Extension Factory Builder
19/03/2012 à 12:31
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Le rôle d'un journal d'information n'est pas seulement de faire éclater, quand il le peut et parce qu'il le doit, tel ou tel scandale forcément médiatique, mais aussi et surtout de suivre jusque dans la chambre les pas de ceux qui cherchent à en étouffer les conséquences. D'où cette question : que s'est-il passé, sur le plan judiciaire et financier, pour les principaux auteurs et bénéficiaires des détournements massifs - plus de 30 milliards de F CFA - opérés au sein de la Banque des États de l'Afrique centrale (Beac) ? Deux ans et demi après la révélation de ce fric-frac par Jeune Afrique, la réponse est consternante : rien. Aucun jugement n'a eu lieu, aucune condamnation n'a été prononcée, la Beac n'a jamais cherché sérieusement à récupérer l'argent volé et les protagonistes de cette affaire sont tous en liberté, à l'exception d'un seul, un simple lampiste, oublié au fond d'une geôle centrafricaine.

Tous, donc, vaquent tranquillement à leurs occupations. L'un s'est fait élire député chez lui avec l'appui de son président, point de départ, on l'imagine, d'une nouvelle carrière et d'une nouvelle virginité. Un autre jouit paisiblement de sa retraite et compte bien, toute honte bue, obtenir de son ex-employeur qu'il lui offre un parachute doré. Un troisième dirige sans sourciller le cabinet d'un grand chef de la région. Un quatrième continue de jouer dans son pays à l'opposant pourfendeur de mauvaise gouvernance... Quant au mécano du hold-up, relâché en catimini après quelques semaines de prison, il a été signalé tout récemment à Paris en train de procéder à de discrètes opérations immobilières pour le compte de... la Beac.

L'impunité étant la règle et aucune leçon n'ayant apparemment été tirée du scandale, rien d'étonnant à ce que la gestion actuelle de la Banque centrale paraisse toujours aussi opaque, ni à ce que demain les mêmes causes reproduisent les mêmes effets. Pourquoi d'ailleurs en serait-il autrement, quand on sait que le patron de l'une des plus grandes institutions régionales, après avoir encaissé ses vertigineuses indemnités de départ, continue de toucher son très confortable salaire et de diriger ladite institution, non pas depuis le siège de cette dernière, mais depuis son domicile, où il est officiellement en mission - c'est-à-dire entièrement pris en charge ? Cela fait un an que ça dure, et, manifestement, nul ne songe à s'en plaindre.

Soyons lucides, quitte à choquer : ce type d'aberration ne se rencontre plus guère, sur le continent, qu'en Afrique centrale, et il serait temps que les dirigeants de cette région se penchent sérieusement sur ce qui apparaît comme une spécificité aussi malsaine qu'inexplicable. Les hommes n'y sont pas plus corruptibles qu'ailleurs, le pétrole qui y coule n'est pas en soi une malédiction et les chefs d'État n'y ont pas moins, a priori, le souci de l'intérêt public. En Afrique centrale, comme partout, l'argent n'a pas d'odeur. Mais pour beaucoup de responsables politiques et économiques de la région, il n'a pas non plus d'honneur. Serait-ce là l'explication ?

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Afrique Centrale

Douala, port de l'angoisse

Douala, port de l'angoisse

L'infrastructure par laquelle transite le commerce du Cameroun, du Tchad et de la Centrafrique est au bord de l'asphyxie. Les opérateurs publics et privés gèrent l'urgence, mais les solutions de long terme se [...]

CAN-2019-2021-2023 : l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale raflent la mise

En choisissant samedi de donner la Coupe d'Afrique des nations (CAN) au Cameroun en 2019, à la Côte d'Ivoire en 2021 et à la Guinée en 2023, la Confédération africaine de football (CAF) a[...]

RD Congo : y a-t-il un pilote à la Gécamines ?

Scandale de surfacturation, ingérence de l'État, explosion des coûts... Rien ne va plus dans la grande entreprise minière publique du Katanga, qui attend la nomination d'un nouveau dirigeant.[...]

Gabon : le Haut-Ogoué se donne une verte mine

Manganèse à Moanda, uranium à Mounana, sucrerie à Ouellé, café à Kayié... L'économie de la province repose sur les produits de sa terre. Aujourd'hui, ils gagnent en[...]

Gabon : Port-Gentil retrouve la pêche

 Dans le cadre de la diversification de l'économie, le gouvernement a décidé en 2012 de reprendre en main le secteur de la pêche hauturière. Objectif ? Développer une véritable[...]

RDC : l'épidémie d'Ebola n'a "aucun lien avec celle qui sévit en Afrique de l'Ouest"

"Les résultats sont sortis positifs. Le virus Ebola est confirmé en RDC", a déclaré le ministre congolais (RDC) de la Santé, Félix Kabange Numbi.[...]

Joël Nana Kontchou, de l'énergie à revendre

À 52 ans, cet ingénieur prend les rênes de l'électricien Sonel, au Cameroun. Ses talents de meneur d'hommes, acquis chez Schlumberger, lui seront utiles pour remettre de l'ordre dans[...]

Congo Brazzaville : ça va bétonner à tout-va

Limitée jusqu'alors par la faible capacité de la société nationale, la production de ciment va être décuplée avec l'arrivée de trois nouveaux opérateurs.[...]

BantuHub et l'avant-garde du numérique à Brazzaville

 Vérone Mankou, patron de VMK, est aussi, depuis sa création en 2010, l'un des soutiens et des formateurs du BantuHub, une plateforme destinée à donner aux développeurs, webmasters et[...]

Congo Brazzaville : quand les patrons passent à l'action

Afin de dynamiser le secteur privé, l'État a créé une agence pour aider les futurs entrepreneurs et attirer les fonds étrangers. Reste à changer les mentalités.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces