Aminata Traoré : "Chávez compte parmi les grandes figures des luttes de libération de nos pays".
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Aminata Dramane Traoré, femme politique et écrivaine malienne, réagit au décès du président vénézuélien, Hugo Chávez, annoncé le 5 mars. Interview.
Jeune Afrique : Quelle est la réaction de l’Africaine altermondialiste que vous êtes à la mort d’Hugo Chávez ?
Aminata Traoré : Plus qu’en Africaine altermondialiste, je réagis d’abord en amie. C’est un homme courageux, qui est resté proche de son peuple et que certains considèrent à tort comme un simple populiste. J’ai eu le privilège de le côtoyer, d’aller au Venezuela me rendre compte de la parfaite gestion des ressources naturelles dans un pays du Sud. Hugo Chávez a démontré qu’un autre modèle est possible : les ressources naturelles, qui sont la richesse des pays du Sud, peuvent être utilisées au profit des populations.
Nul ne peut lui contester cet aspect de son bilan, très important à mes yeux. Car, dans nos pays, c’est là que le bât blesse. Sa gestion des ressources naturelles fait de lui un modèle pour les pays africains aux ressources abondantes, pris en otages par les pays occidentaux qui se les disputent sans que les populations y trouvent leur compte.
Pourtant il était aussi très critiqué…
Il est tellement facile de parler au nom des peuples et d’agir ensuite autrement. Elles sont légion, les fausses promesses de développement qui leur sont faites, au Nord comme au Sud. Je note actuellement l’extrême difficulté des démocraties occidentales à relever certains défis. Chávez, lui, aura marqué son temps, son continent, son pays, ainsi que la plupart des citoyens du monde qui ont pu noter sur le terrain les avancées de sa politique. Je n’ai pas l’impression d’avoir eu affaire à un dirigeant politique qui sert d’abord ses intérêts et ceux des siens. Pour l’Africaine que je suis, c’est extrêmement important. Cette particularité mérite d’être soulignée au moment où disparaît.
Iriez-vous jusqu’à dire qu’il fut une sorte de Nasser latino ?
Il était lui-même. Il a puisé dans l’histoire de l’Amérique latine l’inspiration de ce qu’il nomme « révolution bolivarienne ». C’est vrai qu’il rendait hommage aux grandes figures de l’Histoire qui avaient privilégié l’intérêt de leurs peuples, c’est-à-dire qui avaient voulu consacrer les ressources naturelles à leur bien-être. Il est clair que certaines orientations économiques peuvent desservir les intérêts de quelques-uns : on ne peut pas plaire à tout le monde. Pour son type de leadership, que personnellement je respecte, il compte parmi les grandes figures des luttes de libération de nos pays. C’est un homme de courage, de conviction. Ça peut coûter cher, mais il a assumé jusqu’au bout.
Des hommes politiques africains se réclament-ils ouvertement d’Hugo Chávez ?
À cause de fanatiques, de nombreux innocents sont tués au Mali, tout simplement parce que le problème est mal posé. La question fondamentale est économique.
Ils ne le peuvent pas. Il n’y a qu’à voir l’unanimisme qui prévaut aujourd’hui dans la lecture de la situation du Mali, où l’on réduit tout à la lutte contre le terrorisme. Or celui-ci est alimenté par la misère morale et matérielle des populations, qui n’en peuvent plus. À cause de fanatiques, de nombreux innocents sont tués, tout simplement parce que le problème est mal posé. La question fondamentale est économique. Peut-on prétendre avoir mis en œuvre dans les pays africains des politiques économiques et sociales qui profitent d’abord aux populations, notamment aux plus vulnérables ? C’est ce qu’Hugo Chávez, lui, a essayé de faire. En Afrique, les politiques économiques mises en place visent à ouvrir les portes aux investisseurs qui rapatrient systématiquement leurs profits. Je ne vois pas, dans nos régions, d’hommes d’État qui osent dénoncer ce type d’orientation. Ils n’en ont pas le courage ; ceux qui essaient sont sacrifiés.
C’est pour tenter de changer ces orientations qu’Hugo Chávez a contribué à la création de l’América del Sur – Africa (ASA) ?
Il a tendu une perche à l’Afrique. Je me souviens du passage d’ATT [l’ancien président malien Amadou Toumani Touré, NDLR] au Venezuela. À ma grande surprise, j’avais entendu le président malien affirmer qu’un autre monde était possible. La plupart des chefs d’État africains qui ont été au contact d’Hugo Chávez ont admis que son orientation était la bonne. Sauf que, dans la pratique, nos politiques ont tendance à céder au clientélisme. Par ailleurs, ils regardent encore trop peu du côté de l’Amérique latine. Ils se tournent vers l’Asie, rêvant d’émergence, mais oubliant que l’Asie qui gagne ne se laisse pas dicter des solutions. L’Afrique ne fait que ça : céder. Hugo Chávez, lui, était un résistant.
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Par Clarisse Juompan-Yakam

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