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Paul Biyoghé Mba : "Mon objectif, une croissance à deux chiffres en 2016"

08/02/2012 à 19:34
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Paul Biyoghé Mba, premier ministre ganonais. Paul Biyoghé Mba, premier ministre ganonais. © David Ignaszewski pour J.A

Dans le cadre de la "politique de l'émergence", le Premier ministre gabonais, Paul Biyoghé Mba,  suit de près les dossiers économiques. Finances publiques, investissements, emploi, projets phares pour 2012... Le point sur ce qui attend le pays.

Nommé Premier ministre en 2009, Paul Biyoghé Mba a su trouver ses marques dans le duo qu'il constitue avec Ali Bongo Ondimba à la tête de l'exécutif gabonais. En dépit de fausses notes dues aux lenteurs administratives et à la corruption persistant dans la fonction publique, son gouvernement a fait avancer les dossiers dans un contexte budgétaire difficile. Fort de la bonne tenue de ses troupes, cet économiste de 58 ans, diplômé de l'université de Rennes (France), a consolidé sa place de chef d'orchestre de la politique définie par le président. Contrôleur général des finances, puis tour à tour ministre du Commerce, du Contrôle d'État, des PME et de l'Agriculture, le chef du gouvernement est un VRP crédible de l'économie gabonaise.

Jeune Afrique : Quelles sont les perspectives de croissance au Gabon ?

Paul Biyoghé Mba : L'économie gabonaise a enregistré de bons résultats en 2011, avec un taux de croissance de plus de 5,6 %. Elle a bénéficié de la hausse du prix des matières premières sur les marchés internationaux et d'une importante demande publique en matière d'infra­structures et d'équipements susceptibles de soutenir le développement économique. En 2012, nous prévoyons que la croissance se poursuivra à un rythme soutenu, de l'ordre de 5 % à 6 %, selon les projections actuelles. Atteindre 6 % m'intéresse plus, et c'est réalisable. J'ai toujours comme objectif un taux de croissance à deux chiffres à l'horizon 2016.

Sur quels secteurs comptez-vous le plus pour gagner des points de croissance ?

Tous les secteurs d'activité sont concernés par cette vitalité de l'économie gabonaise. Le secteur primaire, hors pétrole, connaîtra une croissance appréciable, en raison des bonnes perspectives de la production minière, qui doit croître de 12,5 %, et de la reprise de l'exploitation forestière, qui fera un bond de 15 %. L'agriculture, domaine prioritaire, ne sera nullement en reste, quoi qu'il y ait beaucoup à faire.

Pour le secteur secondaire, une croissance de 5,5 % est prévue. Elle résultera notamment de la relance des travaux de construction des infrastructures de base (routes, logements, barrages hydrauliques...) et de la finalisation des chantiers relatifs à la CAN 2012 [Coupe d'Afrique des nations 2012, du 21 janvier au 12 février, NDLR]. Une accélération est également attendue dans les industries du bois, avec une progression de 16,5 % du volume de l'activité dans ce secteur. L'électricité devrait quant à elle progresser de 12 % et les autres industries de 4 %. Enfin, le secteur tertiaire connaîtra une hausse de 6,3 %.

Qu'attendez-vous des zones économiques spéciales (ZES) telles que celle de Nkok ?

À l'instar de ce qui se passe dans d'autres pays, la création des ZES au Gabon vise à mettre à la disposition des entreprises des sites propices à l'investissement.

La ZES de Nkok constitue un enjeu particulier dans la mise en oeuvre du volet économique du plan stratégique Gabon émergent, dont le principal objectif est l'industrialisation des ressources naturelles locales, notamment forestières. La ZES de Nkok devra favoriser en particulier l'industrialisation de la filière bois, dont la restructuration a été rendue nécessaire par l'interdiction d'exporter des grumes, afin de garantir une gestion pérenne de la ressource. L'implantation dans ces ZES de plusieurs entreprises va permettre d'accroître en particulier le capital étranger.

Comment comptez-vous financer la hausse du budget d'investissement prévue en 2012 ?

Le budget d'investissement 2012 se chiffre à 699,4 milliards de F CFA [plus de 1 milliard d'euros], dont 100 milliards au titre du financement extérieur. La différence se fait sur fonds propres. Ce montant, qui reste soutenu par rapport à 2011, traduit la volonté de l'État de se doter de moyens suffisants pour le développement. Le financement de cet effort se fera par une augmentation significative des recettes hors pétrole.

Quelles sont les perspectives sur le marché de l'emploi ?

Elles sont très favorables, au regard des programmes d'investissement qui se poursuivent et qui vont s'accélérer, avec la mise en oeuvre du plan Gabon émergent dans tous les secteurs, notamment la construction des infrastructures de base : routes, logements, hôpitaux, universités, barrages hydroélectriques... Par ailleurs, depuis deux ans, de nombreuses réformes institutionnelles ont vu le jour, dans la perspective d'une meilleure adéquation formation-emploi en vue d'améliorer l'insertion professionnelle.

Quels sont les projets phares de 2012 sur le plan économique ?

Conformément aux orientations du chef de l'État, Ali Bongo Ondimba, l'année 2012 doit consacrer la réalisation de nombreux projets de développement. S'agissant de l'agriculture et de la pêche, il est prévu le développement des palmeraies, la construction et l'extension des centres de pêche.

En matière d'industrialisation de la filière bois, il est envisagé l'implantation de nouvelles usines de transformation.

Pour ce qui est des mines et du pétrole, deux compagnies nationales ont été créées, la Compagnie équatoriale des mines et Gabon Oil Company.

Enfin, dans le secteur des infrastructures : la construction et l'extension de ports ; l'accélération des travaux de l'île Mandji ; la mise en oeuvre du Plan directeur national d'infrastructures, qui concerne les secteurs des transports, de l'énergie, de l'habitat et de la communication ; le nouvel aéroport d'Andem, près de Libreville ; le port franc de Ndendé ; et la poursuite des barrages de l'Impératrice, sur la Ngounié, et de FE II, sur l'Okano.

La diversification porte sur les partenaires, les marchés, les produits et les financements.

L'année 2011 a-t-elle été bonne pour les finances publiques ?

Dans l'ensemble, elle a été excellente, avec plus de 11 % de hausse des recettes propres par rapport à 2010 et un endettement maîtrisé en dépit de l'accroissement de l'investissement public. Cette situation devrait encore nettement s'améliorer en 2012 du fait de la baisse prévue du niveau d'investissement de 9 %. Toutefois, des efforts s'avèrent encore nécessaires pour parvenir à une plus grande maîtrise des dépenses de fonctionnement, notamment en ce qui concerne les salaires et les transferts.

Les charges exceptionnelles relevant de la préparation de la CAN 2012 ont-elles pesé sur vos comptes ?

Les dépenses liées à la CAN 2012 ont été programmées depuis plusieurs années. Cela a été plus facile depuis la décision de porter à 40 % le budget d'investissement.

Avez-vous fait une estimation des éventuels bénéfices de la CAN 2012 sur l'économie gabonaise ?

Ce rendez-vous sportif sera une occasion de mieux faire connaître le Gabon au monde. Nous attendons des milliers de visiteurs. Il est évident que cet événement aura un impact sur l'activité économique nationale en général. Les bénéfices attendus de la CAN s'apprécieront à moyen et long termes.

Où en est la politique de diversification de l'économie ?

Le développement des secteurs non pétroliers reste l'un des principaux objectifs de la « politique de l'émergence ». Il s'agit de sortir de la dépendance vis-à-vis du secteur pétrolier et de valoriser davantage les matières premières par leur transformation effective sur le territoire national. Pour illustrer cette dynamique de diversification, on peut rappeler l'implantation de plusieurs usines de transformation de bois, ainsi que le traitement d'une partie de la production de manganèse dans des entreprises comme Eramet. Cette diversification porte sur les trois piliers du programme du chef de l'État - l'industrie, l'environnement et les services - et est liée à la fois aux partenaires, aux marchés, aux produits transformés et aux techniques de financement.

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Propos recueillis par Georges Dougueli

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