confié à un journaliste de Jeune Afrique que le président Mahamadou Issoufou, bien que de gauche, jugerait les programmes des candidats en fonction de leur position sur le nucléaire. Or Hollande propose d'en sortir progressivement...
Restent les sujets qui fâchent : burqa, identité nationale ou prières de rue... Les prises de position plus que discutables des ténors de l'UMP n'ont pas contribué à redorer le blason d'une France dont la tendance amnésique concernant son passé colonial passe déjà difficilement. La presse algérienne ne s'est pas privée de dénoncer la « dérive droitière » du parti présidentiel et de voir dans les propos de Claude Guéant (« toutes les civilisations ne se valent pas ») l'épilogue logique d'un quinquennat au cours duquel le musulman a trop souvent été présenté comme « à l'origine de tous les maux » (El-Watan).
Bref, à moins d'un mois du scrutin présidentiel, la politique africaine de la France continue de susciter sur le continent africain attentes et crispations.

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