Extension Factory Builder

Bertrand Delanoë : "Mon parti, c'est le peuple tunisien"

07/11/2012 à 16:26
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Bertrand Delanoë, maire de la ville de Paris. Bertrand Delanoë, maire de la ville de Paris. © AFP

Tunisien de cœur, le maire de Paris, Bertrand Delanoë, est le premier responsable politique français à effectuer une visite officielle au pays du Jasmin depuis la victoire socialiste à la présidentielle française, en mai dernier. Lors de sa présence dans le pays, du 5 au 8 novembre, il a rencontré les dirigeants de la troïka gouvernementale, des représentants de l’opposition et de la société civile et participé, en tant que Maire de Paris, aux Assises de coopération décentralisée tuniso-française, à Monastir, où "Jeune Afrique" l'a rencontré. Interview.

Jeune Afrique : Que représentent ces assises de coopération décentralisée tuniso-française à Monastir ?

Bertrand Delanoë : L’enjeu est d’imaginer un avenir favorable au renforcement des relations d’amitié entre nos deux pays et à l’engagement de nouvelles actions de coopération décentralisée entre les collectivités locales françaises et tunisiennes. Certains blocages ayant été levés, l’objectif est que nos actions bénéficient aux populations. L’une d’entre elles consiste, pour la mairie de Paris, à faire don de véhicules pour la collecte des poubelles mais aussi d’accompagner la formation en matière de gestion des déchets.

Quelle est la coopération entre Tunis et Paris ?

Sur proposition du maire de Tunis, Seifallah Lasram, la coopération se met en place. Il a suggéré de mener sur la capitale une action que j’avais lancée à Bizerte. Il s’agit, pour la mairie de Paris, de participer à la rénovation de trois cimetières, un musulman, un juif et un chrétien. Entre nos deux villes, il s’agit d’abord d’une histoire d’amitié et d’estime. D’ailleurs, Paris va rendre hommage au grand militant syndicaliste, Farhat Hached en donnant son nom à un espace public.

Vous venez souvent en  Tunisie, que retenez-vous des transformations que vit le pays ?

Mon approche n’engage pas la France. La Tunisie est en train de bâtir quelque chose de nouveau, la révolution est passée par là. Tout n’est pas simple en démocratie, mais elle vaut bien mieux qu’une dictature. Les Tunisiens avancent ; la recherche de compromis est nécessaire autour de la Constitution, mais la discussion parlementaire sur la mise en place de l’Instance supérieure indépendante des élections (Isie) montre aussi que le dispositif implique des convergences. Il est certain que des décisions concertées importantes seront prises en matière de constitution et d’Isie.

Les Tunisiens n’ont pas envie que la France marque une distance.

Il est également très net que tout le monde est préoccupé par les violences politiques qui ne font pas avancer la démocratie. L’initiative de l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT) est positive même si tout le monde n’y a pas adhéré. C’est le débat. Je sens bien qu’elle va continuer à être l’une des forces qui apporte quelque chose au pays. Depuis la lutte nationale, l’UGTT est représentative d’une partie du peuple et cela peut avoir des conséquences en ce moment historique. Il faut aussi souligner l’action de la Ligue tunisienne des droits de l’homme et celle de l’association des femmes démocrates.

Quelle est votre appréciation des relations tuniso-françaises ?

Il faut être aux côtés du peuple tunisien, la France doit manifester sa solidarité, son attention et son affection à la Tunisie, mais elle est évidement libre de ses choix. Il faut qu’on entre dans une relation simple, amicale et transparente ; les Tunisiens n’ont pas envie que la France marque une distance. Je sais que François Hollande aime beaucoup la Tunisie ; il avait été heureux et impressionné lors de sa visite en 2011, elle lui a permis de mieux comprendre les Tunisiens.

Certains ont critiqué vos rapports avec le régime de Ben Ali…

Je n’ai pas vu Ben Ali depuis 2001. En 2004, il avait conditionné un entretien au fait que je ne rencontre pas Mokhtar Trifi et Mohamed Charfi, avec lesquels j'ai des liens d'amitiés. Je les ai vus, et pour cette raison, Ben Ali a annulé le rendez-vous.

Quelle est votre perception de la vie politique tunisienne ?

Les Tunisiens n’ont pas besoin de moi pour avoir un avis. La vie de toute formation politique passe par des moments différents, l’histoire n’est jamais immobile, la Constitution apportera les réponses mais je ne me risque pas à porter des jugements et ne prends pas de position dans les débats politiques tunisiens. Je regarde, j’écoute et ne suis jamais loin. Mon parti c’est le peuple tunisien.

___

Propos recueillus par Frida Dahmani, à Tunis

 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Tunisie

Alstom accusé de corruption au Royaume-Uni

Alstom accusé de corruption au Royaume-Uni

La filiale britannique d'Alstom a été inculpée de trois délits de corruption et de trois délits de complicité de corruption. Les accusations concernent de grands projets de transport condu[...]

Élections en Tunisie : la mobilisation des électeurs est-elle dans l'impasse ?

À trois mois des élections législatives et présidentielle tunisiennes, le pays peine à convaincre ses électeurs de s'inscrire sur les listes électorales. Retour sur les causes -[...]

Adel Fekih : "En Tunisie, il faut dépasser les polémiques"

"Affaire du salon d'honneur", allégeance à Ettakatol... Vivement critiqué malgré un bilan plus que satisfaisant, le diplomate Adel Fekih défend son action à la tête[...]

Tunisie : craintes de "benalisation" de l'État qui durcit la lutte contre le terrorisme

La sanglante attaque qui a tué 15 militaire tunisiens mi-juillet a poussé l'État à prendre des mesures fortes contre les appels au jihad, comme la fermeture de mosquées et de médias. Entre[...]

Défense : quelles capacités militaires pour la Tunisie en 2014 ?

Adoptées au dernier trimestre de l'année 2013, les premières mesures pour pallier les carences des armées de terre et de l'air ont été mises en oeuvre par le nouveau gouvernement tunisien[...]

Tunisie : Mehdi Jomâa, en Algérie pour tenter de renforcer la coopération sécuritaire

Mehdi Jomâa, le chef du gouvernement tunisien, se trouvait mardi en Algérie pour tenter de renforcer la coopération sécuritaire face aux groupes terroristes, quelques jours après une attaque qui[...]

Tunisie : Mehdi Jomâa et les leçons de Henchir Talla

L'attaque terroriste de Henchir Talla, qui a fait au moins 15 morts dans la région du mont Chaambi le 16 juillet, a laissé des traces. Le Premier ministre assure en avoir tiré toutes les conséquences.[...]

Mohamed Talbi, l'homme qui éclaire l'islam

Nous avons pourtant essayé... De vous proposer cette semaine des sujets sympas pour les vacances, ceux que l'on aime lire au bord d'une plage de sable fin ou tranquillement assis dans son jardin en sirotant un [...]

Tunisie : fermeture de mosquées et de médias après la mort d'au moins 15 soldats

Le gouvernement tunisien a annoncé une série de mesures, dont la fermeture de mosquées et celle de médias "appelant au jihad", suite à la mort d'au moins 15 soldats dans une attaque[...]

Mohamed Talbi : "L'islam est né laïc"

À 93 ans, le doyen de la pensée critique musulmane s'est livré à "Jeune Afrique" dans une grande interview où il dévoile la face avant-gardiste de l'islam et dénonce le[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers