Disons-le tout net : l'Afrique - du nord au sud et spécialement l'Afrique francophone - n'a rien à attendre de l'élection présidentielle française, si ce n'est d'en suivre les péripéties et le dénouement à la manière d'une sitcom. Certes, avec un peu de chance et si le scénario est bon, la série « Ils veulent tous le fauteuil de Sarkozy » sera presque autant commentée que les épisodes de Marimar, Paloma, Egoli, Ma famille ou Ma tnsanich (« Ne m'oublie pas ! »), navet turc pour shampouineuses qui cartonne au Maghreb. Mais, en cinquante ans de pratique, les Africains ont appris que quelle que soit l'identité de celui qui dirige la France, seuls comptent les intérêts de celle-ci et pas les leurs. Après comme avant le 6 mai 2012, les visas seront toujours aussi rares et les consulats toujours aussi revêches, les ambassadeurs auront toujours comme priorité de faire en sorte que les sociétés françaises emportent le maximum de marchés, et les opposants qui rêvent de grand soir - si tant est qu'il en existe encore - auront vite fait de déchanter.
Avec Nicolas Sarkozy, il est vrai, la messe est déjà dite. Il y a eu le discours de Cotonou et le bref intermède Jean-Marie Bockel, puis le retour au galop de la realpolitik : fermez le ban, la rupture à la trappe. Avec François Hollande, dira-t-on, un certain espoir est permis, celui d'une relation enfin différente avec le continent. Mais, là encore, le doute est de mise. Souvenez-vous de Mitterrand : d'un côté le discours de La Baule, de l'autre Jean-Pierre Cot, lointain prédécesseur de Bockel au ministère de la Coopération, qui, comme lui, eut la naïveté de croire que les promesses engageaient ceux qui les émettaient, avant de connaître le même destin de mouchoir jetable. Lorsque l'on voit Laurent Fabius, donné probable futur ministre des Affaires étrangères socialiste, reçu et ravi de l'être par Ali Bongo Ondimba au moment où le Parti socialiste publie un communiqué sur l'affaire des « biens mal acquis », on reste songeur sur l'amplitude du grand écart qui s'annonce. Pot de terre militant contre pot de fer réaliste : l'issue est connue.
Sur l'Afrique, ni Sarkozy ni Hollande n'ont en réalité de projet audible, tant leurs politiques étrangères se ressemblent. Les contraintes de l'Union européenne et le fardeau de la crise ont eu raison de tout clivage significatif, et ce n'est pas sur ce terrain-là que se joue une élection. En revanche, Africains et Français d'origine africaine suivent avec attention et inquiétude les dérives xénophobes du débat identitaire porté par une partie de la classe politique.
Slameur engagé aux racines congolaises mâtinées d'islam soufi, Abd al Malik, dont Le Dernier Français vient de paraître aux éditions du Cherche Midi, a dit à ce sujet ce qu'il fallait dire : « Le nationalisme est une chose mortifère, c'est la peur, le repli, la France blanche et chrétienne, fantasme du passé qui n'existe plus. Le patriotisme, c'est dire que quelque chose dépasse la couleur de peau et la religion. Quelque chose qui ramène vers la vie et parle de la diversité comme richesse. » Cela, aucun candidat n'aura le courage de le proclamer. Votez Abd al Malik !

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