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Guinée - Cellou Dalein Diallo : "L'Histoire jugera la qualité du scrutin, pas son résultat"

28/03/2012 à 18h:15
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Cellou Dalein Diallo, président de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UDFG). Cellou Dalein Diallo, président de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UDFG). © Vincent Fournier/J.A.

Battu au second tour de la présidentielle guinéenne, Cellou Dalein Diallo, leader de l'UFDG, est l'un des opposants les plus intransigeants. En particulier pour ce qui a trait à l'organisation des législatives.

Issu d'une grande famille d'imams de l'ethnie peule du village de Dalein (Fouta-Djalon), Cellou Dalein Diallo, 60 ans, économiste de formation, a fait partie du gouvernement pendant dix ans sous Lansana Conté. Succes­sivement ministre des Transports, de l'Équipement, des Travaux publics, de la Pêche, puis Premier ministre de décembre 2004 jusqu'à son limogeage, sur fond de lutte d'influence, en avril 2006. Président de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) depuis 2007, il est arrivé en tête au premier tour de la présidentielle, le 27 juin 2010, avant de s'incliner, le 7 novembre, face à Alpha Condé (52,52 % des suffrages exprimés). Alors que le dialogue engagé en décembre dernier entre le pouvoir et l'opposition patine, le leader de l'UFDG a adopté une ligne qualifiée de plus en plus radicale.

Jeune Afrique : Quel bilan faites-vous des quinze premiers mois du mandat du chef de l'État ?

Cellou Dalein Diallo : C'est un bilan plutôt négatif, dans la mesure où Alpha Condé n'a pas comblé les attentes des Guinéens, moins encore celles de la classe politique. Nous nous attendions à ce que son expérience de quarante ans de lutte pour la démocratie favorise l'instauration d'un État de droit. Malheureusement, il semble plus préoccupé par la victoire de son parti, le RPG [Rassemblement du peuple de Guinée, NDLR], aux législatives. À nos yeux, ces élections sont une urgence, mais la majorité présidentielle ne semble pas pressée d'y aller.

Alpha Condé n'a comblé ni les attentes des Guinéens ni celles des politiques.

Il semble qu'elles pourraient se tenir en juillet, pourtant vous menacez de les boycotter si vos revendications, notamment la recomposition de la commission électorale, ne sont pas satisfaites ?

Le boycott sera actif parce qu'on ne peut pas prendre ce pays en otage après tant d'années de combat pour la démocratie. Des dizaines de jeunes ont été tués au pont du 8-Novembre en 2007 ; plus de 150 personnes sont mortes au stade du 28-Septembre en 2009... Cet engagement de la société civile, ce sacrifice en vies humaines, ce n'était pas pour qu'Alpha, Sidya [Touré, le candidat de l'Union des forces républicaines] ou Cellou deviennent présidents. C'était pour que la Guinée soit démocratique et que les droits de l'homme y soient respectés.

Certains font remarquer que des législatives ont été organisées au Gabon et en Côte d'Ivoire sans l'opposition et comptent en faire autant ici. Mais le contexte est différent. Les formations regroupées au sein du Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition et de l'Alliance pour la démocratie et le progrès ont représenté 70 % des suffrages exprimés au premier tour de la présidentielle, le 27 juin 2010...

Que répondez-vous à ceux qui vous disent président d'un "parti peul" ?

Mes détracteurs ne manquent pas de rappeler que j'aurais déclaré : « C'est le tour des Peuls. » C'est faux, jamais je n'ai dit cela. Mon parti est un parti national et transversal. Vous pouvez vérifier la composition des structures pour vous en convaincre. Vous pouvez relire tous mes discours et décrypter tous les actes que je pose. Lors de la campagne présidentielle, j'ai visité toutes les circonscriptions et j'ai délivré le même discours d'unité partout. J'ai effectivement fait le plein de voix dans ma région d'origine, mais je suis aussi arrivé en première position à Kindia, en Basse-Guinée, et à Siguiri, en Haute-Guinée, dans la région d'Alpha Condé.

Tout ce que je souhaite, c'est que ce dernier fasse en sorte que soient organisées des élections crédibles, autrement, le chantier de la réconciliation n'avancera pas. Son image de leader historique, combattant pour la démocratie, n'en sera que renforcée. L'Histoire ne le jugera pas sur le score du RPG mais sur la qualité des élections.

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Propos recueillis à Conakry par André Silver Konan

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