Extension Factory Builder

RDC - Jean-Joseph Mukendi : "Le témoignage de Paul Mwilambwe est crédible"

18/10/2012 à 10:48
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Floribert Chebeya, à Paris en 2009. Floribert Chebeya, à Paris en 2009. © AFP

Jean-Joseph Mukendi Wa Mulumba, président du Collectif pour la défense des parties civiles au procès Chebeya, réagit au témoignage du policier congolais Paul Mwilambwe. Sur les ondes de RFI, le 17 octobre, ce dernier a de nouveau mis en cause John Numbi et la présidence de la république.

À quelques jours de la reprise du procès en appel (le 23 octobre) de l'assassinat de Floribert Chebeya et de son chauffeur, Fidèle Bazana, Paul Mwilambwe revient sur le devant de la scène. Après que son témoignage ait été rendu public en juillet par le réalisateur belge Thierry Michel, ce policier congolais qui affirme avoir assisté au meurtre du militant des droits de l’homme s’est confié à RFI, mercredi 17 octobre. Il a de nouveau affirmé que le commanditaire de l’assassinat aurait été le général John Numbi, chef de la police à l’époque, précisant que ce dernier aurait agi sur ordre de la présidence. Jean-Joseph Mukendi Wa Mulumba, président du Collectif pour la défense des parties civiles réagit à ce nouveau témoignage et revient sur l’inauguration une médiathèque à la mémoire de Floribert Chebeya par le président français, François Hollande, le 13 octobre dernier.

Jeune Afrique : Dans un nouveau témoignage, Paul Mwilanbwe assure que l’ordre d’assassiner Floribert chebeya est venu directement de "la présidence de la République". Que vous inspirent ces propos ?

Jean-Joseph Mukendi Wa Mulumba : C’est un secret de polichinelle. Il est impossible que John Numbi, au niveau de responsabilité qui était le sien, ait pris une telle initiative contre une personnalité connue internationalement sans avoir une couverture. Et le zèle dont font preuves les autorités congolaises pour ne pas mettre John Numbi en accusation confirment largement les accusations de Paul Mwilambwe.

Ce témoignage peut-il pousser la justice militaire à appeler le général Numbi à la barre ?

Pour ça, il faut encore plus de pression, car il y a une volonté concertée des autorités politiques de ne pas le livrer à la justice. Et nous sommes, nous les avocats et les parties civiles, en train de ramer à contre-courant. C’est une tâche très difficile et très dangereuse. Depuis la reprise du procès en appel, nous nous battons contre les toutes premières décisions de la cour, qui faisaient de la cour militaire l’institution valable pour juger les suspects. Si le procès avait débuté à la Haute cour militaire [comme c’est le cas maintenant], John Numbi aurait dû être inclu au nombre des prévenus. C’est ce que nous attendons de l’audience du 23 octobre.

L’obstacle à la comparution de Numbi est simplement politique. C'est un personnage très bien placé dans la hiérarchie.

Quels sont les obstacles juridiques à la comparution de John Numbi ?

Il n’y en a pas. L’obstacle est simplement politique. John Numbi est un personnage très bien placé dans la hiérarchie.

Quelles ont été les réactions de la justice militaire au premier témoignage de Paul Mwilambwe ?

Dans un avis rendu précédemment, le ministère public ne s’est pas opposé à sa comparution. Sauf qu’il fallait qu’il vienne à Kinshasa avec Thierry Michel, qui savait qu'il allait être arrêté et empêché de comparaître dès son arrivée. Mais théoriquement, le ministère public ne peut pas refuser que Paul Mwilambwe comparaisse. Les juges devront faire connaître leur position le 23 octobre.

Avez-vous des contacts avec Mwilanbwe et quel regard portez-vous sur son témoignage ?

En tant qu’avocat je n’ai aucun contact avec lui. Paul Mwilanbwe n’est pas notre client mais notre adversaire puisque qu’il a été condamné par contumace. Il n’y a donc pas de raison qu’il nous fasse confiance. Pour ce qui est de son témoignage, il est de plus en plus vraisemblable. Notamment parce qu'il se recoupe avec des éléments que nous avons déjà au dossier : l’heure à laquelle Floribert Chebeya et Bazana ont été appelés à l’Inspection général de la police ; le temps qu’ils ont passé là-bas. Enfin nous avions déjà eu vent de l’audience de Paul Mwilambwe devant la Cour militaire, le 14 avril.

Il a beaucoup vraisemblance. Ce témoignage est crédible et nous éclaire un peu sur les conditions de ce double assassinat ignoble.

Y-a-t-il des zones d’ombres ?

Le président Hollande nous a promis qu’il ne s’arrêterait pas là, que la république française s’engagerait pour que la vérité éclate.

Oui, car très peu de témoins étaient présents et il y a une volonté manifeste de ne pas arriver à la vérité. Précisons également qu’au sens judicaire du terme, Mwilambwe n’est pas un témoin puisqu’il a été inculpé. Mais il faudrait que la justice enquête sur ce qu’il dit.

Vous étiez présent à l'inauguration d'une médiathèque à la mémoire de Floribert Chebeya par le président français François Hollande, en marge du sommet de la Francophonie, le 13 octobre. Que vous a-t-il dit ?

Nous tenons à remercier le président français pour cette inauguration et pour avoir associé la famille et les avocats à cette manifestation au cours de laquelle il nous a donné l’occasion de lui parler directement. Après avoir fait sa petite allocution, il a demandé aux familles de Floribert et de Bazana de s’exprimer. Il s’est ensuite tourné vers les avocats nous donnant également l’occasion de nous exprimer. Le président Hollande nous a confirmé sa volonté de continuer à défendre la protection des droits humains, nous a promis qu’il ne s’arrêterait pas là, que la république française continuerait à suivre le déroulement de ce procès et s’engagerait pour que la vérité éclate. C’est un engagement très fort qui nous a réconforté dans notre détermination à aller de l’avant, malgré les embuches et les dangers.

______

Propos recueillis par Vincent Duhem

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

RD Congo

RDC : les premiers combattants FDLR désarmés sont arrivés à Kisangani

RDC : les premiers combattants FDLR désarmés sont arrivés à Kisangani

Après plusieurs mois de tergiversations, les premiers combattants FDLR ayant déposé les armes sont arrivés jeudi à Kisangani. Au total,  217 personnes, ex-combattants, leurs femmes et enfant[...]

RDC : que faisaient des tenues de l'armée dans un fourgon de la Monusco à Goma ?

Des tenues de l'armée congolaise ont été retrouvées mercredi dans un fourgon de la Monusco à l'aéroport de Goma, selon plusieurs témoins sur place. Une affaire bien embarrassante[...]

RDC : le discours de Denis Mukwege, prix Sakharov 2014, devant le Parlement européen

On le connaît comme le "juste qui répare les femmes". Mercredi, le docteur Denis Mukwege a reçu le prix Sakharov du Parlement européen, qu'il a dédié au "peuple[...]

RDC - Massacres à Beni : des députés réclament l'ouverture d'une enquête parlementaire

Dans un rapport, douze députés congolais, de retour de cinq jours de mission à Beni, territoire endeuillé par une série de massacres depuis début octobre, fustigent les défaillances[...]

RDC : un nouveau massacre porte à 200 le nombre de civils tués près de Beni

Un nouveau massacre près de Beni, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), a fait une centaine de morts, selon des députés de la région. L'identité des responsables[...]

RDC : reddition du chef rebelle Cobra Matata

Le chef rebelle congolais Cobra Matata s'est rendu vendredi soir aux autorités congolaises à Bunia, dans le nord-est de la République démocratique du Congo, où il a semé la[...]

RDC : bêcheurs en eaux troubles

De jour comme de nuit, cela ne peut passer inaperçu. Qu'est-ce donc ? Des lettres en gros caractères gravées sur un immeuble : "Bandal, c'est Paris." Bandal - ou plutôt Bandalungwa,[...]

Après la chute de Compaoré, Kabila peut-il faire réviser la Constitution de RDC ?

On le sait : la chute de Blaise Compaoré a été énormément suivie et commentée dans les pays africains. En RDC notamment, où l'hypothèse d'une révision[...]

Pierre Kwenders, son excellence l'ambassadeur plénipotentiaire du Bantouland

Avec un premier album métissant hip-hop, jazz et rumba, le chanteur Pierre Kwenders ose un mélange des genres détonnant.[...]

CAN 2015 : Nigeria out, Côte d'Ivoire, RDC et Guinée in

Le Nigeria, tenant du titre, a été éliminé lors de la dernière journée des qualifications à la CAN 2015, le 19 novembre, au profit du Congo de Claude Le Roy. La RDC a[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces