Extension Factory Builder

Tieman Coulibaly : "Ansar Eddine ne représente pas la population de Kidal"

31/12/2012 à 15:35
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Le chef de la diplomatie malienne, dans ses bureaux, à Bamako, le 29 décembre 2012. Le chef de la diplomatie malienne, dans ses bureaux, à Bamako, le 29 décembre 2012. © Baba Ahmed

Après son retour de New York où il a assisté au vote de la résolution 2085 de l’Onu qui autorise un déploiement d’une force africaine au Mali, le ministre des Affaires étrangères du nouveau gouvernement malien, Tieman Coulibaly, revient, pour Jeune Afrique, sur les négociations en cours avec les groupes armés qui contrôlent le nord du Mali et sur la préparation de la future intervention militaire. Interview.

Jeune Afrique : L’Onu a donné son feu vert à un déploiement militaire dans le Nord-Mali, le 21 décembre. Pouvez-vous nous préciser la date approximative de son lancement ?

Tieman Coulibaly : Je n’avancerai pas une date précise, car une opération militaire de cette nature comporte un certain nombre d’éléments confidentiels. Mais, ce qui est sûr, c’est que cette opération aura bien lieu. Le Mali atteindra ses objectifs qui sont la libération du Nord et la préservation du caractère républicain et laïc de notre État.

Jusque-là, l’Algérie voisine était hostile à une intervention militaire au Nord-Mali. Comment expliquer qu’elle n’était pas opposée pendant le vote de la résolution de l’ONU qui autorise l’envoie des troupes au Mali ?

L’ambassadeur de l’Algérie à l’Onu était la première personne à venir me féliciter juste après l’adoption de la résolution. Il a réitéré le soutien de l’Algérie au Mali. Nous n’avons pas connaissance d’un refus officiel de l’Algérie de participer à une intervention militaire au Nord-Mali. Pour nous, l’Algérie fait partie du dispositif de défense de notre pays contre les terroristes.

Le Premier ministre a déclaré vouloir une intervention le plus rapidement possible, mais un semestre sera-t-il suffisant pour réunir les fonds et pour former les soldats ?

Nos militaires sont déjà formés à l’art militaire. Il y a certes du recyclage à faire et une remise en état du matériel à assurer. Mais cela ne prend pas longtemps. Nous avons des populations qui vivent sous occupation et des refugiés qui attendent de retourner chez eux. Cette situation ne peut plus durer longtemps.

Vous avez annoncé la création d’un fonds spécial pour aider le Mali. Qui est susceptible de le financer ? Quand sera-t-il opérationnel ?

L’Onu dispose déjà des moyens au niveau de son département « Paix et Sécurité ». Il y a également le fonds de l’Union européenne pour la mission de formation des militaires maliens, dont le chef, le général français François Lecointre, vient d’être nommé. Et, courant janvier, nous allons organiser une conférence des donateurs. Immédiatement après cette conférence, ce fonds sera prêt à être utilisé.

La communauté internationale réclame la tenue de l’élection présidentielle avant le mois d’avril prochain. Est-ce qu’un scrutin peut vraiment se tenir au Mali avant que l’administration ait pu se redéployer au Nord ?

Il n’est pas acceptable de tenir des élections sans nos compatriotes résidants dans les trois régions du Nord. Nous préparons les élections de manière à ce que, dès que le Nord sera libéré des terroristes, nous puissions déclencher le processus électoral.

Il n’est pas acceptable de tenir des élections sans nos compatriotes résidants dans les trois régions du Nord.

Si le Mali et la communauté internationale avaient des divergences sur les modalités d’intervention, est-ce l’armée malienne lancera une offensive toute seule ?

L’armée malienne est libre d’agir sur son territoire. La résolution (2085 du Conseil de sécurité de l’Onu, ndlr) n’est pas un frein pour elle. Au fur et à mesure de sa montée en puissance en termes de capacités opérationnelles, nous aviserons. Mais dans tous les cas, nous souhaitons que tout ce qui se passe au Mali s’inscrive dans le cadre de la légalité internationale. 

Le capitaine Amadou Sanogo continue de s’impliquer dans la politique du pays. Cela ne complique-t-il pas les relations entre le Mali et ses partenaires ?

Pas du tout ! Ceux qui dénoncent les incursions ou les immixtions de l’armée dans les affaires politiques sont les premiers à solliciter la hiérarchie militaire sur des sujets politiques. Il faudrait que certains ambassadeurs (des pays occidentaux, ndlr) arrêtent de solliciter le capitaine Sanogo pour parler de politique.  Ces sont les mêmes qui passent leur temps à l’appeler au téléphone et qui vont ensuite se plaindre que le capitaine Sanogo se mêle de ce qui ne le regarde pas.

Ansar Eddine et MNLA, les groupes avec lesquels vous envisagez  le dialogue, veulent sécuriser les villes avec leurs combattants. Est-ce que le Mali est prêt à accepter cette position ?

Il n’en est évidemment pas question ! Seule l’armée malienne a le mandat de sécuriser les villes et les populations maliennes. Elle seule a le monopole de la force légitime.

Le groupe Ansar Eddine exige l’application de la charia (loi islamique) dans le Nord, notamment dans son fief à Kidal. Les autorités pourraient-elles accepter, dans la négociation, l’application de la charia dans certains endroits du Mali ?

Kidal est une région du Mali et elle fonctionnera selon les lois et les principes de la Constitution du Mali. Ansar Eddine ne représente pas la population de Kidal. Il ne peut pas décréter la charia ou une autre loi qui n’est pas conforme aux lois maliennes. Tant que Kidal restera au Mali, il en sera ainsi.

Propos recueillis par Baba Ahmed, à Bamako (@Babahmed1)

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Mali

CAN 2015 : Mali - Guinée, pourquoi le tirage au sort de la CAF ne passe pas

CAN 2015 : Mali - Guinée, pourquoi le tirage au sort de la CAF ne passe pas

L'image de la Confédération africaine de football est sortie écornée du tirage au sort organisé jeudi pour départager la Guinée et le Mali. Le procédé a souri au Syli[...]

À Bamako, Lassana Bathily, le héros franco-malien de l'Hypercasher, se dit fier de sa double culture

Le jeune Franco-Malien Lassana Bathily, naturalisé français en urgence après avoir sauvé lors des attentats de Paris des otages du terroriste Amedy Coulibaly, lui-même français d'origine[...]

Goodluck, IBK, Kabila... Les grands absents du sommet de l'UA

Ils sont restés chez eux, trop occupés par leurs affaires internes. Plusieurs poids lourds du continent ne seront pas sur la photo de famille du 24e sommet des chefs d'État et de gouvernement de l'Union[...]

CAN 2015 : la Guinée qualifiée pour les quarts de finale au tirage au sort, le Mali éliminé

C'est donc la Guinée qui s'est qualifiée pour les quarts de finale de la CAN 2015. Elle affrontera le Ghana dimanche à 17h.[...]

Ramtane Lamamra : "Un accord de paix peut être signé au Mali dans moins de six mois"

Présent à Addis-Abeba pour le Sommet de l'Union africaine, le ministre algérien des Affaires étrangères et médiateur en chef des négociations de paix au Mali, Ramtane Lamamra, se[...]

CAN 2015 : Guinée-Mali, 3 choses à savoir sur un tirage au sort controversé

À égalité parfaite dans le groupe D après trois rencontres, le Mali et la Guinée seront départagés par tirage au sort pour la qualification aux quarts de finale. La[...]

Exclusif. Mali : IBK annule sa présence au sommet de l'UA pour se rendre à Gao

Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta a annulé sa venue au sommet de l'UA, à Addis-Abeba, pour se rendre à Gao, où une violente manifestation contre la Minusma a fait plusieurs morts.[...]

L'UA souhaite une force multinationale de 7500 hommes contre Boko Haram

Le conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine s'est fermement engagé jeudi soir en faveur de la création d'une force multinationale contre Boko Haram. Les dirigeants africains plaident aussi[...]

Guinée - Mali : avec un autre critère que le tirage au sort, qui serait qualifié ?

À égalité parfaite dans le groupe D après leur match nul mercredi (1-1), la Guinée et le Mali seront départagés par un tirage au sort lors d'une cérémonie officielle[...]

CAN 2015 : la Côte d'Ivoire qualifiée, tirage au sort entre la Guinée et le Mali !

La Côte d'Ivoire s'est qualifiée pour les quarts de finale en battant le Cameroun mercredi (1-0), mais dans l'autre match du groupe D la Guinée et le Mali ont encore fait un nul (1-1) et seront[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers