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Touré Moussa Zéguen : "La main tendue de Ouattara aux exilés est invisible"

29/04/2012 à 10:47
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En exil au Ghana, Touré Moussa Zéguen continue le combat pour la libération de Laurent Gbagbo. En exil au Ghana, Touré Moussa Zéguen continue le combat pour la libération de Laurent Gbagbo. © DR

Touré Moussa Zéguen, ex-chef des milices patriotiques pro-Gbagbo, vit en exil à Accra. Il soutient qu’il n’aura pas recours aux armes pour combattre le régime d’Alassane Ouattara. Mais il prévient que si la situation des exilés ivoiriens perdure, de nombreux jeunes gens, pour la plupart ex-combattants, pourraient songer à "mener une lutte beaucoup plus radicale et plus percutante" contre les autorités d’Abidjan. Lire son interview, recueillie dans la capitale ghanéenne, ci-dessous, et l’article sur ce que deviennent les anciens "Gbagbistes" dans Jeune Afrique n°2677, en kiosque à partir du 29 avril.

Jeune Afrique : Cela fait plus d’un an que vous êtes en exil au Ghana. Comment vous sentez-vous ?

Toura Moussa Zéguen : Je me sens très bien et je suis au meilleur de ma forme. Je ne meurs pas de faim, comme certains voudraient le faire croire. La plupart des dirigeants de l’ex-majorité présidentielle vont bien et tous sont motivés à aller jusqu’au bout pour combattre le régime d'Alassane Ouattara.

Retournerez-vous prochainement en Côte d’Ivoire ?

Tôt ou tard, nous retournerons au pays. Après un an d’exil, beaucoup d’eau a déjà coulé sous les ponts. Mais je continue de lutter pour la libération de Laurent Gbagbo par la France et la Cour pénale internationale, en synergie avec les autres organisations politiques ivoiriennes et africaines qui se reconnaissent dans ce combat.

Si j’avais les moyens nécessaires, j’opterais pour un combat ouvert et frontal parce que je pense qu’Alassane Ouattara ne mérite rien d’autre que cela.

Vous avez donc abandonné le recours aux armes en tant que chef de milices…

Il faut que les  choses soient bien claires. Ce n’est pas par plaisir que nous avons créé les mouvements d’autodéfense que vous appelez « milices ». En 2002, je vivais à l’extérieur du pays, quand des rebelles l’ont l’attaqué. Je suis rentré et avec certains camarades, nous avons créé le Groupement des patriotes pour la paix (GPP) pour résister face à l’agresseur. Aujourd’hui, la situation est différente, mais personnellement, si j’avais les moyens nécessaires, j’opterais pour un combat ouvert et frontal parce que je pense qu’Alassane Ouattara ne mérite rien d’autre que cela. Mais la Coalition des patriotes ivoiriens en exil (Copie), dont je suis le vice-président, exclut tout recours à une opération militaire et je m’en tiens à cela.

Cependant, je demande à Alassane Ouattara et à son gouvernement de ne pas laisser perdurer la situation des exilés. Le cas échéant, certains jeunes gens ne nous écouteront plus et pourraient s’engager plus loin que nous ne le souhaitons. La lutte pourrait être beaucoup plus radicale.

Alassane Ouattara a mis en place une Commission dialogue, vérité et réconciliation. Lui-même est venu ici à Accra et vous a publiquement tendu la main. Pourquoi n’avez-vous pas saisi cette main tendue ?

Vous dites une main tendue ? Mais c’est une main invisible. Nombreux sont ceux qui ont tenté comme Me Rodrigue Dadjé, l’avocat de Simone Gbagbo, de repartir au pays et qui ont été arrêtés à l’aéroport. J’apprends même qu’il a été inculpé pour « atteinte à la sûreté de l’État » et jeté à la Maca (Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan, NDLR). Un homme qui prépare un coup d’État irait-il se jeter dans la gueule du loup ? Soyons sérieux ! Cette arrestation est un mauvais signal envoyé à ceux qui sont en exil et qui souhaitent retourner en Côte d’Ivoire.

À Accra et un peu partout au Ghana, au Togo, au Bénin, au Cameroun, et même au Nigéria, il y a des Ivoiriens en exil. Parmi ceux-ci, il y a des militaires mais aussi des milliers de jeunes qui sont formés au maniement des armes. Imaginez ce que ces exilés, rompus au métier des armes depuis dix ans, pourraient faire s’ils sont poussés à bout. Il est difficile de retenir des éléments incontrôlables. Quant au président de la Commission chargée, dit-on, de la réconciliation, Charles Konan Banny, nous l’attendons depuis sa nomination, il y a bientôt un an, ici à Accra.

La déportation de Laurent Gbagbo est une grande honte pour l’Afrique.

Comment voyez-vous votre avenir ?

Je suis mon destin. Il y a dix ans, avant que les rebelles n’attaquent mon pays, j’ignorais totalement que je rentrerais en Côte d’Ivoire et ferais partie de ceux qui organiseraient une résistance face à la forfaiture. Alors, à chaque jour suffit sa peine. L’homme pour qui je me bats, Laurent Gbagbo, est vivant. Sa déportation est une grande honte pour l’Afrique et nous devons continuer à nous battre pour la dignité de l’Africain. Tant qu’il sera détenu à la CPI, nous ne lâcherons rien, le combat mérite d’être mené. Hier, le colon déportait nos ancêtres résistants comme le chef guerrier Samory Touré. Aujourd’hui encore, la méthode n’a pas changé. Moi, ce que je redoute dans l’avenir, c’est la situation de mes parents dans le nord du pays.

Pour quelles raisons ?

Ouattara a décrété une politique de « rattrapage » qui consiste à nommer les cadres militants du RDR (Rassemblement des républicains, parti présidentiel, NDLR) à presque tous les postes importants du pays. Cette politique d’exclusion des autres ethnies de la Côte d’Ivoire, que les nordistes soutiennent, risque de leur être préjudiciable. Un jour et d’ailleurs cela a commencé, les Ivoiriens diront « Gbagbo kafissa », ce qui veut dire « Gbagbo est mieux » en dioula. Quant à la communauté internationale, elle porte la responsabilité d’accepter Guillaume Soro qui a été parachuté président de l’Assemblée nationale après avoir dirigé une rébellion qui a fait beaucoup victimes. C’est un très mauvais signal envoyé à la jeunesse africaine.

___

Propos recueillis à Accra, par André Silver Konan,


 

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