Extension Factory Builder

Sénégal - Babacar Gueye : "Wade n'a pas respecté la Constitution"

25/01/2012 à 15h:15
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Babacar Gueye dénonce l'instabilité gouvernementale des années Wade. Babacar Gueye dénonce l'instabilité gouvernementale des années Wade. © AFP

Le juriste sénégalais Babacar Gueye, professeur de droit constitutionnel à l'université Cheikh-Anta-Diop de Dakar, dresse le bilan des douze années au pouvoir du président sénégalais Abdoulaye Wade.

Jeune Afrique : Quel regard portez-vous sur le bilan de Wade en matière de démocratie ?

Babacar Gueye : Ce qui reste avant tout, c'est l'instabilité gouvernementale. Wade a eu six Premiers ministres, Abdou Diouf, en vingt ans, n'en avait eu que trois. Sans compter les incessants remaniements ministériels. Un ministre a été démis deux jours après avoir été nommé ! En outre, les gouvernements pléthoriques ont provoqué de nombreux chevauchements de missions et un certain flou quant au rôle de chacun. Enfin, je constate que Wade a fait du ministère de l'Intérieur, chargé des élections, un ministère très politique, alors qu'il était habituellement dirigé par un homme neutre.

Et les nombreuses modifications de la Constitution sénégalaise, étaient-elles justifiées ?

Il y en a eu 17 en huit ans. En moyenne, une tous les six mois ! Ce n'est pas une nouveauté : Diouf et Senghor l'avaient modifiée chacun une vingtaine de fois. Mais c'est trop. Certaines de ces modifications ne répondaient pas à une nécessité pour la République, mais à un besoin partisan. L'exemple le plus flagrant concerne le mandat du président de l'Assemblée nationale, passé de cinq à un an pour se débarrasser de Macky Sall [en 2008, NDLR]. Et comment expliquer qu'en 2001 on ait réduit le mandat présidentiel de sept à cinq ans, avant d'y revenir en 2008 ? Comment expliquer la création, en 2008, d'un poste de vice-président, qui n'a jamais été pourvu depuis ?Le président n'a pas respecté la Constitution et, avec Wade, on a assisté à une banalisation des institutions.

La presse et l'opinion sont libres, mais la justice n'est pas encore totalement indépendante.

Le président Wade n'a-t-il pas également modifié le rapport de la République avec les confréries religieuses ?

Oui, et c'est très grave. Après avoir été élu en 2000, il s'est rendu à Touba [le coeur du pouvoir mouride], où il a été filmé à genoux devant le khalife général assis dans son fauteuil. Cela a donné l'image très négative - et nouvelle - d'une République s'abaissant devant la religion. Puis il a proclamé son appartenance à cette confrérie et a lancé des menaces contre les chrétiens. Tout cela a créé la zizanie au sein des confessions, les dressant les unes contre les autres.

Mais en matière de libertés publiques, Wade a été très libéral : la presse, par exemple, en a largement profité...

C'est exact. La presse et l'opinion sont libres, mais la justice n'est pas encore totalement indépendante.

_________

Propos recueillis à Dakar par Rémi Carayol

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Sénégal

Terrorisme : la Mauritanie et le Sénégal renforcent leur coopération

Terrorisme : la Mauritanie et le Sénégal renforcent leur coopération

Les chefs des armées de Mauritanie et du Sénégal souhaitent renforcer les patrouilles et le contrôle des points de passage à leurs frontières. Objectif ? Mieux lutter contre la menace te[...]

Sénégal : Saint-Louis, ville historique, menacée d'être engloutie par les eaux

"C'était un très beau village. Quinze de mes seize enfants ont grandi dans ce salon", se souvient Ameth Diagne, pêcheur de 52 ans, en désignant un pan de mur bleu azur, frappé par les[...]

Sénégal : retour sur la mort d'Omar Blondin Diop, le Normalien subversif qui défiait Senghor

Intellectuel brillant sorti de Normale sup’, le Sénégalais Omar Blondin Diop fut une figure emblématique du mouvement contestataire post-soixante-huitard qui défia le président[...]

Top chefs : cuisiniers hors pair pour présidents africains

D'eux, on sait peu de chose. La discrétion fait partie du contrat... Question de sécurité. Leur rôle, pourtant, est essentiel. Rencontre avec ces cuisiniers hors pair qui s'activent[...]

Pour sa première tournée africaine, Obama choisit le Sénégal, l'Afrique du Sud et la Tanzanie

La Maison Blanche a annoncé dans un communiqué, lundi 20 mai, que le président Barack Obama se rendrait du 26 juin au 3 juillet au Sénégal, en Afrique du Sud et en Tanzanie. Une première[...]

Sénégal : le festival de jazz de Saint-Louis en quête d'un second souffle

La 21e édition du Festival de Jazz de Saint-Louis, au nord du Sénégal, se tient du 15 au 19 mai. Créé en 1993 pour redynamiser l’ancienne capitale de l'AOF, l'événement est[...]

Sénégal : Karim Wade contre-attaque

La Cour de justice de la Cedeao examine le 17 mai une requête des avocats de Karim Wade, qui poursuivent leur offensive contre l'État sénégalais.[...]

Sénégal : pseudo-scoop à la française

Les imprécisions d'un article du "Point" au sujet d'accusations de corruption visant Jacques Chirac et Idrissa Seck prêtent à confusion.[...]

Sénégal : le kaolin, une drogue de femmes

Argile blanche et friable, le kaolin, appelé "kew" en wolof, est très prisé des femmes sénégalaises qui le consomment à l’envi. Mais cette roche calcaire faisant aussi[...]

Quiz : êtes-vous à jour sur l'actualité africaine ?

Le racisme en Italie, le taux de pénétration du mobile au Sénégal, les manifestations au Maroc, la menace sur le manioc africain... Testez vos connaissances avec notre quiz hebdomadaire. Dix questions,[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers