Longtemps ministre des Affaires étrangères, deux fois Premier ministre et... trois fois candidat à la présidentielle au Sénégal. Le 26 février, Moustapha Niasse portera les couleurs de la coalition de l'opposition Benno Siggil Senegaal.
Il y a cet hélicoptère dont il est fier. Un vaste bureau, une grande maison et des files de gens qui attendent en espérant être reçus. Moustapha Niasse, 72 ans, a l'assurance de celui qui a réussi (ministre des Affaires étrangères du Sénégal sous Senghor, premier Premier ministre de Wade et quelques affaires florissantes dans le secteur privé). En décembre, la coalition Benno Siggil Senegaal a fait de lui son candidat pour la présidentielle du 26 février. Son parti, l'Alliance des forces du progrès (AFP), pèse moins que le Parti socialiste d'Ousmane Tanor Dieng, qui briguait lui aussi l'investiture de Benno, mais Niasse n'en a cure : l'essentiel, c'est de participer. Interview.
Jeune Afrique : La coalition de l'opposition vous a choisi vous plutôt que le patron du Parti socialiste (PS) pour la présidentielle. Tanor n'avait-il pas fait un score deux fois supérieur au vôtre à l'élection de 2007 ?
Moustapha Niasse : Si on avait commencé par se demander qui pèse quoi, on n'aurait jamais formé de coalition. Être uni, c'était un rêve. Nous n'avons pas réussi, mais l'essentiel est que nous soyons tous d'accord sur la nécessité de battre le candidat du Parti démocratique sénégalais (PDS).
Mais le PS est bien mieux implanté que votre parti, l'AFP...
Je suis au-dessus de tout cela, je ne veux pas polémiquer. En plus, le PS, c'est ma famille politique. Je suis resté quarante-cinq ans avec les socialistes... Je connais mieux le parti que certaines des personnes qui le dirigent actuellement !
Justement, le PS ne pèse-t-il pas plus que les partis qui vous soutiennent ?
Nous nous interdisons cet exercice comparatif. Dans ma tête, il n'y a pas de petites formations.
Sur le terrain, oui !
Comprenez une chose : que je perde ou que je gagne, ça m'est égal. L'essentiel, c'est de participer, comme disait Pierre de Coubertin [qui ressuscita les Jeux olympiques], de défendre ses convictions, et c'est cela qui fait ma force. J'ai été deux fois Premier ministre, ministre des Affaires étrangères pendant onze ans... Je vous assure que l'idée d'être président ne m'empêche pas de dormir. Regardez autour de vous [d'un geste, il désigne son luxueux bureau au siège de l'AFP]... Que croyez-vous que j'aie à y gagner ?
Alors pourquoi ne pas vous être désisté ?
La décision ne dépend pas de moi. Derrière moi, il y a des formations que je ne méprise pas, que je ne traite pas de poussière de parti. Par ailleurs, retenez ceci : les militants représentent 20 % de l'électorat sénégalais, pas plus. Les 80 % restants, c'est le peuple, et c'est lui qui vote.
L'opposition ne risque-t-elle pas de payer son absence d'unité ?
Même si Wade était seul dans une espèce de vote référendaire, il ne pourrait pas gagner. Il n'est pas majoritaire, ni sociologiquement, ni politiquement. Il compte sur la manipulation du processus électoral.
Son bilan est-il uniquement négatif ?
Il faut reconnaître à l'adversaire ce qu'il a fait : Wade a beaucoup investi dans la région de Dakar en matière d'infrastructures. Mais c'est peu par rapport à ce qu'il devait faire. Un exemple : il se vante d'avoir bâti 500 lycées. C'est faux ! Dans mon village, à Keur Madiabel, il y a un lycée que le président comptabilise parmi ceux qu'il a construits. Mais, à l'origine, c'était un collège. Quand c'est devenu un lycée, cinq salles de classe ont été ajoutées : trois ont été financées par une ONG, les deux autres par moi-même. Wade n'y a pas mis un gramme de ciment ! À Kaolack, je connais un proviseur qui a été nommé il y a cinq ans et dont le lycée, dont la première pierre n'a même pas été posée, est comptabilisé parmi les 500.
Est-ce la dernière fois que vous vous présentez à une élection ?
J'ai cinquante-cinq ans de carrière politique derrière moi, cela suffit. Si je gagne, je ne ferai qu'un seul mandat de cinq ans. Certainement pas douze, pour ensuite essayer de passer par le trou du rat pour entrer dans le magasin de grain.
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Propos recueillis à Dakar par Anne Kappès-Grangé.

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