Extension Factory Builder
17/02/2012 à 17:05
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Représentant résident du Fonds monétaire international en Côte d'Ivoire

La Côte d'Ivoire a parcouru un chemin considérable depuis la crise postélectorale. Mais elle part de très loin. Son économie a tourné au ralenti pendant une décennie de troubles politiques, sociaux et militaires. La réconciliation sera bien plus facile si le pays réussit à promouvoir une croissance solide et génératrice d'emplois, qui permette d'améliorer le niveau de vie de sa population. Ce n'est pas gagné, même si la Côte d'Ivoire est dotée de solides atouts, à commencer par de riches ressources naturelles.

Les nouveaux emprunts devront être souscrits avec prudence.

Le pays assure notamment 40 % de la production mondiale de cacao. Outre cette culture phare, le café, le riz, le coton, l'hévéa, l'anacarde ou encore l'huile de palme représentent un énorme potentiel. Mais les rendements agricoles sont encore assez faibles en raison du manque de fertilisation et de mauvaises pratiques culturales. Par ailleurs, il est impératif de renforcer l'encadrement et d'améliorer les circuits de distribution des intrants. Le pays recèle aussi d'importantes réserves d'or et de pétrole. Le tissu industriel doit être rénové pour gagner en compétitivité. En mettant leurs produits aux normes internationales, les exportateurs ivoiriens pourraient regagner des parts de marché dans la région et dans le reste du monde, notamment en bénéficiant d'un accès privilégié aux marchés européens et américain. Enfin, le pays dispose d'une population jeune, dynamique, et d'une main-d'oeuvre relativement bon marché.

Le taux d'investissement reste cependant assez faible. Il représentait 30 % du PIB au pic du boom cacaoyer des années 1970, mais a chuté à 10 % après 1999, contre une moyenne de 22 % au sud du Sahara et de 25 % en Asie. L'état de délabrement des routes, des réseaux électriques et d'adduction d'eau en est un signe manifeste.

Le pays devrait bientôt atteindre le point d'achèvement de l'Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) et bénéficier ainsi d'une réduction substantielle de sa dette extérieure. Toutefois, les bailleurs de fonds ont déjà été très généreux en lui accordant des allègements importants. Si bien qu'en renouant avec un service normal de la dette après le point d'achèvement, ses paiements vont paradoxalement augmenter au lieu de diminuer, et les nouveaux emprunts devront donc être souscrits avec prudence. Augmenter les investissements de façon importante alors qu'il n'en a pas les moyens est l'un des principaux défis économiques - pour lequel il y a pourtant des pistes - que devra relever l'État. Il doit d'abord élargir l'assiette fiscale et améliorer le fonctionnement des régies financières pour mobiliser de nouvelles ressources. Il a d'ailleurs entrepris de restructurer les dépenses publiques en faveur de l'investissement pour 2012 et les exercices suivants. Mais l'essentiel doit venir des privés. Pour accompagner cette dynamique, le système bancaire doit jouer pleinement son rôle d'accompagnement sur la durée. Des chantiers ont été engagés pour améliorer l'environnement du crédit avec, notamment, la récente création de tribunaux spéciaux chargés de la résolution des différends commerciaux. Les banques, en revanche, très nombreuses, ne sont pas toujours compétitives. Leurs marges d'intermédiation et leurs frais sont élevés. Nombre d'entre elles encombrent le marché. Les autorités se sont néanmoins engagées à corriger ce dysfonctionnement structurel. Pour restaurer la confiance des investisseurs, elles s'emploient également à améliorer la sécurité, à éliminer les tracasseries administratives, à réduire les formalités nécessaires à la création et à l'activité des entreprises, à combattre la corruption généralisée et à accroître la transparence.

Cela suffira-t-il ? Il est trop tôt pour le dire, mais le potentiel est là. Chaque point de croissance gagné viendra ajouter près de 100 millions de dollars [76 millions d'euros, NDLR] à la capacité d'endettement à long terme du pays. L'accélération des chantiers d'intégration régionale permettra de doper la croissance de toute l'Afrique de l'Ouest et, en particulier, de la Côte d'Ivoire. Un marché régional plus large (300 millions d'habitants avec le Nigeria) attirera davantage d'investissements. Le Fonds monétaire international a été prompt à réagir, notamment via une assistance technique pour appuyer la réforme bancaire et l'administration fiscale, et par un concours financier de plus de 130 millions de dollars dès juillet 2011. En novembre 2011, il a approuvé une nouvelle facilité de crédit de plus de 600 millions de dollars sur trois ans. La poursuite de bonnes politiques économiques nous donne des raisons d'espérer.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Côte d'Ivoire

Côte d'Ivoire : pourquoi Renard risque de quitter les Éléphants juste avant la CAN

Côte d'Ivoire : pourquoi Renard risque de quitter les Éléphants juste avant la CAN

Approché par Bastia (France, Ligue 1), Hervé Renard, le sélectionneur de la Côte d’Ivoire, n’est plus certain de rester à la tête des Éléphants. À cause, [...]

Côte d'Ivoire : le FPI valide la candidature de Laurent Gbagbo à la présidence du parti

Le comité de contrôle du Front populaire ivoirien (FPI) a validé mercredi la candidature de l'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo à la présidence du parti, a appris "Jeune[...]

Armée ivoirienne : la grogne des grognards

D'anciens rebelles intégrés à l'armée, réclamant le paiement d'arriérés de solde, ont lancé un mouvement de protestation. Un message que le gouvernement a reçu[...]

Guillaume Soro : "Blaise Compaoré a évité le pire, et c'est le plus important"

L'ancien chef rebelle ivoirien a longtemps bénéficié des conseils et des largesses de son grand frère burkinabè. Aujourd'hui, Guillaume Soro réagit pour la première fois aux[...]

Côte d'Ivoire : une dizaine de pro-Gbagbo, dont 3 anciens ministres, mettent fin à leur exil au Ghana

Trois anciens ministres de Laurent Gbagbo, Hubert Oulaye, Odette Sauyet et Assoa Adou, ont regagné la Côte d'Ivoire lundi avec d'autres cadres de l'ancien régime, mettant fin à un exil de quatre ans au[...]

La Côte d'Ivoire veut lever 160 milliards de F CFA

L'État ivoirien a entamé la levée de 160 milliards de F CFA (243 millions d'euros) sur le marché de l'Uemoa. Une partie de ces ressources pourrait servir à apurer la solde des militaires[...]

Blaise Compaoré a quitté la Côte d'Ivoire pour le Maroc

L'ancien président burkinabè, Blaise Compaoré, qui a démissionné le 31 octobre avant de s'exiler en Côte d'Ivoire, a quitté Yamoussoukro pour le Maroc.[...]

CAN 2015 : Nigeria out, Côte d'Ivoire, RDC et Guinée in

Le Nigeria, tenant du titre, a été éliminé lors de la dernière journée des qualifications à la CAN 2015, le 19 novembre, au profit du Congo de Claude Le Roy. La RDC a[...]

Livre : le baroud d'honneur de Robert Dulas

Barbouze : un mot que Robert Dulas déteste, mais qui lui colle à la peau. Longtemps, ce pro du renseignement a traîné ses guêtres en Afrique. Aujourd'hui, c'est dans un livre qu'il[...]

Football : la Côte d'Ivoire se qualifie pour la CAN 2015

La sélection ivoirienne de football a obtenu son billet pour la Coupe d'Afrique des nations 2015 grâce à son match nul contre le Cameroun (0-0) mercredi à Abidjan. Les Lions indomptables étaient[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces