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Congo : Frédéric Nzé en roue libre avec Oakam

16/03/2012 à 11:55
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Frédéric Nzé attache une grande importance aux différences culturelles. Frédéric Nzé attache une grande importance aux différences culturelles. © Kalpesh Lathigra

Installé au Royaume-Uni, Frédéric Nzé, ce Congolais passionné de cyclisme y a lancé avec succès Oakam, sa propre entreprise de crédit.

Il a l'art de transformer une idée en bonne affaire. Quand Frédéric Nzé a un projet en tête, il ne se contente pas d'en évoquer les grandes lignes. Il lui donne corps, en traçant trois colonnes sur la page blanche. À gauche, le potentiel et les ressources, au milieu leur traduction en produits et services, à droite, les marchés. Il ne lui reste plus qu'à établir le business plan puis à se lancer. Et ça marche !

Pour preuve, Oakam, la société de crédit qu'il a créée en 2007 à Londres et dont il est le président-directeur général, se porte bien : 27,5 millions de dollars de chiffre d'affaires, 16 agences, 200 employés et 55 000 clients en 2011. Ce qui fait l'originalité d'Oakam, c'est moins son objet social - l'octroi de petits crédits de consommation à une clientèle à faibles revenus et exclue du système bancaire - que le modèle de gestion des risques mis au point par Nzé. Lequel tient compte des spécificités sociologiques des clients, principalement des migrants originaires d'Afrique et d'Europe de l'Est récemment installés au Royaume-Uni et des chefs de familles monoparentales anglaises.

Pour élaborer ce modèle « à la fois éthique et commercialement viable, car il ne s'agit pas de faire de la charité, mais du crédit », Nzé s'est inspiré de la tontine africaine, un système de prêt basé sur les relations de confiance. Oakam s'appuie donc sur une analyse précise du réseau social dans lequel évolue le demandeur de crédit. « Nos chargés de clientèle ne connaissent pas spécialement le monde bancaire. En revanche, ils sont tous issus des communautés avec lesquelles ils travaillent, ce qui permet d'instaurer un rapport de confiance. Le contrat établi a donc une charge émotionnelle forte qui engage les deux parties », insiste l'homme d'affaires. Au final, les défauts de remboursement sont rares, et les bénéficiaires semblent satisfaits.

Ce Congolais né à Brazzaville en 1968 d'une mère française et d'un père congolais, doué en maths, aurait dû être professeur. Après quelques années passées dans le turbulent Congo marxiste des années 1970, il débarque dans la « rouge » commune d'Ivry, en France, en 1977, avec sa mère et ses deux frères. Quand il sort de l'École nationale de la statistique et de l'administration économique de Paris, après un troisième cycle en théorie des jeux et sciences de la décision, il se destine à l'enseignement. Mais en 1992 il est embauché par American Express à Rueil-Malmaison, en banlieue parisienne, comme analyste risques crédit. En 1994, direction le Royaume-Uni pour un poste avec « plus de responsabilités » et « mieux payé ». Nouvelle promotion, en 1995, qui le conduit à New York, où il est chargé de l'évaluation des crédits accordés aux petites et moyennes entreprises. Puis, en 1996, il rejoint GE Capital, une filiale de l'américain General Electric, où il s'occupe d'acquisitions de sociétés financières dans les pays émergents. En 2001, retour à Londres, cette fois pour le compte de la Barclays Bank. Nzé est chargé d'en redresser la filiale crédit à la consommation. Ce qu'il fait en quatre ans, réussissant à transformer une perte de 20 millions de livres (environ 30 millions d'euros) en un profit de 200 millions. En 2005, fort de cette double expérience d'évaluation des risques et de management, il décide de créer Euristix (« trouver des solutions », en grec), une société de conseil en gestion des risques financiers, puis Oakam.

Très à l'aise en milieu aussi bien francophone qu'anglophone, Frédéric Nzé n'a pas oublié ses racines africaines. Oakam, dont le oak (« chêne », en anglais) évoque la solidité, est l'anagramme du prénom d'Akoma Mba, un héros de la mythologie mvet (fang). Un clin d'oeil à son père, originaire de la Sangha, dans le nord du Congo, et à ses oncles, dont « tonton Paul », son mentor, très présents dans sa vie... Jamais coupé de son pays natal, Frédéric Nzé y retourne fréquemment. Féru de vélo, il y a même lancé une course cycliste, Equator 24, qui tiendra sa troisième édition en 2012 et dont il compte bien faire l'équivalent du Tour du Faso. Mais ce n'est pas là son seul projet. Outre renforcer Oakam en Grande-Bretagne, Nzé envisage d'en étendre le concept en Afrique subsaharienne, voire de l'appliquer au « financement des PME-PMI et ainsi de favoriser l'émergence d'entrepreneurs africains ». Il lui faudra alors trouver un modèle de gestion des risques adapté au contexte. Un nouveau défi ? Il adore.

Mis à part un faible pour les vélos - il en a cinq ! -, Frédéric Nzé est resté simple et lucide. « Au Congo, j'étais plutôt un enfant privilégié. Mais à Ivry, j'étais un gosse parmi tant d'autres. Ainsi, j'ai appris à relativiser et à ne pas dépendre du regard des autres pour exister. » Lui sont tout de même précieux les soutiens infaillibles de sa mère, bien sûr, et de sa femme, Fatimata, designer d'origine sénégalaise

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