Un président sortant, âgé de 85 ans, qui explique qu'il est en pleine forme et que les gènes familiaux, apparemment à la limite de la mutation, prolongent la vie des siens au-delà de 100 ans, repoussant ainsi ad vitam aeternam la question de sa succession. Abdoulaye Wade est aussi persuadé, comme nombre de ses pairs me direz-vous, qu'il est le seul à pouvoir diriger son pays - le Sénégal - et que ceux qui briguent sa succession ne sont que roupie de sansonnet...?
Des opposants que tout oppose, mais qui se sont rassemblés sous la bannière « Tout sauf Wade » et dont les ersatz de programme se résument à trois « idées » : taper sur le chef de l'État, dans un réflexe devenu pavlovien, énumérer les problèmes auxquels sont confrontés les Sénégalais (au cas où cela leur aurait échappé) et verser dans la démagogie la plus cynique en promettant de les régler en un tournemain. Comment ? Mystère...?
Un chanteur, véritable star mondiale, qui annonce sa candidature à quelques semaines du scrutin présidentiel (prévu le 26 février), dont l'aura médiatique internationale est mille fois supérieure au crédit que lui accordent les Sénégalais pour diriger leur pays... Une société « civile » et des mouvements « citoyens » dont on finit par se demander en quoi ils diffèrent des politiques...?
Curieux champ de bataille où se déroule une guerre d'ego et d'ambitions permanente. Étranges combattants qui incitent leurs troupes à la violence, multiplient les allers-retours au sein des différentes factions en présence et aiment par-dessus tout à distiller rumeurs ou attaques personnelles nauséabondes. C'est un peu la ruée vers l'or (le pouvoir) en plein Far West. Tous les coups sont permis.
Dernier avatar de ce règlement de comptes à O.K. Corral à la sauce arachide, l'affaire Barthélémy Dias. Voilà un éminent cadre du Parti socialiste (PS) inculpé d'homicide volontaire et écroué à la prison de Rebeuss. Il prétend avoir tué un homme, un « nervi » du PDS, en « état de légitime défense ». La scène a pourtant été filmée et circule sur internet. On y voit notre cow-boy des temps modernes, en jeans et blouson de cuir, Ray-Ban sur le nez et flingue au poing, tirer tranquillement une douzaine de coups de feu sur une petite foule de jeunes du parti présidentiel, excités certes, mais apparemment sans armes et postés à plus d'une centaine de mètres de la mairie dirigée par Dias. Ses collègues du PS, mais aussi la quasi-totalité des opposants, vocifèrent toujours que c'est encore un coup de Wade et que la place de Dias n'est pas en prison... Consternant !?
Difficile de ne pas craindre des dérapages dans ces conditions, surtout après le verdict, prévu à la fin de ce mois, du Conseil constitutionnel sur la validité (ou non) de la candidature de Wade. On pourra toujours se rassurer en imaginant que les confréries et les marabouts sauront apaiser les tensions, en se souvenant que l'armée est bel et bien républicaine et en espérant que la majorité silencieuse, qui doit observer, médusée, ces joutes d'un autre âge, saura raison garder. Quant à faire rêver les Sénégalais, ça, c'est une autre histoire...

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