Extension Factory Builder

Benjamin Stora : "La liberté de circulation doit s'appliquer aux pays du Maghreb"

06/02/2012 à 16:05
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Pour l'historien français spécialiste de la région, il faudrait mettre entre parenthèses le conflit du Sahara pour avancer sur les autres différends qui oppose le Maroc et l'Algérie.

Jeune Afrique : Comment se fait-il qu'il y ait tant d'occasions ratées dans les relations maroco-algériennes depuis cinquante ans ?

Benjamin Stora : Si l'histoire entre ces deux pays semble en effet jalonnée de rendez-vous manqués, c'est parce que l'aspiration à une union des peuples est un idéal politique. On peut dater l'acte fondateur en 1958, la conférence de Tanger, qui a réuni les trois grands partis nationalistes [l'Istiqlal marocain, le FLN algérien et le Néo-Destour tunisien, NDLR] pour jeter les bases d'une unité maghrébine. Dans la pratique, le projet a avorté plusieurs fois depuis l'indépendance. La guerre des Sables, en 1963, marque le premier coup d'arrêt. En revanche, l'idée n'a cessé d'être reprise à chaque visite de chef d'État, même sous Boumédiène. Le deuxième frein est bien sûr la crise du Sahara, dès 1976-1977.

Depuis, l'Union du Maghreb arabe a été lancée, en 1989, mais reste une coquille vide...

Justement à cause des relations conflictuelles entre le Maroc et l'Algérie. Cette tentative d'union économique et politique a buté principalement sur la guerre civile algérienne et la fermeture des frontières entre les deux pays en 1994.

Même l'ouverture attendue au début du règne de Mohammed VI a fait long feu...

L'intronisation du souverain marocain, en 1999, a suscité de l'espoir. Tout le monde attendait la réouverture des frontières. On soulignait alors les liens personnels d'Abdelaziz Bouteflika avec le Maroc. Le président algérien est né à Oujda. Au Maroc, l'arrivée de Mohammed VI a permis d'ouvrir la scène intérieure, une sorte de « printemps marocain ». Mais les différends de fond n'ont pas été réglés.

À qui la faute ?

Il est très difficile d'imputer la situation actuelle à une seule partie. Au coeur du malaise maroco-algérien, il y a le conflit au Sahara, l'un des plus vieux au monde. Le statu quo renforce certains intérêts économiques et militaires.

Pour Rabat, la priorité c'est la réouverture de la frontière. Pour Alger, c'est le Sahara. Sortons de cette impasse.

Parallèlement, chaque capitale pose ses préalables à une normalisation des relations. Pour Rabat, la priorité est la réouverture des frontières. Pour Alger, cette question est liée au règlement global du conflit au Sahara. Pour sortir de cette impasse, il est urgent de séparer ces deux dossiers et de traiter spécifiquement la question de la frontière.

Pensez-vous que le Printemps arabe peut précipiter cette normalisation ?

Les sociétés et, surtout, les jeunesses sont impatientes. Conscientes d'appartenir à la même aire, elles ont le sentiment de partager un destin, en plus d'une civilisation et d'une langue communes. L'union est l'une des nouvelles exigences des peuples. Les dirigeants l'ont compris et doivent donc anticiper cette revendication. Le Printemps arabe a porté une demande de liberté et d'égalité. Concrètement, entre le Maroc et l'Algérie, cela comprend évidemment la liberté de circulation. Exigée vis-à-vis de l'Europe, elle va devoir s'appliquer au Sud.

Pour des raisons économiques, le Maroc semble aujourd'hui plus demandeur que l'Algérie, qui, elle, profite d'une rente pétrolière...

On peut le voir ainsi, mais en fait les deux économies ont besoin de cette ouverture. Le volume des échanges est extrêmement faible. Prenez l'agriculture : l'Algérie, qui importe une grande partie de sa consommation en produits alimentaires, pourrait être le débouché naturel pour la production marocaine. Mais pour avancer sur ces questions économiques, il faut les sortir des négociations politiques et les traiter à part.

___

Propos recueillis par Youssef Aït Akdim.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Maroc

Nizar Mourabit : faux Marocain, vrai imposteur

Un politologue du nom de Nizar Mourabit sévit depuis quelques années au pays des tulipes. Il est apparu un jour sur la scène médiatique, ou plutôt il y a surgi, et n'a cessé de publ[...]

Blaise Compaoré bientôt extradé vers le Burkina Faso ?

Lors d'une rencontre jeudi avec la presse nationale, le Premier ministre intérimaire, Isaac Zida, a annoncé que le Burkina allait demander au Maroc l'extradition de Blaise Compaoré si les institutions[...]

Maroc - Minurso : Bolduc en stand-by

La nomination de la Canadienne Kim Bolduc à la tête de la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (Minurso) n'est toujours pas validée par Rabat.[...]

Les chômeurs marocains bientôt indemnisés

C'est une première dans le royaume. Les chômeurs vont être indemnisés à partir du mois de décembre grâce à la nouvelle indemnité pour perte d'emploi (IPE).[...]

Maroc - Driss El Yazami : "Les pays du Sud deviennent des acteurs à part entière des droits de l'homme"

Le Maroc accueille du 27 au 30 novembre à Marrakech la deuxième édition du Forum mondial des droits de l'homme. Driss El Yazami, président du Conseil national des droits de l'homme (CNDH) et[...]

Jumia lève 120 millions d'euros

 En perte, le jeune site de commerce en ligne panafricain se renfloue auprès de ses actionnaires, dont MTN et Millicom, pour poursuivre sa croissance intensive.[...]

Le Maroc hôte du deuxième Forum mondial des droits de l'homme

Du 27 au 30 novembre, le Maroc organise le Forum mondial des droits de l'homme. Un événement chargé de symboles pour un pays qui sort d'un passé marqué par de nombreuses violations des droits[...]

Football : les fédérations d'Afrique australe boudent le Maroc

Dans un communiqué publié le 22 novembre, les fédérations d'Afrique australe expliquent qu'elles déclinent l'invitation de Rabat à venir assister, en décembre, à la Coupe du[...]

Entrepreneuriat : le prochain GES aura lieu en Afrique subsaharienne

 Organisée à Marrakech du 19 au 21 novembre, la cinquième édition du GES a connu un franc succès. Plus de 6000 participants ont pris part à l'événement, qui reviendra[...]

Maroc : CGI entame sa sortie de la Bourse de Casa

Le holding CDG Développement vient de déposer un projet d'offre publique de retrait sur les titres CGI. L'autorité de marché a dix jours pour statuer sur le projet. Les premiers détails d'une[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces