Djibrill Bassolé : "Par la concertation, on finit toujours par trouver un juste milieu."
© Luc Gnago/Reuters
Le ministre des Affaires étrangères du Burkina Faso, Djibrill Bassolé, s’explique sur les récentes avancées auxquelles la médiation burkinabè est parvenue avec le groupe Ansar Eddine. Entretien.
Jeune Afrique : Comment la médiation est-elle parvenue à amener Ansar Eddine à faire une déclaration de rejet du terrorisme, mardi 6 novembre ?
Djibrill Bassolé : C’est un processus de discussion et de concertation qui aboutit. On se souvient qu’Ansar Eddine est déjà venu à Ouagadougou au mois de juillet afin de rencontrer le président du Faso et médiateur. Dès cette époque, nous leur avions transmis les exigences de la Cedeao qui étaient de préserver l’intégrité territoriale du Mali et de rompre avec les mouvements terroristes. Ils ont donc pris acte de cela.
Je me suis moi-même rendu sur le terrain à Kidal au mois d’août et j’ai réitéré ces exigences en attirant leur attention sur le fait que les exactions qui étaient en train de se commettre en leur nom leur portaient un grand préjudice et étaient de nature à noyer complètement les revendications identitaires de la communauté touarègue et qu’il était plus que temps de se démarquer de cela et d’afficher leur volonté à trouver une solution négociée.
Il n’y a pas de négociation possible avec les groupes terroristes et les groupes criminels.
À cette époque, j’avais déjà reçu un écho très favorable de la part d’Iyad Ag Ghali [chef d’Ansar Eddine, NDLR]. Puis, lorsqu’ils sont arrivés au Burkina pour un deuxième contact avec le médiateur, les négociations ont consisté à matérialiser leur volonté de rompre avec le terrorisme et la criminalité organisée. Parce qu’avec les groupes terroristes et les groupes criminels, il n’y a pas de négociation possible. C’est ce qu’ils ont fait, dans les termes de leur déclaration.
Quelle est la prochaine étape des négociations ?
La prochaine étape, me semble-t-il, c’est d’opérer une cohésion interne entre mouvements maliens touaregs, principalement le MNLA [Mouvement national pour la libération de l’Azawad, NDLR], et ensuite d’entrer en contact direct avec les autorités de transition, à Bamako, pour un dialogue sur l’adoption d’un cadre global de paix.
Je parle d’un cadre pour l’instant, parce que si nous ne pouvons pas négocier les termes d’un accord définitif de paix, il faut au moins que nous puissions en définir les modalités : que négocie-t-on ? Quels sont les objectifs que nous voulons atteindre ? Quel est l’agenda de nos négociations ? Quelles sont les mesures d’accompagnement et de confiance, etc. Cela devrait se faire dans les jours qui suivent.

Djibril Bassolé et le leader d'Ansar Eddine, Iyad Ag Ghali, à Kidal, le 7 août 2012.
© Romaric Ollo Hien/AFP
En parlant de cohésion, vous parlez d’Ansar Eddine et du MNLA ?
Nous parlons des mouvements maliens touaregs qui ont des revendications politiques. Ceux qui demandent la création de l’Azawad comme État indépendant, portent une revendication politique. Ceux qui revendiquent l’application de la charia comme loi de l’État malien en portent également une.
C’est à eux de s’accorder sur une plate-forme minimale commune. Maintenant, il apparaît que les deux revendications semblent opposées. Mais par la concertation, on finit toujours par trouver un juste milieu. Dans tous les cas, nous voulons que les mouvements touaregs se démarquent des groupes terroristes qui ont récupéré en quelque sorte la lutte touarègue. Nous ne voulons pas, nous, pays voisin membre d’une même communauté régionale déclarer la guerre à une communauté donnée.
Si des exactions continuent de se commettre au nom de Ansar Eddine, cela se saura.
Nous avons des Touaregs, les Nigériens en ont, l’Algérie aussi, il y a des Touaregs un peu partout, nous ne voulons pas donner l’impression que nous allons en guerre contre des Touaregs. Nous voulons aller en guerre contre des fléaux, contre le terrorisme et contre le crime organisé. C’est la raison pour laquelle nous voulons donner leur chance aux mouvements touaregs de se ressaisir, de se démarquer de ce qui a complètement changé la nature même de ces revendications, c’est-à-dire la criminalité et le terrorisme.
Peut-on faire confiance à Ansar Eddine quand, dans le même temps, ils disent ne pas vouloir entrer en conflit ouvert contre le Mouvement pour l’unicité du jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) et Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ?
En matière de négociation, il faut toujours prendre ce qu’on a. Leur déclaration d’intention est déjà un bien à prendre. C’est un petit pas dans la bonne direction, donc nous sommes preneur. Nous voulons simplement qu’ils aillent un peu plus loin pour instaurer la confiance. Parce qu’aucune négociation ne peut aboutir sans qu’il n’y ait une basse de confiance. Dans les prochains jours, ils doivent montrer par leur comportement qu’ils sont vraiment engagés dans un processus de normalisation de la situation au Nord-Mali. Si des exactions continuent de se commettre en leur nom, cela se saura.
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Propos recueillis à Ouagadougou par Abdel Pitroipa (@AbdelPit)

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