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Salam Kawakibi : "Les Syriens ont compris qu'ils doivent trouver seuls leur salut"

02/01/2013 à 12h:01
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Salam Kawakibi, politologue syrien. Salam Kawakibi, politologue syrien. © DR

Les bombardements, les combats et les violences n'ont pas connu de trêve en Syrie. La guerre civile se poursuit et les premiers jours de l'année 2013 ont débuté sous le signe des tueries. Le politologue syrien, proche de l'opposition, Salam Kawakibi, revient sur la situation. Interview.

Tandis que Lakhdar Brahimi, l’envoyé spécial des Nations unies, se démène de Moscou à New York pour chercher une introuvable issue négociée à la crise syrienne, les bains de sang succèdent aux massacres sur le terrain. Le 23 décembre, une soixantaine de personnes qui faisaient la queue devant une boulangerie dans la localité de Halfaya périssent dans un bombardement aérien. Six jours plus tard, plus de 150 civils sont massacrés dans le quartier de Deir Ba’alba à Homs. Tandis que le bilan du premier jour de l’année 2013 est accablant : 104 morts, dont 35 civils. Salam Kawakibi, politologue syrien et directeur adjoint du think tank Arab Reform Intiative, proche de l’opposition, revient sur ces tueries significatives des violences toujours plus intenses qui ravagent le pays.

Jeune Afrique : Que s’est-il passé à Deir Ba’alba ? L’attaque de la boulangerie de Halfaya était-elle ciblée ?

Salam Kawakibi : C'est l'un des quartiers encerclés depuis des mois dans la ville de Homs. Les rebellions qui défendaient le quartier se sont retiré après avoir épuisé toutes leurs munitions en essayant d'évacuer le maximum d'habitants. Après leur retrait, le quartier a été investi par les Chabiha [milices pro-régime, NDLR] et plus de 40 familles qui n’ont pas réussi à quitter les lieux ont été exécutées sommairement. Cette action souligne aussi le manque de coordination entre les différents groupes rebelles. En ce qui concerne la boulangerie, c’est manière d’effrayer les civils en s’attaquant de façon systématique aux lieux d’approvisionnement indispensable.

Même méthode selon vous à Aqraba, village alaouite [la communauté du président Assad], théâtre d’un massacre le 11 décembre ?

Aqraba, dans la région de Damas, a subi le même traitement que le reste du pays, en dehors de toute discrimination communautaire. Quand la sanction est ordonnée afin de donner des « leçons », le régime ne fait aucune distinction entre les Syriens. La plupart des atrocités similaires ont été l'œuvre des milices pro-gouvernementales afin d'attiser la division communautaire et fissurer le tissu social.

Selon vous, le communautarisme est-il en train de l’emporter sur les idéaux de la révolution ? Que sont devenus ceux-ci ?

Il me semble que les efforts du régime étaient consacrés depuis 20 mois à attiser la haine entre les communautés et concrétiser la prise en otage des minorités afin de leur faire croire que leur salut dépendait du régime. Les Syriens ont réussi à démontrer que leur cohésion restait encore solide. Il est remarquable que nous n’ayons pas « encore » vécu des actions de vengeance sur des bases communautaires. Les idéaux de la révolution sont toujours présents et ils se renforcent au fur et à mesure. Ils se manifestent sous plusieurs formes : la résistance civile, les manifestations, la solidarité et les actions humanitaires. La militarisation n’était pas le choix des révolutionnaires. Certains ont été obligés à prendre les armes et de rejoindre les troupes de l’armée syrienne qui ont fait défection afin de ne pas tuer les leurs.

Y a-t-il encore une place pour une solution politique?

Il faut toujours croire à une solution politique. Mais les personnes en charge actuellement n’ont pas démontré une capacité intellectuelle ni un niveau d’intégrité suffisant pour aboutir à une solution satisfaisante. La communauté internationale n’est pas très pressée de trouver une solution. Les Syriens ont bien compris qu'ils doivent trouver leur salut seuls et ils devront éviter que leur victoire soit volée par les acteurs régionaux et internationaux.

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Propos recueillis par Laurent de Saint Périer

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