Extension Factory Builder

France - Cameroun : Ketty Sina, ex-Clodette

16/03/2012 à 15:52
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Dans le restaurant de la Camerounaise, l'univers Claude François reste très présent. Dans le restaurant de la Camerounaise, l'univers Claude François reste très présent. © Bruno Levy pour J.A

Trente-quatre ans après la mort de Claude François, cette Camerounaise s'est reconvertie, non sans difficultés, dans la restauration et l'hôtellerie.

Elle a adoré Cloclo *, le biopic de Florent-Emilio Siri sur la vie de Claude François, vu en avant-première avec d'autres ex-­Clodettes invitées par le fils aîné du chanteur, Claude Junior. Ketty Sina dit l'avoir regardé un noeud à l'estomac, émue de retrouver chez Jérémie Renier la gestuelle, les mimiques et la personnalité « double et trouble » de celui qu'elle a accompagné sur scène pendant les deux années « les plus intenses de [sa] vie », entre 1976 et 1978. À demi-mot, elle regrette toutefois le peu de place que le film accorde aux musiciens et aux danseuses.

Corps sculpté et jambes galbées, l'ex-Clodette de 54 ans conserve les bénéfices des heures de danse avec l'icône de la chanson française et, trente-quatre ans après la disparition de son mentor, donne l'impression de vivre toujours dans son ombre. La voix posée, la Camerounaise tente d'aborder la fin tragique du chanteur, puis se ravise et revient à leur rencontre. Elle se prénommait alors Françoise, n'avait que 18 ans et était arrivée en France trois ans plus tôt. Mariée traditionnellement, la jeune Bafang (ouest du Cameroun), aînée d'une fratrie de six, était censée suivre des études de couture. Son conjoint se révèle violent, et elle, « cancre à l'école », fréquente plus les boîtes de nuit que les salles de classe. Extravagante, court vêtue, outrageusement maquillée, elle inquiète ses parents. Claude François la remarque, lui propose de l'engager. « J'ignorais ce qu'il représentait et cette légèreté lui a plu. » Trois jours plus tard, elle fait sa première télé. « Je n'avais pas conscience de ma chance. Il était très en avance sur son temps. » Suivent deux années grisantes. Ses pieds ne touchent plus terre : « J'avais l'impression que tout m'était dû. » Son éducation rigide l'empêche de déraper.

Ketty Sina décrit Claude François comme un être exigeant, voire cassant, qui pouvait se séparer d'une Clodette qui avait pris du poids... Mais il était aussi courtois, loyal, généreux et ne faisait aucune différence entre ses danseuses. Enfin, elle avoue tout de même avoir profité de sa couleur pour négocier un contrat avantageux : les danseuses noires ne couraient pas les rues...

Ouvert il y a quinze ans, le restaurant de l'ex-danseuse, à Paris, est un hommage au chanteur. Le week-end, le disco y prend ses quartiers, Ketty Sina n'hésitant pas à enfiler une tenue à paillettes pour une chorégraphie endiablée. Mais elle réfute tout calcul. « Si j'avais voulu utiliser son nom comme fonds de commerce, j'aurais baptisé mon restaurant Chez Ketty la Clodette, plutôt que le Kamukera. » Il n'empêche que, pour attirer le chaland, elle avait fait dessiner le visage de son idole sur un pan de mur voisin aujourd'hui disparu. Si elle vit aujourd'hui la moitié du temps dans le Perche, « une région verdoyante et vallonnée qui [lui] rappelle l'Ouest-Cameroun », où elle a des chambres d'hôte, elle soutient que le restaurant l'a sauvée de ses remords.

À la mort de Cloclo, Ketty Sina était sur le tournage, à Libreville, du film franco-gabonais Ilombe. Elle avait quitté le groupe des Clodettes sur un mensonge, l'agonie imaginaire de sa grand-mère. Le décès tragique de la star fut un choc immense, et la culpabilité la poussa à fuir Paris.

En Italie, elle devint gogo danseuse. À son retour, elle rencontre Jean-Marie Rivière, grand nom de la nuit, et devient meneuse de revue à l'Alcazar, puis danseuse au Paradis latin, où elle joue Joséphine Baker. Elle reste plus de dix ans dans le music-hall, avant de se lancer dans l'événementiel, de travailler comme directrice de casting puis de créer son agence de mannequins. Un échec cuisant. « Je n'avais ni contacts chez les créateurs de mode ni notions de gestion », confesse-t-elle. Endettée, elle élève seule ses quatre enfants, prend des cachets pour dormir, d'autres pour rester éveillée. Songe à une reconversion dans la bureautique. Malade, elle découvre que, en tant qu'« invalide », elle a droit à une subvention pour créer son entreprise.

Aujourd'hui, le Kamukera permet à cette chef d'entreprise de prouver que le temps ne s'est pas arrêté à la fin des années 1970. Les enfants ont pris leur envol, et elle retourne souvent au pays. Née au Gabon, parisienne depuis quarante ans, elle surveille de loin la construction d'une résidence hôtelière à Kribi. Tout en poursuivant son combat en justice, avec quelque quinze autres Clodettes, pour percevoir des droits sur l'utilisation de leur image. La Société de perception et de distribution des droits des artistes-interprètes, dont elles n'ont découvert l'existence qu'en 2007, aurait récolté ces trente-quatre dernières années quelque 30 millions d'euros annuels, sans leur verser un centime. Un combat de principe... 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

International

France : un gouvernement enfin cohérent, mais si fragile !

France : un gouvernement enfin cohérent, mais si fragile !

Après l'éviction d'Arnaud Montebourg et des ministres frondeurs, le gouvernement Valls II va pouvoir mener une politique ouvertement sociale-libérale. Ce changement de cap peut-il lui permettre de retr[...]

Racisme italien et humour de ses victimes

Quelle est la part d’humour dans le bras de fer entre le Congolais Clément Kikoko Kyenge et le président du Sénat italien Roberto Calderoli ? “Sans rire”, le second accuse le premier[...]

Santé : un test rapide et peu coûteux pour détecter le paludisme

Un nouveau test rapide et peu coûteux pour détecter le paludisme a été mis au point par des chercheurs de Singapour et des États-Unis. La maladie tropicale coûte la vie à 600 000[...]

Cisjordanie : Israël s'empare de 400 hectares de terres

Les autorités israéliennes ont annoncé, dimanche, le lancement d’une procédure d’appropriation de 400 hectares de terres situées en Cisjordanie, dans le secteur de Bethléem.[...]

Référendum

En brumeuse Écosse le 18 septembre, mais surtout, en ce qui nous concerne, au Burkina, dans les deux Congo, au Rwanda et au Burundi, cinq pays où pourraient être organisées dès 2015[...]

Inde : de la syrah au pays de Shiva

Alors que la consommation nationale de vin est en pleine croissance, plusieurs producteurs locaux commencent à se faire un nom. Parmi eux, Sula Vineyards, qui s'apprête à exporter... en France.[...]

Italie : le père de Cécile Kyenge a-t-il (vraiment) ensorcelé Roberto Calderoli ?

Connu notamment pour ses insultes racistes, Roberto Calderoli a affirmé mardi que le père de Cécile Kyenge l'avait ensorcelé. Et le sénateur italien dit détenir des preuves de ses[...]

France - Libye : Sarkozy, Kadhafi et la piste malienne

Comme l'a révélé J.A. en exclusivité, les juges qui enquêtent sur le financement de la campagne de l'ex-président français en 2007 ont adressé une demande d'entraide[...]

Élite africaine : l'École des riches, euh... des roches !

Cet établissement français, où une année d'internat coûte plus de 25 000 euros, accueille depuis toujours les fils et les filles de personnalités africaines. À ce tarif,[...]

François Hollande : "Bachar al-Assad ne peut pas être un partenaire de la lutte contre le terrorisme"

Lors de son discours annuel devant les ambassadeurs, jeudi, le président français, François Hollande, a affirmé qu'il refusait coopération avec le gouvernement de Bachar al-Assad pour lutter[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces
Buy VentolinBuy Antabuse Buy ZithromaxBuy Valtrex