Congo-Brazzaville : génération Poto-Poto

07/02/2012 à 12h:14 Alain Mabanckou
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Alain Mabanckou, écrivain franco-congolais.

Si Poto-Poto est un des quartiers populaires de Brazzaville, c'est d'abord et avant tout une manière d'être, une ambiance, un croisement de cultures que l'on retrouvera dans ce huitième roman d'Henri Lopes, grande figure de la littérature francophone dont les oeuvres sont inscrites dans les programmes scolaires de la plupart des pays africains comme dans les départements d'études francophones du monde entier.

Dans son nouveau livre, Une enfant de Poto-Poto, Lopes donne la parole à une narratrice âgée de 18 ans au moment de l'indépendance du Congo. Les souvenirs de Kimia portent le récit, mettant en relief des personnages hauts en couleur, dont l'amie Pélagie rencontrée au lycée Savorgnan, à une époque où les indigènes étaient admis « au compte-gouttes » dans cet univers de Blancs et de garçons. Pélagie, un peu plus âgée, cultivée et « émancipée », avait de quoi susciter l'admiration de Kimia : elle était donc à la fois amie et rivale.

L'arrivée de M. Franceschini, un professeur très charismatique aux méthodes d'enseignement iconoclastes, va bouleverser l'existence des deux filles. Sa connaissance de la littérature, et notamment des grands auteurs tels Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, Bernard Dadié, Langston Hugues ou des classiques occidentaux, fait de lui la vedette du lycée. Puis vient ce jour de malheur où, à la stupéfaction générale, Franceschini est brusquement interrompu pendant son cours, puis escorté par deux gendarmes. Qui était-il réellement ? Franceschini était-il son vrai nom ? Kimia va s'appliquer à rassembler les pans de la vie de ce « Blanc » dont le nom réel, à consonance plutôt africaine et hérité de sa branche maternelle, montre qu'il est lui aussi « un enfant de Poto-Poto », malgré sa peau claire. L'intrigue amoureuse devient alors un face-à-face d'identités qui met en exergue l'un des thèmes de prédilection du romancier congolais : le métissage.

Une enfant de Poto-Poto, éloge de la rumba congolaise, de la danse, de l'habillement « chic tout chic », est une confession émouvante, joyeuse et badine, avec, en toile de fond, la photographie en noir et blanc d'une jeunesse africaine en quête de repères dans un monde ébloui par les « soleils des indépendances ». Et ce chant traverse les frontières : l'Europe, l'Amérique, où se retrouvent certains des protagonistes. Franceschini est comme le lamantin qui retourne toujours boire à la source d'origine quelles que soient ses errances. Il voudrait être enterré à Poto-Poto, lui le moins noir de tous, lui le « quarteron ». Kimia, elle, n'aura pas forcément ce « courage ». Parce qu'elle est habitée par le doute. 

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