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21/03/2012 à 19:27
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Michel Kazatchkine, le directeur exécutif démissionnaire du Fonds mondial contre le sida. Michel Kazatchkine, le directeur exécutif démissionnaire du Fonds mondial contre le sida. © Vincent Fournier/J.A.

Alors que le Fonds mondial contre le sida vient de fêter ses dix années d'existence, son directeur exécutif a démissionné le 16 mars. Michel Kazatchkine répond ici aux accusations de détournements de fonds et de mauvaise gestion portées contre l'institution.

Médecin et chercheur, Michel Kazatchkine a consacré près de trente ans de sa vie à la lutte contre le sida. Cinq ans durant, il a notamment été le directeur exécutif du Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme. À 65 ans, cédant aux pressions, il a choisi de démissionner. Quelques jours auparavant, il s'était confié dans un entretien exclusif.

Jeune Afrique : Quel bilan dressez-vous de l'action du Fonds depuis sa création, il y a dix ans ?

Michel Kazatchkine : En 2002, il n'y avait que quelques dizaines de milliers d'Africains sous traitement antirétroviral, et la tuberculose comme le paludisme étaient une fatalité. Dix ans plus tard, l'espoir est né. Il y a aujourd'hui 3,5 millions d'Africains sous antirétroviraux. On est passé de 0 % à 45 % de couverture. 55 % des femmes enceintes séropositives y ont aussi accès. La mortalité liée au sida a diminué de 25 % et le nombre des nouvelles infections a baissé de plus de 20 % depuis 2006, notamment en Afrique. Concernant le paludisme, 80 % des foyers situés en zone d'endémie sont équipés de moustiquaires. La mortalité a diminué de plus de moitié dans douze pays parmi les plus touchés, grâce aussi à l'arrivée en 2004 de traitements à base d'artémisinine.

Quelle part représente l'Afrique dans les programmes de subventions ?

Environ 60 % des investissements du Fonds lui sont consacrés, c'est une constante. Grâce aux 14 milliards de dollars qui lui ont été versés, la situation y a complètement changé.

Les cas de détournements de subventions signalés sur le continent au cours des dernières années ont-ils pesé sur votre décision de démissionner ?

On a beaucoup parlé de quatre cas récents de malversations, en Mauritanie, au Mali, en Zambie et à Djibouti [34 millions de dollars de subventions détournées, NDLR]. Or les alertes ont toujours existé et notre transparence est absolue. Je pense qu'il y a eu quelque chose de vicieux dans la façon dont les faits ont été présentés. Cela dit, les cas de fraudes constituent un des facteurs qui ont contribué à ma démission. Ils ont terni l'image de l'institution et servi les adversaires de l'aide au développement.

Ce n'est pas la première fois que la gestion du Fonds est mise en cause. Comment y remédier ?

Depuis sa création, le Fonds a déboursé plus de 22 milliards de dollars. Comment imaginer que cela puisse se faire sans risque ? Les pays ont pris leurs responsabilités, à l'exemple de la Mauritanie, qui a remboursé intégralement au Fonds l'argent détourné. Quant à l'accusation de gestion laxiste, le Fonds n'est qu'un intermédiaire. Ce n'est pas lui qui est responsable de la façon dont l'argent est dépensé au Mali ! Acceptons un seuil de risque dans l'action.

Urbain Olanguena Awono a été incarcéré en mars 2008 dans le cadre de l'opération Épervier de lutte contre la corruption. Depuis, vous avez à plusieurs reprises affiché votre soutien à l'ancien ministre camerounais de la Santé...

Au moment de son incarcération, j'ai indiqué dans un communiqué que je ne disposais d'aucun élément établissant son implication dans des affaires de détournements de subventions. Je n'ai jamais eu aucune preuve de ces malversations, ce que j'ai répété lors d'une conférence de presse au Cameroun, en mai 2010. À titre personnel, je m'inquiète que, depuis trois ans, il soit maintenu en détention sans jugement.

Début janvier, l'hebdomadaire Marianne vous a accusé d'avoir versé des sommes conséquentes en faveur des activités philanthropiques de Carla Bruni-Sarkozy. Cela a-t-il été l'un des motifs de votre départ ?

Je le démens avec force. Carla Bruni-Sarkozy s'est engagée dans une campagne que nous avons menée en 2010, « Born HIV Free ». Dans ce cadre, elle m'a demandé de confier la réalisation d'images à des producteurs avec lesquels elle avait l'habitude de travailler. En tant que directeur exécutif du Fonds, j'avais le droit de passer de tels contrats sans appels d'offres, à condition de les justifier, ce qui a été fait. Aucun versement n'a contourné les procédures en vigueur. Je suis attristé par l'amalgame que certains ont voulu faire, en n'hésitant pas à y impliquer une personnalité, l'action du Fonds et, indirectement, des malades, qui n'ont vraiment pas besoin de ce genre de presse.

C'est donc uniquement la nomination comme administrateur général de Gabriel Jaramillo, un banquier brésilien, qui est à l'origine de votre décision ?

C'est effectivement le motif principal de ma démission. C'est une question de principe. Je n'accepte pas qu'une personne prenne des responsabilités au Fonds sans avoir de comptes à rendre au directeur exécutif. Cela aurait créé une sorte de pouvoir bicéphale, et je ne vois même pas comment nous aurions pu nous répartir les responsabilités. Je pense que le conseil d'administration a fait le choix de me soumettre à une pression telle que je ne pouvais pas prendre une autre décision. Mais c'est bien moi qui l'ai prise. 

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Propos recueillis par Fanny Rey

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