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Algérie : 50 ans de théâtre sans épilogue

03/08/2012 à 15:54
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Nadjib Stambouli est directeur de la rédaction du quotidien "Le Jour d’Algérie".

Créé, en janvier 1963, sous la houlette de Mohamed Boudia et Mustapha Kateb, le Théâtre national algérien (TNA) a élu domicile à « l’Opéra », au cœur de la capitale. Il sert de terreau d’où essaimeront de nombreux talents, en passage obligé à tout ce qui a trait au quatrième art chez les héritiers des pionniers, Ali Sellali, alias Allalou, Mahieddine Bachtarzi et autres Rachid Ksentni. Pendant des années, celles de la recherche de soi, le théâtre algérien tentera de trouver sa voie, entre rares créations et adaptations, avec des choix aussi variés que Roses rouges pour moi de Sean O’Casey, Ivan Ivanovich de Hikmet, Deux pièces cuisine et El Ghoula de Rouiched, de son vrai nom Rachid Ayad, ou encore El guerrab oua Salhine de Ould Abderrahmane Kaki, une pièce consacrée au festival de Hammamet.

Les années 1970 verront la poursuite des adaptations, avec une prédilection pour les œuvres de Brecht, révolution agraire oblige. Des metteurs en scène de valeur s’affirment, notamment Hadj Omar et Noureddine Hachemi. Ces années connaissent un début de décentralisation, avec la mise en place de théâtres régionaux à Oran, Constantine, Annaba puis à  Sidi Bel Abbès. Cette dernière structure est dirigée par l’enfant terrible de la littérature algérienne : Kateb Yacine, connu pour son roman Nedjma ou sa pièce La poudre d’intelligence. Il y développe un théâtre d’agitation et de caricature, avec une mise en scène dépouillée et des textes comme La guerre de deux mille ans ou Palestine trahie dont on ne conserve malheureusement aucune trace, ni écrite ni filmée. Alors que Kaki affermissait sa vision du théâtre de la halqa, inspiré du patrimoine, Abdelkader Alloula approfondissait de son côté son approche d’un « théâtre du dit et de l’oralité », qu’il voulait non voyeur dans la forme, et résolument porteur de message progressiste, dans le fond. Cette vision, il l’injecte dans El khobza, dans les années 1970, pour l’affiner ensuite, au fil des années 1980, dans sa trilogie Legoual, Lejouad et Litham. Cette expérience unique tentée par cet immense dramaturge a été brutalement arrêtée. Alloula est assassiné, le 10 mars 1994, à Oran par un commando terroriste. Une autre grande figure est victime de la folie meurtrière islamiste : Azzedine Medjoubi, talentueux comédien, directeur du TNA, est froidement tué, le 13 février 95 à Alger.  Commencent alors les années noires et le départ en exil de talents comme Ziani Cherif Ayad, Slimane Benaissa ou Sid-Ahmed Agoumi. Ceux qui choisissent de résister sur place à l’instar de M’hamed Benguettaf, ne désespèrent  pas de raviver la flamme créatrice. Quant au théâtre privé ou de coopérative (à l’image de El Kelaâ à laquelle succèdera El Gosto de Ziani) il n’a pu s’imposer, malgré la qualité artistique de ses promoteurs, la culture de la subvention étant probablement trop bien ancrée dans les esprits pour qu’il prenne son essor et s’émancipe.

Il serait moralement injuste d’occulter dans ce tour d’horizon rétrospectif, l’apport des femmes au théâtre algérien et de ne pas citer, après la pionnière Keltoum, récemment disparue, les noms de Sonia, Dalila Helilou, Nadia Talbi, et autres Fadéla Hachmaoui à Oran et Fadela Assous à Sidi Bel Abbès.

Aujourd’hui, le théâtre algérien, qui a eu ses heures de gloire à travers des prix dans les festivals, continue à survivre sous la perfusion du soutien financier de l’État, une situation qui empêche d’avoir une idée réelle sur la vitalité de cet art, d’autant plus que les nombreuses pièces montées annuellement ne dépassent que rarement le cap de la générale. Le soutien de l’État a permis sans conteste l’émergence de réels talents, mais l’effet pervers de cet assistanat culturel est de ne pas laisser le théâtre s’émanciper, en testant son impact auprès du public et en courant le risque de l’échec. En somme, le théâtre algérien a déroulé cinquante ans de pratiques et de tâtonnements à rechercher sa voie, comme dans une pièce qui n’en finit pas d’ajourner son épilogue. Mais avoir une voie toute tracée n’est-il pas incompatible pas l’art en général et le théâtre en particulier ?



 

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