Extension Factory Builder

RDC - Thierry Michel : "Mwilambwe m'a dit que Numbi lui a demandé de se taire"

13/07/2012 à 10:28
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Le réalisateur belge Thierry Michel. Le réalisateur belge Thierry Michel. © D.R.

Pour le réalisateur belge Thierry Michel, auteur de "L’Affaire Chebeya, un crime d’État », le témoignage du policier congolais Paul Mwilambwe qu'il a rendu public mardi 10 juillet peut contribuer à faire éclater la vérité sur le meurtre du directeur de l'ONG La voix des sans voix. Pour Jeune Afrique, il revient sur les conditions de son expulsion de RDC, le 8 juillet, et sur sa rencontre avec Mwilanbwe.

Jeune Afrique : Comment êtes-vous entré en contact avec le policier Paul Mwilambwe?

Thierry Michel : C’est lui qui m’a contacté. D’abord anonymement. J’ai cru avoir affaire à un simple intermédiaire. Puis, il m’a fait parvenir des documents attestant de son identité, ainsi que les contacts de personnes pour que je puisse recouper ces informations. Il m'a fait plusieurs rapports écrits. Nous avons ensuite réalisé trois interviews, deux audio et une filmée d'une heure vingt.

Pourquoi est-il en fuite ?

Il m'a dit que John Numbi lui a demandé de se taire. Dans les conversations que j’ai eues avec lui, il m’a confié s’être livré à l’Inspection générale de la police de Kinshasa en avril 2011, avoir été présenté à l’auditeur général des forces armées [en charge de la justice militaire, NDLR], et auditionné pendant plusieurs heures par le général Pondé [auditeur militaire général, NDLR]. Il affirme ensuite avoir été livré à un colonel de l'Agence nationale de renseignements (ANR) puis transféré au Katanga dans un vol cargo de nuit pour être incarcéré dans des geôles et résidences privées. Sentant qu’on voulait l’assassiner, il a réussi à s’échapper.

Sentant qu’on voulait l’assassiner, Mwilambwe a réussi à s’échapper.

Serait-il prêt à témoigner le 17 juillet ?

Oui, mais à condition qu’on lui donne des garanties quant à sa sécurité. Je pense que son témoignage peut aider à ce que toutes les zones qui sont restées dans l’ombre lors du procès en première instance puissent être éclaircies.

Étiez-vous conscient des risques que pouvait entraîner votre visite à Kinshasa ?

Non, sinon je n’y aurais pas été. Cependant, je savais que, à la suite de menaces et parce que les conditions sécuritaires n’étaient pas assurées, des diffusions avaient été annulées au festival de Bukavu, au Centre culturel de Kisangani et au Centre culturel Français de Lubumbashi. Je savais donc qu’il y avait une tension et des risques autour du film. Est-ce que j’aurais dû dire « faites ça sans moi », je ne sais pas. Je pensais qu’il n’y aurait pas de problème avec Kinshasa. Mes relations ont toujours été excellentes avec les autorités congolaises. J’ai des amis dans l’équipe gouvernementale et dans les ambassades.

Les autorités congolaises ont pourtant jugé qu’il était préférable que le film « L’affaire Chebeya » - qualifié par le porte-parole du gouvernement, Laurent Mende, de « verdict avant le verdict » et de « mépris » envers les institutions judiciaires du pays - ne soit pas diffusé pendant le procès…

Je ne comprends pas. Je pense que je fais œuvre utile pour l’État congolais. Tout le monde a reconnu que le film n’était pas un réquisitoire. Kabila n’est cité qu’une seule fois ! C’est simplement la chronique d’un procès. J’ai voulu relater un procès à travers un film mais des personnalités sont venues vers moi et les langues se sont déliées. Et j’ai toujours mis en avant le remarquable travail fait dans des conditions déplorables par les magistrats congolais.

Le fond du problème n’est pas là. La reprise du procès en appel va permettre à John Numbi d’avoir le statut de prévenu et non plus de renseignant. Et depuis la publication du témoignage du policier Paul Mwilambwe, c’est la panique à Kinshasa.

Le film va faire une carrière au Congo, mais une carrière interdite, clandestine.

Votre film a-t-il un avenir en RDC ? Et comptez-vous vous y rendre à nouveau ?

Les ONG congolaises ont affirmé dans un communiqué qu’elles allaient multiplier les projections, y compris en province. Le gouvernement peut seulement interdire les projections publiques. Et indéniablement, le film va faire une carrière au Congo, mais une carrière interdite, clandestine.

Pour ce qui est de mon cas personnel, je pense qu’il y a eu une erreur administrative, que l’on a annulé abusivement un visa qui était en règle. Je vais demander à l’ambassade d’annuler cette décision pour que je puisse retourner au pays au plus tôt. Au delà de l’aspect financier, cette expulsion m’empêche de poursuivre mon travail journalistique en RDC pour le procès en appel et le Sommet de la Francophonie, auxquels je comptais assister.

________

Propos recueillis par Vincent Duhem
 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

RD Congo

RDC : que deviennent les militants congolais arrêtés le 15 mars ?

RDC : que deviennent les militants congolais arrêtés le 15 mars ?

Près de deux semaines après leur arrestation à l’issue d’une conférence de presse organisée avec les responsables de Y’en a marre et le Balai citoyen, plusieurs militants congol[...]

Mouvements citoyens africains : qui sont ces jeunes leaders qui font du bruit ?

Citoyens avant tout, ils se sont pourtant imposés comme des acteurs politiques à part entière. Smockey le Burkinabè, Fadel Barro le Sénégalais, Fred Bauma le Congolais... Voici notre[...]

Rififi à Conakry

Difficile de s'y retrouver quand pouvoirs et oppositions font des calendriers électoraux un enjeu majeur de la démocratie.[...]

RDC : la Monusco reconduite, mais réduite

La Monusco comptera 2 000 soldats de moins. Cette reconduction du mandat de la force onusienne survient en pleine brouille entre les Nations unies et Kinshasa.[...]

RDC : les Américains derrière les mouvements citoyens ?

Les autorités congolaises, qui ont durement mis fin à la rencontre entre les mouvements citoyens étrangers et congolais la semaine dernière, ont trouvé en Washington un responsable à ce[...]

RDC : trente éléphants tués en quinze jours par des braconniers dans le parc de la Garamba

Trente éléphants ont été abattus en deux semaines dans le Parc national de la Garamba, dans le nord-est de la RDC. Les responsables du parc accusent un groupe de braconniers soudanais d'avoir commis[...]

RDC : remous dans la majorité au sujet de la loi électorale

Sept partis de la majorité congolaise (RDC) ont exprimé leurs inquiétudes sur la révision de la Constitution. Après une réunion agitée, ils ont fini par rentrer dans le rang. [...]

RDC : face aux rebelles rwandais, l'armée progresse sans vrai combat

"Une guerre sans combattants?" L'armée congolaise progresse au Sud-Kivu face à des rebelles rwandais des FDLR qui préfèrent fuir, faisant craindre que les problèmes causés par[...]

RDC - Football : Florent Ibenge, le plafond de verre et le tremplin chinois

En moins de deux ans, Florent Ibenge s’est construit une belle notoriété internationale, en qualifiant l’AS Vita Club pour la finale de la Ligue des champions 2014, puis en installant la RDC sur la[...]

RDC : pourquoi dix militants congolais sont-ils toujours sous les verrous ?

Arrêtés le 15 mars à Kinshasa, à l’issue d’une conférence de presse organisée avec les responsables de Y’en a marre et le Balai citoyen, dix militants congolais[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers