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Djibrill Bassolé : "Blaise Compaoré est disposé à aider le Mali"

27/02/2012 à 16:57
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Djibrill Bassolé suit avec attention la rébellion qui secoue le nord du Mali. Djibrill Bassolé suit avec attention la rébellion qui secoue le nord du Mali. © AFP

Parce qu'il craint une déstabilisation de son voisin, confronté à une rébellion touarègue dans le Nord, Djibrill Bassolé, ministre burkinabè des Affaires étrangères, réaffirme la disponibilité de son président Blaise Compaoré.

Il y a longtemps que le commandant de gendarmerie a troqué son treillis pour un maroquin ministériel. D'abord ministre des Affaires étrangères burkinabè, puis médiateur conjoint des Nations unies et de l'Union africaine pour le Darfour entre 2008 et 2011, puis à nouveau chargé de la diplomatie du Burkina depuis l'année dernière, Djibrill Bassolé, 55 ans, est la voix et l'oreille du président Blaise Compaoré. Homme de toutes les médiations, il suit avec attention la rébellion qui secoue le nord du Mali depuis la mi-janvier. 

Jeune Afrique : Le Burkina est en première ligne dans la crise malienne. Plus de 10 000 personnes ont déjà passé la frontière. Comment gérez-vous la situation ?

Djibrill Bassolé : La guerre entre le Mouvement national de libération de l'Azawad [MNLA, NDLR] et l'armée malienne a des conséquences humanitaires désastreuses. Les pays de la zone font déjà face à une pénurie alimentaire, et l'afflux de réfugiés vient compliquer la donne. Nous n'avons pas attendu pour demander l'aide d'organisations internationales, comme le Programme alimentaire mondial [PAM] ou le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés [HCR]. Les agences gouvernementales ont également été sollicitées, et nous mobilisons des fonds pour leur permettre de travailler. 

Êtes-vous sûr qu'il n'y a, parmi ces réfugiés, ni rebelles, ni djihadistes, ni trafiquants d'armes ?

Les personnes qui arrivent sont dans la détresse. Il y a des femmes, des enfants, des vieillards... Mais nous procédons tout de même à des interrogatoires, et les hommes, jeunes notamment, sont fouillés pour vérifier qu'ils n'ont pas d'armes ni de munitions. Jusqu'à présent, on a recensé 72 déserteurs. 

L'Algérie a proposé une médiation dont le MNLA ne veut pas. Le président Compaoré (en photo ci-dessous, © AFP) est-il prêt à jouer ce rôle ?

Le chef de l'État est disposé à aider à ramener la paix, par la voie du dialogue, mais sans disputer la tâche au pays frère qu'est l'Algérie. Deux médecins ne se battent pas au chevet d'un malade... Il faut aussi que les parties en conflit le souhaitent et que cette médiation obtienne l'aval des organisations régionales, la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest [Cedeao] et l'Union africaine [UA] en particulier. 

Quelle solution préconisez-vous pour ramener la paix au Mali ?

Il faut une approche globale, qui impli­que l'ensemble des pays concernés par cette rébellion, les organisations régionales et la communauté internationale. Il faut prendre aussi en compte la nature des problèmes à résoudre : la précarité des conditions de vie des populations, le chômage, l'insécurité et les prises d'otages d'Al-Qaïda au Maghreb islamique [Aqmi], sans compter la circulation d'armes et de drogue. Aucun accord de paix ne sera durable s'il n'est pas soutenu par un programme de développement socioéconomique. 

Il ne faut pas juger Bamako trop vite. Chacun fait ce qu'il peut, avec les moyens qu'il a.

Certains reprochent au Mali d'avoir manqué de rigueur dans le contrôle des Touaregs revenus de Libye, alors que le Niger les a désarmés dès leur arrivée. Le Mali a-t-il sous-estimé la menace ?

Je ne connais pas les détails des dispositifs sécuritaires de ces pays, mais je ne crois pas. Avant de porter un quelconque jugement, il faut connaître et prendre en compte les réalités du Sahel, une zone immense à couvrir. Chacun fait ce qu'il peut, avec les moyens qu'il a. 

D'aucuns pensent aussi que les services de renseignements, maliens notamment, sont infiltrés par Aqmi...

Je n'en sais rien, mais ce n'est pas impossible. Eux non plus ne veulent pas se laisser surprendre. 

Aqmi est, pour l'instant, peu active sur le territoire burkinabè... Êtes-vous malgré tout inquiet ?

On ne peut pas regarder « brûler la case du voisin » sans être préoccupé. Nos services de défense et de sécurité prennent des mesures préventives de surveillance pour sécuriser le territoire, et nous coopé­rons avec les pays voisins. 

Que faire pour empêcher la prolifération des armes venues de Libye ?

La Libye a toujours été suspectée de servir de base arrière aux trafiquants d'armes, et l'ouverture des arsenaux de Kadhafi a amplifié le phénomène. Pour récupérer ces armes, il faut une coopération régionale et surtout associer le gouvernement libyen dans les prochaines concertations régionales. Ses responsables ont d'ailleurs manifesté, lors du dernier sommet de l'Union africaine, en janvier, leur volonté de prendre part à toutes les démarches qui visent à mieux combattre l'insécurité dans notre zone. 

Peuvent-ils le faire alors qu'ils ont du mal à circonscrire les poches de résistance chez eux ?

Le Conseil national de transition [CNT] est prêt à faire sa part du travail, même s'il est confronté à des difficultés internes. Et de notre côté, avec l'expertise de l'Union africaine en matière de dialogue et de réconciliation, nous devons aider nos frères libyens à surmonter les divergences qui minent leur cohésion nationale. Le CNT pourra ensuite se doter d'un État et d'une administration modernes, capables de jouer leur rôle. 

Concrètement, comment le Burkina Faso se protège-t-il ? Avez-vous intercepté des armes sur votre territoire ?

Depuis les premiers enlèvements de touristes dans la bande sahélo-saharienne, les patrouilles militaires ont été multipliées, et le président a veillé à ce que les capacités des services de renseignements soient renforcées. L'ouverture des arsenaux libyens nous a évidemment demandé d'accroître notre vigilance, mais, à ma connaissance, aucun groupe armé n'a été signalé ou intercepté sur le sol burkinabè. 

Ces derniers mois, Boko Haram a multiplié les attaques au Nigeria. L'ONU évoque des connexions avec Aqmi, et des membres de la secte ont été arrêtés au Niger... Est-ce une source supplémentaire d'inquiétude ?

C'est un phénomène très préoccupant, et nous devons aider le Nigeria à y mettre un terme. Il faut surtout éviter une propagation aux pays voisins, parce que tous présentent un terreau favorable à l'apparition de ce genre d'extrémisme. Il faut bien se rappeler que ce sont des jeunes sans emploi, en proie à la désespérance, qui sont récupérés par l'idéologie d'Al-Qaïda. 

Le « Guide » s'était éloigné du Burkina après la visite de Blaise Compaoré en Israël en 2008. Où en sont aujourd'hui vos relations avec la Libye ?

La visite que vous mentionnez ne fut qu'un prétexte. Kadhafi lui-même a toujours entretenu des relations indirectes avec Israël. En fait, les principales divergences avec Tripoli concernaient le refus du président Compaoré de soutenir son projet d'États-Unis d'Afrique. Il considérait cette initiative comme précipitée et préconisait d'abord la mise en oeuvre des projets intégrateurs. Et puis, avant même la disparition du leader libyen, nous avions des contacts avec les responsables du CNT, et les échanges que nous avons eus avec eux à Addis-Abeba, lors du sommet de l'Union africaine, permettront de relancer notre partenariat sur de nouvelles bases. 

Le Printemps arabe, qui a notamment précipité la chute du régime libyen, peut-il se produire au sud du Sahara ?

Les élus doivent aujourd'hui répondre aux attentes des populations en matière d'emploi et de libertés individuelles. Les pays au sud du Sahara ont, d'une manière générale, instauré plus d'espace de liberté, avec des élections démocratiques. La grosse préoccupation reste la question du chômage et de la pauvreté. Avec l'essor démographique, celle-ci touche de plus en plus de jeunes en proie au désarroi. Ce sont là des conditions propices aux revendications et aux explosions sociales. Il est indispensable d'en tirer les leçons.

___

Propos recueillis par Pascal Airault et Malika Groga-Bada.

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