Extension Factory Builder

Sénégal - Babacar Gaye : "Je me pose des questions sur l'enrichissement de Macky Sall"

26/06/2012 à 16:20
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Babacar Gueye ne nie pas d'éventuelles malversations au sein du PDS. Babacar Gueye ne nie pas d'éventuelles malversations au sein du PDS. © D.R.

Le 26 juin, cela fait cent jours que Macky Sall est à la tête du Sénégal. À l'approche des législatives du 1er juillet, Babacar Gaye, porte-parole du Parti démocratique sénégalais, (PDS, anciennement au pouvoir) fait le bilan des trois premiers mois au pouvoir de l'ancien Premier ministre d'Abdoulaye Wade.

Jeune Afrique : Comment jugez-vous l'action de Macky Sall depuis son arrivée à la tête de l'État sénégalais le 26 mars dernier ?

Babacar Gaye : S'il est confirmé qu'il a restitué aux chefs de villages les véhicules octroyés par Abdoulaye Wade, cela me semble être une bonne chose. Excepté cela, je ne retiens de ces cent premiers jours que des reniements. Son gouvernement promeut des personnalités peu fréquentables, parfois sous le coup d'inculpation ou inconnues au bataillon des hommes politiques, comme Abdoul Mbaye, son Premier ministre.

Il a promis aux Sénégalais une baisse des prix des produits de première nécessité mais ce ne sont que des annonces, il n'y a rien de concret.

Considérez-vous que la relance des audits par Macky Sall s'apparente à une chasse aux sorcières ?

Il faut encourager la responsabilisation de ceux qui gèrent les deniers publics, mais il faut le faire de manière plus objective. Le problème c'est que seules des personnalités appartenant au PDS sont ciblées, cela nous rappelle effectivement une chasse aux sorcières.

En 2000 - année de l'arrivée d'Abdoulaye Wade au pouvoir - Sall n'était pas riche du tout. Depuis il exhibe un patrimoine gênant.

Macky Sall devrait se sentir gêné car s'il est riche on ne peut que l'imputer à son passage aux affaires. [Macky Sall a successivement été ministre des Mines, ministre de l'Intérieur, Premier ministre, et porte-parole du gouvernement sous Abdoulaye Wade NDLR]. En 2000 - année de l'arrivée d'Abdoulaye Wade au pouvoir - il n'était pas riche du tout. Depuis il exhibe un patrimoine gênant. D'où vient cet argent ? Il n'est pas un héritier ni un homme d'affaires. Je me pose des questions sur l'enrichissement de Macky Sall.

Et que pensez-vous de l'audit sur Karim Wade, le fils de l'ex-président ?

S'il faut lancer des audits sur la gestion des finances de l'État par Karim Wade, le PDS ne peut que s'en féliciter. Mais il ne faut pas se focaliser sur lui simplement parce qu'il est le fils du président.

Mais il gérait un ministère de cinq portefeuilles…

Avoir un super-ministère ne constitue pas une raison suffisante pour s'acharner sur un homme.

Oui, il y a eu des comportements qui ont entâché la présidence d'Abdoulaye Wade et je ne peux pas absoudre les personnalités qui ont commis des malversations.

Savez-vous pourquoi Ousmane Ngom, ministre de l'Intérieur sous Abdoulaye Wade, a été arrêté le 20 juin ? Qu'en pensez-vous ?

Je ne sais pas pourquoi il a été arrêté. D'après les informations que j'ai pu glaner c'est parce-qu'il n'a pas voulu répondre à la convocation du procureur [il devait être entendu sur la gestion controversé de l'argent public sous la présidence d'Abdoulaye Wade, mais a quitté le palais de justive de Dakar après avoir, selon lui, trop attendu, NDLR].

Ousmane Ngom gêne parce qu'il a fait partie de l'équipe en charge de la campagne électorale du PDS.

Pour vous, donc, il n'y a pas eu aucune malversation lors de la présidence d'Abdoulaye Wade ?

L'ère Wade a coïncidé avec l'arrivée de flux importants de capitaux dans le pays. Quand on évoque les investissements, on pense forcément à des marchés publics et comme tous les Sénégalais ne sont pas irréprochables, on se pose des questions… Oui, il y a eu des comportements qui ont entâché la présidence d'Abdoulaye Wade et je ne peux pas absoudre les personnalités qui ont commis des malversations.

Le PDS a perdu les municipales et la présidentielle. Pensez-vous avoir une chance de remporter les législatives du 1er juillet ?

Avoir une majorité à l'Assemblée me semble difficile car nous n'avons pas eu le temps de réinventer un nouveau programme. Pour cette campagne nous allons donc poursuivre le programme pour lequel nous avons été élu en 2007.

Le PDS est-il trop désuni pour remporter les législatives ? Que va-t-il devenir ?

Il y a une profonde déchirure au sein du parti. Cette désunion est liée à une impréparation de la succession de Wade. Aujourd'hui, il est presque impossible de réunir le PDS mais nous allons vers le renouvellement de nos instances, ce qui est inédit.

Il est évident que si nous n'arrivons pas à trouver un consensus sur les modalités de réforme du parti, nous risquons de voir des chapelles érigées un peu partout. Et au sein du parti ce ne sont pas les fortes personnalités qui manquent.

___

Propos recueillis à Dakar par Aurélie Fontaine

Lire aussi dans Jeune afrique n° 2685, en kiosques du 24 au 30 juin, l'interview de Macky Sall : "Avec moi, tout va changer"

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Sénégal

Maroc : les galères de Rokhaya, jeune nounou sénégalaise sans papiers à Tanger

Maroc : les galères de Rokhaya, jeune nounou sénégalaise sans papiers à Tanger

Rokhaya, jeune nounou sénégalaise sans papiers, vivote depuis des mois à Tanger et tente d'oublier une expérience récente dans une famille aisée de la ville, faite d'exploitation et de [...]

Sénégal : Macky Sall, Karim Wade et Idrissa Seck... récit d'une guerre fratricide

Bien sûr, Macky Sall, Karim Wade et Idrissa Seck n'ont pas une goutte de sang en commun. Mais tous ont grandi dans l'ombre du "Vieux", rêvant de lui succéder. Abdoulaye Wade les a[...]

Giresse : "Pourquoi le Sénégal n'a-t-il jamais rien gagné ?"

Alain Giresse, l’ancien sélectionneur du Sénégal, n’a pas été épargné par une partie de la presse locale. S’estimant victime d’attaques excessivement[...]

Kabila, Ouattara, Bouteflika, Biya... Quels sont les diplômes de vos présidents ?

Votre président a-t-il le baccalauréat ? Un master ? À-t-il étudié l’économie ou le droit ? En France ou en Chine ? Toutes les réponses avec notre jeu interactif.  [...]

Après les délestages, la Senelec voit enfin le bout du tunnel

Avec le redressement de la Senelec, le pays sort de sa crise énergétique. Et mise désormais sur le privé pour augmenter sa production.[...]

Sénégal : Abdoulaye Wade, égaré entre "esclaves" et "anthropophages"

Abdoulaye Wade a publiquement taxé Macky Sall, mardi, de "descendant d'esclaves" et d'"anthropophages" dont les parents "mangeaient les bébés". Une sortie unanimement[...]

Afrique francophone : chef de l'opposition, un statut à double tranchant

Plusieurs pays d'Afrique francophone ont adopté un statut officiel de "chef de file de l'opposition". D'autres ont voté des textes mais attendent toujours la désignation de leur opposant en chef.[...]

L'Afrique a-t-elle l'alimentation la plus saine du monde ?

Selon une étude de l'université de Cambridge, qui casse les clichés sur l'Afrique, le continent africain abriterait neuf des dix pays qui mangent le plus sainement au monde. Parmi eux, certains[...]

Sexe, mensonge, pouvoir : la trilogie infernale

Du Français Dominique Strauss-Kahn au Malaisien Anwar Ibrahim, on ne compte plus les responsables politiques dont les moeurs débridées, ou supposées telles, ont brisé la carrière.[...]

Sénégal : Suneor va céder son activité trituration au français Avril

Exclusif : Selon les informations de Jeune Afrique, Advens, actionnaire majoritaire de l'huilier sénégalais Suneor, et le Groupe Avril (ex Sofiproteol) ont signé le 13 février dernier un protocole[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces