Extension Factory Builder

Boukary Daou, journaliste malien : "Je suis de nouveau un homme libre"

02/05/2013 à 12:48
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Le journaliste malien Boukary Daou. Le journaliste malien Boukary Daou. © Boukary Daou/Facebook

Arrêté pour avoir publié une lettre d’un groupe de soldats dénonçant les avantages accordés au capitaine Sanogo, le directeur de publication du journal privé "Le Républicain", Boukary Daou, a été jugé et libéré le 30 avril. Après 28 jours de détention illégale. Il compte désormais déposer plainte contre ceux qui l’on arrêté. Interview.

Jeune Afrique : Comment expliquez-vous la soudaine annulation de la procédure engagée contre vous ?

Boukary Daou : Le juge a estimé que les exceptions émises par la défense étaient recevables, à savoir le défaut de citation. Le droit de la presse précise que le journaliste, lorsqu’il est poursuivi en justice, doit recevoir une citation du parquet indiquant les fautes qui lui sont reprochées. Ce qui n'a pas été mon cas. Cette citation manquant à mon dossier, je n'ai jamais su de quoi j'étais officiellement accusé, et je n'ai donc jamais pu préparer ma défense. Les avocats ont joué cette carte et demandé l’annulation de la procédure engagée contre moi.

>> À lire sur le même sujet : "La presse malienne au garde-à-vous"

Comptez-vous déposer plainte ?

J’ai été vilipendé, humilié et sali dans mon honneur. C’est vrai que le tribunal m’a blanchi, mais j’ai subi des préjudices. Il y a eu une arrestation, une séquestration, et une incarcération arbitraires car je n’ai pas été entendu par le procureur avant d’être déféré à la prison centrale. Pour toutes ces violations, mes avocats et moi étudions le dossier pour voir s’il faut déposer la plainte contre l’État malien, contre le directeur de la Sécurité d’État (SE), ou contre la structure même de la SE. Et après il s’agit de savoir où est-ce qu’il faut déposer cette plainte, devant les tribunaux au Mali ou devant une juridiction internationale. Cette affaire dépasse le cas particulier de ma personne et est devenu celui de la presse malienne toute entière.

Le simple fait de priver un homme de sa liberté constitue une torture morale.

Comment se sont passées vos nuits en détention dans les locaux de la SE ?

Le simple fait de priver un homme de sa liberté constitue une torture morale. Pour les besoins de la constitution du dossier de la plainte, je ne peux pas rentrer dans les détails, mais il y a eu pire que ça.

Pouvez-vous nous en dire plus au sujet de la publication de la lettre qui a conduit à votre arrestation ?

Cette lettre qui m’a été adressée, je l’ai publiée parce que j’ai estimé qu’elle contenait des informations de nature à intéresser mes lecteurs. Ensuite mon refus catégorique de livrer ma source a conduit à ma détention.

Quel sentiment vous anime après votre libération ?

Je suis de nouveau un homme libre qui va reprendre sa plume. J’ai connu ceux qui sont à la SE, eux aussi m’ont connu. Je n’ai aucune crainte, je suis dans mon pays et j’exercerai librement ma profession comme je l’ai toujours fait. Nous devons cependant être vigilants, car dans cette affaire, on s’est attaqué à un principe constitutionnel.

________

Propos recueillis par Baba Ahmed, à Bamako

 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Mali

Tomi, IBK, Bongo : des écoutes embarrassantes

Tomi, IBK, Bongo : des écoutes embarrassantes

Des chefs d’Etat étrangers, qui plus est des amis de la France, écoutés dans le cadre d’investigations judiciaires ? Voilà qui, d’un point de vue diplomatique, et même si [...]

Crise malienne : pourquoi Ménaka cristallise les tensions

Alors que la rébellion du Nord-Mali réclame toujours des amendements à l'accord d'Alger pour le signer, la situation sécuritaire se détériore depuis la reprise de la ville de[...]

Mali : l'armée accusée d'avoir exécuté neuf personnes à Tin Hama

Des combats entre les rebelles de la CMA et l'armée malienne ont eu lieu jeudi matin à Tin Hama, près d'Ansongo, dans le nord-est du Mali. Dans un communiqué, les rebelles accusent les soldats maliens[...]

Les femmes africaines peinent à percer le plafond de verre

Éducation, travail, indépendance... Malgré de timides avancées, le statut des femmes n'a que peu progressé en Afrique, selon les participantes du 5e forum social d’Essaouira, au Maroc, du[...]

Deux importants chefs jihadistes tués dans le nord du Mali par l'armée française

Le ministère français de la Défense a affirmé mercredi dans un communiqué avoir neutralisé deux importantes figures du jihadisme dans le nord du Mali : Abdelkrim al-Targui et Ibrahim Ag[...]

Mali : le chef jihadiste Abdelkrim al-Targui tué par l'armée française

Abdelkrim al-Targui, l'un des principaux chefs d'Aqmi, a été tué dans la nuit de dimanche à lundi par l'armée française dans le nord-est du Mali. Plusieurs autres jihadistes ont[...]

Mali : un blessé dans une attaque contre la Minusma à Bamako

Un gardien d'une résidence de la Minusma à Bamako a été blessé par balle, mercredi, par un homme armé qui a réussi à prendre la fuite, abandonnant sur place deux grenades[...]

Le Mali parviendra-t-il à sceller son accord de paix ?

Officiellement signé le 15 mai à Bamako par le gouvernement, l'accord de paix n'est pas encore définitivement scellé au Mali. Les rebelles de la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA) souhaitent[...]

Mali : trois militaires maliens tués près de Tombouctou

Trois soldats maliens ont été tués lundi matin près de Tombouctou, lors d'une attaque menée par les rebelles de la Coordination des mouvements de l'Azawad. [...]

L'ONU accuse le Mali de manquer de reconnaissance pour ses "sacrifices"

Le chef des opérations de maintien de la paix de l'ONU, Hervé Ladsous, s'est insurgé samedi à Bamako contre un manque de reconnaissance des autorités maliennes envers la force internationale dans[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers