Eric Fassin est sociologue et professeur à l’École normale supérieure (ENS, Paris). Spécialiste des questions liées à la discrimination, il revient avec Jeune Afrique sur le terme "diversité", de plus en plus utilisé dans le domaine politique.
Jeune Afrique : On parle beaucoup de "diversité" à l'approche des élections législatives. Ne risque-t-on pas ainsi de stigmatiser ces populations ?
Éric Fassin : Sans doute, mais à ne rien faire, on risque aussi de s’habituer à leur marginalisation. Si on parle beaucoup de diversité, c’est justement qu'elle est très peu réprésentée. De même, on a commencé à parler de « minorités visibles » parce qu’elles restaient invisibles. Ce vocabulaire récent révèle qu'il y a un décalage entre une société multiraciale et des élites « blanches ».
>> Lire aussi le dossier Législatives françaises : 2012, l'année de la diversité ?
Que cache en réalité ce terme ?
Il est vrai que la diversité peut rester purement symbolique. Il ne suffit pas de nommer quelques personnalités « hautes en couleur » pour changer la société. C’est donc une question de proportion : s’agit-il d’exceptions qui confirment la règle, ou bien cette norme de « blanchité » ne nous paraît-elle plus normale ?
Pour les législatives, le Parti socialiste présente 25 candidats issus de la diversité. Doit-on en passer par cette discrimination positive ?
25 sur près de 600 circonscriptions, c’est environ 4%. La France serait-elle blanche à 96% ? Pour faire bouger les choses, il faut du volontarisme. C’est comme la parité, pour faire des places, il faut écarter des personnes déjà en place ou d’autres prétendants. Il ne suffit donc pas de compter sur la bonne volonté générale.
Le droit de vote des étrangers ne permettrait-il pas de mieux intégrer les populations immigrées ?
Oui, le vote des étrangers non-européens aux élections locales sera un signal fort contre la xénophobie au niveau étatique. Mais la « diversité », ce ne sont pas tant des étrangers que des Français. Car ces Français ne sont pas forcément d’origine étrangère, les citoyens d’outre-mer par exemple subissent souvent une discrimination fondée sur la couleur de peau.
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Propos recueillis par Marie Villacèque

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