Extension Factory Builder

Biens mal acquis en Tunisie : "300 personnes dans le collimateur" de l'avocat Enrico Monfrini

09/03/2012 à 16:50
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Enrico Monfrini est avocat spécialisé dans les avoirs illicites à l'étranger. Enrico Monfrini est avocat spécialisé dans les avoirs illicites à l'étranger. © Salvatore di Nolfi/Sipa

Mandaté par la Tunisie pour traquer les biens mal acquis du clan Ben Ali à l'étranger, l'avocat genevois Enrico Monfrini fait face à la lenteur de la justice suisse. Il promet cependant des résultats probants d'ici à deux mois.

L'avocat suisse, 67 ans, a été contacté fin septembre 2011 par le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, Mustapha Nabli, pour traquer les biens mal acquis du clan Ben Ali à l'étranger. Depuis, il se heurte au manque de réactivité de la justice. Mais Enrico Monfrini n'en est pas à son coup d'essai. Ancien avocat d'opposants au régime de Sani Abacha, il avait été sollicité en 1999 par les autorités du Nigeria, lesquelles ont récupéré 1,3 milliard d'euros grâce à lui.

Jeune Afrique : Vous êtes mandaté par Tunis pour récupérer les biens mal acquis du clan Ben Ali à l'étranger. Avez-vous avancé ?

Enrico Monfrini : Je suis confronté à la lenteur judiciaire. C'est inadmissible. Je n'ai toujours pas eu accès au dossier. L'affaire est pendante devant le tribunal fédéral suisse. Et si mes adversaires faisaient appel à la Cour suprême, cela nous ferait perdre encore plusieurs mois.

Pourquoi ce blocage ?

C'est une simple question de procédure. Depuis le 1er janvier 2011, la Suisse a une nouvelle procédure pénale fédérale. Or, en novembre, le procureur a fait une erreur d'appréciation : il n'a pas immédiatement donné le statut de partie plaignante à la Tunisie [l'équivalent de la partie civile], alors que le nouveau code le lui imposait. Cette situation a ouvert la porte aux recours de la partie adverse.

Êtes-vous surpris ?

Pas vraiment. Dans toutes les affaires de kleptocratie, c'est toujours la même technique qui est mise en oeuvre, avec l'utilisation des procédés dilatoires les plus infâmes pour retarder une échéance en fait inéluctable.

Quand pensez-vous pouvoir accéder au dossier ?

Je pense que ce scandale inimaginable prendra fin d'ici à deux mois.

Quand Tunis vous a mandaté, vous étiez sur la trace de 200 personnes du clan Ben Ali. Et aujourd'hui ?

J'ai près de 300 personnes dans le collimateur. La presse a relayé le chiffre de 5 milliards d'euros de biens mal acquis à l'étranger pour le clan Ben Ali, mais, très honnêtement, personne n'a d'idée très précise du montant des biens spoliés. Pour ce qui est de la Suisse, mes démarches visent une quarantaine de personnes, et les avoirs bloqués par les autorités sont pour l'instant de 50 millions d'euros. Il y a sans doute beaucoup plus d'argent.

Et encore plus ailleurs ?

La Suisse est une plaque déclinante du blanchiment d'argent, mais c'est encore une plaque tournante vers d'autres paradis fiscaux comme Singapour, Hong Kong ou le Moyen-Orient. Le Liban et les Émirats arabes unis sont les places du moment, mais tout bouge très vite. Les kleptocrates n'ont plus d'endroit dans le monde où ils sont totalement à l'abri.

Que faites-vous au Canada, où réside Belhassen Trabelsi, le beau-frère du président déchu, qui vient de perdre son statut de résident permanent ?

Je suis en contact avec la gendarmerie. Mais je ne peux rien mentionner de plus pour ne pas compromettre le succès de mes opérations en cours.

Et en France ?

Cela n'avance pas très vite, malgré la qualité du juge Roger Le Loire [vice-président du pôle financier du tribunal de grande instance de Paris], chargé de l'affaire. Il est esseulé, il n'a qu'un seul policier à sa disposition. Toutefois, tout pourrait se débloquer rapidement. Je vais aider activement le juge Le Loire et lui apporter des éléments lui permettant d'identifier des actifs en France. Et il y en a beaucoup. Dans quatre à cinq semaines, vous verrez des résultats tangibles. 

___

Propos recueillis par Jean-Michel Meyer.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Tunisie

La Tunisie à la veille d'élections cruciales

La Tunisie à la veille d'élections cruciales

La Tunisie était engagée samedi dans les derniers préparatifs pour ses premières législatives depuis la révolution de 2011, un scrutin crucial pour lequel un vaste dispositif de séc[...]

France : les ressortissants tunisiens de France votent pour les législatives

Les ressortissants tunisiens de France se sont présentés aux urnes vendredi afin d’élire dix députés de l’Assemblée du peuple à l’occasion des élections[...]

Tunisie : la campagne pour les législatives touche à sa fin

Dernier jour de campagne des législatives en Tunisie. En attendant la confirmation, ou pas, de la bipolarisation du paysage politique tunisien par les urnes, retour sur le terrain avec deux figures de Nidaa Tounes et[...]

Tunisie : six personnes, dont cinq femmes, tuées dans l'assaut contre la maison assiégée

Six personnes, dont cinq femmes, ont été tuées dans l'assaut contre la maison assiégée à Oued Ellil, dans la banlieue de Tunis. La police tunisienne avait auparavant lancé un[...]

Tunisie : le printemps des dircoms

Avec l'avènement des élections libres et pluralistes, plus aucun homme politique tunisien ne conçoit de faire campagne sans le concours d'une armée de communicants.[...]

Tunisie : la police va lancer un ultimatum aux hommes retranchés à Oued Ellil

La situation pourrait rapidement évoluer en Tunisie pour les hommes armés retranchés dans une maison de Oued Ellil, dans la banlieue de Tunis. La police tunisienne va en effet lancer un ultimatum et donnera [...]

Tunisie : tension sécuritaire à trois jours des législatives

Alors que des hommes armés sont toujours retranchés dans une maison d'une banlieue de Tunis, l'activité d'éléments jihadistes  fait monter la tension sécuritaire de plusieurs crans[...]

Tunisie : un policier tué lors d'affrontements entre la police et un groupe terroriste près de Tunis

Oued Ellil, une localité à 70 km de Tunis, est le théâtre d'échanges de tirs entre les forces de l'ordre et des éléments terroristes. Un policier a été tué.[...]

Tunisie : un ex-ministre de Ben Ali à Carthage ?

Caciques de l'ancien régime ou membres éphémères de l'équipe gouvernementale du président déchu, ils ont décidé de briguer la magistrature suprême le[...]

Tunisie : un scrutin placé sous le signe de la morosité

Quelques jours avant les élections législatives, la Tunisie semble se préparer à troquer la transition contre une situation aléatoire.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers