Extension Factory Builder

Prosper Higiro : "Il faut gérer les conséquences du découpage des frontières" dans les Grands Lacs

31/01/2013 à 19:28
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Pour Prosper Higiro, le découpage des frontières et la mauvaise gouvernance sont en cause. Pour Prosper Higiro, le découpage des frontières et la mauvaise gouvernance sont en cause. © DR

Au lendemain du Forum des parlements de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (FP-CIRGL) tenu à Kinshasa du 22 au 24 janvier, son secrétaire général Prosper Higiro livre à Jeune Afrique son opinion sur la situation sécuritaire dans la partie orientale de la République démocratique du Congo (RDC). L'ancien vice-président du Sénat rwandais plaide en faveur d'une "coopération renforcée" pour mieux gérer les conséquences actuelles du découpage des frontières de 1886. Interview.

Désigné secrétaire général du Forum des parlements de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (FP/CIRGL) en décembre 2011, Prosper Higiro, ancien vice-président du Sénat du Rwanda, a installé son bureau à Kinshasa. Le politicien rwandais, candidat malheureux à la présidentielle de 2010, a réussi à réunir dans la capitale congolaise les délégués de douze parlements de la CIRGL pour évoquer les problèmes qui préoccupent la région, notamment la situation sécuritaire à l'est de la République démocratique du Congo (RDC). Il livre à Jeune Afrique son analyse des conflits du Kivu.

Jeune Afrique : Douze parlements de la CIRGL se sont réunis récemment à Kinshasa et ont condamné le Mouvement du 23 mars (M23), sans toutefois mentionner un quelconque soutien extérieur dont bénéficieraient les rebelles. On ne saura donc pas la position des parlementaires de la région sur cette question qui oppose la RDC et ses voisins rwandais et ougandais...

Prosper Higiro : Les parlementaires de la région ont sans doute préféré aborder des questions d'actualité sur la situation sécuritaire à l'est de la RDC, notamment les discussions en cours entre le gouvernement congolais et les rebelles du M23 à Kampala. Voilà pourquoi cette question de soutien extérieur ou non des pays voisins n'a pas resurgi dans les débats. Ce n'était donc pas à moi de suggérer aux délégués d'en parler.

Est-ce que le cadre régional des discussions de Kampala demeure adapté à la dynamique en cours au niveau de l'Union africaine et des Nations unies qui projettent de déployer une force internationale neutre – ou une brigade d'intervention – pour traquer tous les groupes armés dans les Kivu, dont le M23 ?

Le cadre reste adapté dans la mesure où les deux parties en discussion l'ont accepté, d'une part, et de l'autre, les deux solutions ne sont pas contradictoires mais complémentaires. La Force internationale neutre s'attaquera non seulement aux rebelles du M23 mais aussi aux autres groupes armés jugés négatifs. Donc, si avant le déploiement de cette force, un accord est trouvé à Kampala, il ne sera plus nécessaire de s'occuper du M23. Dans ce cas, la Force neutre traquera seulement les autres groupes armés.

Nous sommes simplement optimistes sur le fait que les deux protagonistes parviendront à conclure un accord avant le déploiement de la Force internationale neutre.

C’est donc une sorte d'ultimatum aux rebelles du M23 pour qu'ils trouvent vite un compromis avec Kinshasa, sous peine de se retrouver dans le viseur de la Force internationale neutre ?

Non. Il ne s'agit pas d'un ultimatum.

Nous sommes simplement optimistes sur le fait que les deux protagonistes parviendront à conclure un accord avant le déploiement de la Force internationale neutre.

Comment sortir de cette crise récurrente dans la région des Grands Lacs ?

Les parlementaires de la région ont convenu de se retrouver, dans un proche avenir, pour réfléchir sur les causes profondes de la situation sécuritaire dans la région des Grands Lacs. Mais à mon avis, il faudrait chercher dans les facteurs historiques liés au découpage des frontières mais aussi dans la gouvernance. Car, la colonisation a laissé dans la région certaines situations problématiques.

Je ne dis pas qu'il faudra retourner à Berlin pour refaire les frontières, mais il faudra aujourd'hui gérer les conséquences de ce découpage. Autrement dit, il faut s'occuper sérieusement des zones où l'on retrouve les mêmes populations de deux côtés de la frontière. Une coopération renforcée est donc souhaitée entre les pays concernés pour pouvoir gérer les risques et les conséquences éventuelles laissés par ces facteurs historiques.

________

Propos recueillis à Kinshasa par Trésor Kibangula, envoyé spécial

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

RD Congo

Ligue des champions : Lusadisu (AS Vita Club) et Zerara (ES Sétif), l'interview croisée

Ligue des champions : Lusadisu (AS Vita Club) et Zerara (ES Sétif), l'interview croisée

Les milieux de terrain Guy Lusadisu - qui a remporté deux fois le trophée avec le TP Mazembe - et Toufik Zerara sont deux des hommes forts de l’AS Vita Club et de l’ES Sétif, qui s’affro[...]

RD Congo : la production d'or pourrait tripler en 2014

 La RD Congo pourrait produire 18 tonnes d'or cette année, selon Martin Kabwelulu, le ministre des Mines du pays d'Afrique centrale. C'est trois fois le volume produit l'an dernier.[...]

RDC : retour à Kinshasa du proche de Bemba, Fidèle Babala

Libéré mardi par la Cour pénale internationale (CPI), qui le soupçonne de subornation de témoins, le secrétaire général adjoint du Mouvement de libération du Congo[...]

Un Michel peut en cacher un autre

Le nouveau Premier ministre se prénomme Charles et n'a que 38 ans. Mais il a de qui tenir. Louis, son père, est un vieux briscard de la politique locale. Et de la "Belgafrique".[...]

RDC : deux jeunes tués dans une manifestation contre la Monusco dans l'Est

Les protestations contre la Monusco ont fait deux morts et un blessé par balle mardi, dans l'est de la RDC, a annoncé mercredi une fédération d'association.[...]

RDC : "Vieux Ebola", le nouveau surnom de Koffi Olomidé ne passe pas

Le chanteur congolais (RDC) Koffi Olomidé, 58 ans, été arrêté mardi à Kinshasa pour avoir accroché dans la rue des banderoles annonçant le concert de "Vieux [...]

France : Patrick Balkany rattrapé par ses pratiques douteuses en Afrique

Patrick Balkany, député et maire de Levallois-Perret, en banlieue parisienne, a été mis en examen, mardi, pour "blanchiment de fraude fiscale", "corruption" et "blanchiment de[...]

RDC : le docteur Mukwege, lauréat du prix Sakharov du Parlement européen

Le docteur congolais Denis Mukwege s'est vu décerner mardi le Prix Sakharov 2014 pour son travail auprès des femmes victimes de violences sexuelles dans les conflits armés de l'est de la RDC.[...]

Sondage : faut-il reporter la CAN 2015, la déplacer ou l'annuler à cause d'Ebola ?

Se jouera-t-elle ou pas ? À quelle date ? Où ? Les rumeurs vont bon train au sujet de la Coupe d'Afrique des nations, prévue en janvier 2015 au Maroc mais menacée par l'épidémie d'Ebola.[...]

La RD Congo vend son énergie et son potentiel agricole à Londres

 Le premier Global Africa Investment Summit à Londres a été nettement dominé par la présence des pays anglophones. Rare exception, la RD Congo a présenté plusieurs projets[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers