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23/06/2012 à 11:20
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Moussa Mara, homme politique et maire de Bamako (commune IV).

Mon frère, mon protecteur

Nous avons été si fiers de te voir, ce 22 septembre 2010, cinquantenaire de notre indépendance, défiler aux côtés de tes frères d’armes. Tes fantassins nous avaient alors particulièrement émerveillés avec leurs blindés, leurs pièces d’artillerie, leurs lance-missiles... Ton aviation avait titillé l’orgueil national. Dans les yeux de tes soldats nous avions retrouvé la farouche détermination rappelant les sofas de Samory Touré engagés au sacrifice ultime pour défendre la patrie. Pétris de l’histoire militaire prestigieuse de notre pays, berceau des plus grands empires d’Afrique, auteurs de faits d’armes homériques comme le soutien accordé par Kankou Moussa au sultan marocain El Mamer au XIVe siècle, le sacrifice suprême de milliers de soldats du Songhaï face au Pacha Djouder au XVIe siècle, la victoire du Woyowayanko face aux troupes coloniales en 1881, les Maliens n’avaient jamais douté de toi. Cette fierté héritée, nous l’avons vu portée aux premières heures de l’indépendance par tes victoires militaires sur les rebelles au Nord en 1963 ou encore lors de conflits frontaliers avec un pays voisin en 1974 et en 1985.

Mon frère, mon protecteur,

Pourquoi depuis quatre mois, pour les uns, quatre ans, pour les autres, et même vingt ans selon certains, cela ne vas plus ? Pourquoi cette belle machine, ce fleuron du Mali que tu as incarné s’est soudainement grippé ? Pourquoi ton vocabulaire s’est encombré de la formule humiliante de « replis stratégiques » ? Pourquoi ton quotidien rime désormais avec désertions, abandon de position, reddition, exécution de soldats désarmés et ligotés, fuites, déroute ? Pourquoi tes équipements abondamment montrés pour dissuader se sont révélés finalement inopérants, insuffisants ? Pourquoi tes frères d’armes, engagés pour assurer notre sécurité se révèlent, ici ou là, être des facteurs d’insécurité dans nos villes et campagnes ?

Tu m’as dit l’autre jour pendant nos conversations que ce qui t’arrive n’est pas seulement dû à l’âge et aux vicissitudes de l’histoire mais que des facteurs internes t’ont miné pour finalement te rendre incapable de faire face aux menaces externes et aux périls internes. Tu m’as expliqué comment le recrutement s’est progressivement délité, miné par le favoritisme, la complaisance, le trafic d’influence et la corruption. Résultat : des soldats qui n’en sont plus. Physiquement et moralement inaptes ! Faisant de ton corps un moyen de résorption du chômage, très éloigné de sa vocation et de sa mission. Tu m’as rappelé une hiérarchie coupée de sa base, des pratiques affairistes, des collusions avec les trafiquants de toutes sortes et une paupérisation croissante de la troupe, abattant les dernières digues du patriotisme.

Mon frère, mon protecteur

A la lumière de tes justifications, on peut comprendre la situation créée aujourd’hui par cette lente et inexorable détérioration de tes capacités et aptitudes au combat. On peut ainsi relativiser le budget significatif accordé à la défense encore cette année (100 milliards de FCFA soit moins de 2% du PIB). On peut aussi identifier quelques pistes de redressement.

Tu nous assures de l’existence de ton ambition de rétablir ton prestige et celui du Mali. Tu nous promets la fin de la spirale de défaite et le recouvrement rapide de l’intégrité du territoire. Tu tables sur le changement entamé dans la gouvernance des forces armées, un renforcement des moyens et des équipements, une meilleure organisation avec des combattants aguerris et dotés de la ferme volonté de remplir leur devoir. Tu espères un soutien extérieur. Nous aussi ! Si tu comptes sur nous, nous serons là ! Car chacun d’entre nous a fini de se convaincre que le Mali qui va secourir ses voisins, aider à résoudre les difficultés des autres (Guerre des sables entre le Maroc et l’Algérie, conflits libérien ou centrafricain, au Rwanda ou au Congo, en Haïti ou au Cambodge…) a aujourd’hui bien besoin d’assistance.

Nous espérons qu’avec ces soutiens multiformes, tu y arriveras. Pour toi mais surtout pour nous !


 

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