Extension Factory Builder

Sommet de la francophonie : l'abolition de la peine de mort s'invite par le hasard du calendrier

09/10/2012 à 14:55
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Ngondju Ongombe est le président de l'association Culture pour la paix et la justice (CPJ).

Le 14e sommet de la Francophonie se tiendra à Kinshasa, du 12 au 14 octobre 2012. Conformément à l’article 2 de son cadre normatif de référence, la Déclaration de Bamako de novembre 2000, la Francophonie est résolument engagée en faveur de la démocratie, de l’État de droit, de la protection et de la promotion des droits de l’homme. Coïncidence de calendrier, le 10ème anniversaire de la journée mondiale contre la peine de mort sera célébré le 10 octobre 2012. Une journée initiée en 2003 par la Coalition mondiale contre la peine de mort et Ensemble contre la peine de mort (ECPM).

C’est une opportunité pour Culture pour la paix et la justice (CPJ), et la Coalition des pays francophones d’Afrique centrale contre la peine de mort, d’en appeler aux pays francophones à se prononcer pour l’abolition de la peine de mort ou, à défaut, pour le moratoire des exécutions. La CPJ pense, avec Victor Hugo, qu’ « une exécution capitale, c’est la main de la société qui tient un homme au-dessus du gouffre, s’ouvre et le lâche. Tant que la peine de mort existera, on aura froid en entrant dans une cour d’assises, et il y fera nuit ».

La peine de mort est incapable de dissuader les potentiels criminels ; cruelle et violente, elle légitime la vengeance et est sans appel pour les victimes innocentes des erreurs judiciaires ; elle est souvent utilisée contre les opposants, les minorités ethniques et les pauvres.

Au niveau national...

En 2005, il y avait 300 condamnés à mort en RDC où les dernières exécutions datent du 07 janvier 2003. En novembre 2010, le Parlement a rejeté la proposition de loi portant abolition de la peine de mort, au motif que dans un pays post-conflit, ce serait encourager la récurrence de la criminalité. 

Mais, en mars 2012, les ministres congolais des Affaires étrangères et de la Justice (Alexis Thambwe et Luzolo Bambi) ont affirmé le caractère irréversible du processus d’abolition. Ils se référeraient à la Constitution de la RDC dont l’article 16 dispose que « la personne humaine est sacrée et l´État a l’obligation de la respecter et de la protéger ; et l’article 61 prévoit qu’en aucun cas, même lorsque l´état de siège ou l´État d’urgence aura été proclamé, il ne peut être dérogé au droit á la vie ».

Recherchés par la justice congolaise, Nkunda, Munene et Udjani sont réfugiés dans des pays voisins abolitionnistes qui refusent de les extrader arguant les préserver contre la peine de mort. Rassurant, le ministre de la Communication, Lambert Mende, a dit que la RDC observe un moratoire. La CPJ exhorte la RDC à lever toute équivoque sur cette question.

Au niveau de la Francophonie...

Sur les 70 États membres et observateurs de la francophonie, 45 ont aboli la peine de mort, 12 sont en moratoire et 13 la retiennent. À l’instar de l’Europe qui a adopté le 10 octobre comme « Journée européenne contre la peine de mort », la CPJ en appelle au 14e Sommet de la francophonie de faire du 10 octobre « la journée de la francophonie contre la peine de mort ».

Au niveau international...

Depuis 2007, l’Assemblée Générale de l’ONU fait régulièrement voter une résolution appelant à observer un moratoire universel sur les exécutions, en vue de l’abolition de la peine de mort et appelant les États qui l’ont abolie à ne plus y revenir.

La francophonie devrait s’engager à voter en faveur de cette résolution de l’ONU, en décembre 2012. Elle exprimera ainsi à la face du monde qu’accepter de supprimer légalement la vie humaine c’est en relativiser la valeur. La CPJ pense avec Robert Badinter que « cette idée que l’État a le droit de disposer du citoyen jusqu’à lui retirer la vie inscrit cette peine dans les systèmes totalitaires » et avec Abdou Diouf qu’« il faut que le droit interdise à la justice des hommes de ravir la vie de l’un d’eux, fût-il coupable, ce qui n’est pas toujours établi avec une certitude absolue. L’exécution d’un condamné devrait heurter profondément la sensibilité humaine pour envisager, au-delà des sentiments de vengeance et de peur, l’humanité dans sa nudité, dans sa dignité ».


 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Forum-Tribunes Article suivant :
Sénégal : un lourd passif à solder

Forum-Tribunes Article précédent :
France - Algérie : pas d'excuses, mais une reconnaissance

Réagir à cet article

International

France - RDC : Raphaël Mobutu reste introuvable, une semaine après sa chute dans la Garonne

France - RDC : Raphaël Mobutu reste introuvable, une semaine après sa chute dans la Garonne

Plus d'une semaine après avoir sauté dans la Garonne, la nuit du 15 au 16 avril, Raphaël Mobutu, un des enfants de l'ancien président de la RDC (ex-Zaïre) est toujours introuvable. À en croire[...]

Brésil : Rousseff dans le piège Petrobras

À six mois de la présidentielle, la sortante est engluée dans une sombre histoire de rachat d'une raffinerie au Texas en 2006. Elle est en baisse dans les sondages mais devrait quand même[...]

Chine : bébés en boîte

En Chine, où n'existent ni protection sociale ni accouchement sous X, des structures d'accueil pour enfants abandonnés - et souvent handicapés - sont mises en place.[...]

Une histoire du génocide rwandais (#4) : les écoutes bidons et le mythe de la guerre éclair du FPR

Dans ce quatrième billet consacré au déclenchement du génocide des Tutsis de 1994, Laurent Touchard* poursuit l'analyse des éléments brandis par les ex-partisans des Forces armées[...]

Mali : le Mujao annonce la mort de l'otage français Gilberto Rodrigues Leal

Le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao) a annoncé mardi la mort du Français Gilberto Rodrigues Leal, enlevé en novembre 2012 dans l'ouest du Mali. [...]

Inde : qui brisera la vague safran ?

Personne, sans doute. Face à un parti du Congrès à bout de souffle, les nationalistes hindous du BJP, qui ont choisi cette couleur pour emblème, ont toutes les chances de remporter les[...]

Le propos raciste qui fait du bien

Peut-on utiliser les clichés pour mieux les dynamiter ? Des étudiants français répètent les saillies caractéristiques du racisme ordinaire pour en souligner[...]

Justice : après Simbikangwa, qui ?

Patrick Baudouin est président d'honneur de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH).[...]

Birmanie: Win Tin, figure de la lutte pour la démocratie, est décédé

Win Tin, emprisonné pendant 19 ans pour son combat contre l'ancienne junte birmane, est décédé lundi à l'âge de 84 ans, a indiqué la Ligue nationale pour la démocratie[...]

Les quatre journalistes otages en Syrie sont de retour en France

Libérés le 19 avril, les quatre journalistes qui avaient été faits otages en Syrie dix mois auparavant ont regagné la France dimanche. Ils ont décrit des conditions de détention[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces