Extension Factory Builder

Santé : la longue et dure ascension vers la victoire sur le paludisme

25/04/2012 à 15:12
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Le docteur John Lusingu. Le docteur John Lusingu. © DR

John Lusingu, docteur en médecine et détenteur d’un doctorat en sciences de la santé, est maître de recherche de l'Institut national tanzanien de recherche médicale au centre de Tanga, en Tanzanie. Il copréside également le Comité du Partenariat pour les essais cliniques du candidat vaccin antipaludique RTS,S, pour lesquels il est chercheur principal à Korogwe (région de Tanga en Tanzanie).

J’ai grandi dans les années 1970 dans la région du Kilimandjaro en Tanzanie. Avec mes frères et sœurs, nous nous levions à l'aube et descendions des hauteurs fraîches où nous vivions, jusqu’aux plaines où nous cultivions nos champs. Nos parents nous avaient expliqué qu’il fallait descendre de la montagne le matin, travailler dur dans les champs pendant la journée et revenir rapidement le soir dans notre maison de la montagne pour échapper aux piqûres des ngilingili (moustique), responsables de la propagation de la maladie mortelle que nous appelions itheng’u (paludisme).

À l’époque, il n'y avait pas encore de Journée mondiale du paludisme, comme celle que nous célébrerons ce 25 avril pour mobiliser les consciences et l'action, mais nous connaissions quand même bien cette maladie. Le thème de cette année – Maintenir les progrès, sauver des vies : Investir dans la lutte contre le paludisme – a été pour moi l'occasion de réfléchir à ma jeunesse sur les pentes des monts Pare, dans la région du Kilimandjaro.

Mes parents m’ont parlé de la fin des années 1950 où le paludisme a spectaculairement reculé dans les plaines situées à l'ombre des monts Pare. Des Land Rover blanches sillonnaient alors la région pour fumiger toutes les habitations. Des années plus tard, j'ai appris que cette opération faisait partie du Plan paludisme de Pare Taveta qui cherchait à déterminer si la transmission du paludisme pouvait être stoppée à travers un effort concerté. On cherchait aussi comprendre quel serait l'impact sur la santé publique. La leçon que le monde a pu en tirer est que « le paludisme a cessé d'être important dans la zone traitée », mais qu’il est revenu en force dès que l'effort n'a plus été soutenu.

En 1972, mon frère aîné, Joseph, l’a appris de la manière la plus dure. À l’époque, il vivait chez mon oncle pendant la semaine pour pouvoir aller plus facilement à l'école primaire, et il rentrait le week-end dans notre maison des montagnes. Je n'oublierai jamais le jour où Joseph est revenu à la maison en parlant de façon incohérente, dans un état de grande confusion. Complètement paniquée, ma mère s’est mise à pleurer en criant que mon frère allait mourir. Je me souviens également de l’angoisse qui m’a submergé à l'idée de perdre le frère qui m'était le plus proche.

Mon père a couru chercher un agent de santé à la clinique d'une mission. Arrivé chez nous, celui-ci a examiné mon frère et nous a expliqué qu'il souffrait d'un grave accès de paludisme qui avait attaqué son cerveau. Après un traitement par injections de quinine, mon frère a guéri. Par la suite, Joseph a arrêté de passer la nuit chez mon oncle. Tous les jours, il descendait et remontait la piste escarpée à l'école. C'était là le seul moyen que nous connaissions pour éviter le paludisme.

Aujourd'hui, grâce à la recherche scientifique et au développement, nous avons pu constater un recul notable du paludisme. Nous n’avons plus à remonter des plaines vers les montagnes pour échapper aux moustiques et à la maladie qu’ils propagent. Nous avons des outils pour la combattre. En tant que chercheur à Korogwe, en Tanzanie, j'ai travaillé sur des moustiquaires traitées à l’insecticide, des pulvérisations intradomiciliaires d'insecticides à effet rémanent, des tests de diagnostic appropriés, des médicaments antipaludiques efficaces et, plus récemment, un candidat vaccin antipaludique, le RTS,S, pour renforcer notre arsenal de lutte contre la maladie.

Nous enregistrons néanmoins encore des cas graves, voire fatals, de paludisme, en particulier parmi les enfants des communautés éloignées mal desservies par les services de santé, dont l'accès est rendu encore plus difficile par le manque de transports et de communications. Avec plus de 650 000 décès dus chaque année au paludisme, la lutte pour le contrôle et l’élimination de la maladie est donc loin d’être terminée.

Comme l'a déclaré cette année le partenariat Faire reculer le paludisme, « la réduction de l'empreinte du paludisme, tel que ce fut le cas ces dix dernières années, comme la réapparition des parasites paludéens dépendent, dans une large mesure, des ressources qui seront investies dans les efforts de contrôle au cours des prochaines années ». À ces efforts de contrôle, je voudrais ajouter la recherche scientifique. Ici aussi, le défi résidera dans l'engagement aux niveaux mondial et national en faveur de la  consolidation de nos acquis et de la poursuite du combat contre la maladie.

En célébrant la Journée mondiale du paludisme 2012, imaginons un endroit où nous vivrions tous au sommet d'une montagne dans un monde libéré du paludisme.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

International

Casa África, aux Canaries, une fenêtre espagnole sur le continent

Casa África, aux Canaries, une fenêtre espagnole sur le continent

Créée en 2006 comme un consortium entre le ministère espagnol des Affaires étrangères, le gouvernement des Canaries et la municipalité de Las Palmas où elle a son siège, Ca[...]

Migration clandestine : manège en absurdie

Venu d'Afrique, le flux de bateaux de fortune tentant de rallier l'Europe ne faiblit pas. À son bord, des migrants aimantés par le fantasme de l’Occident et manipulés par des marchands de morts. Alors[...]

Jean-Yves Le Drian : "IBK doit négocier, Samba-Panza aussi"

Mali, Centrafrique, Libye... Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, reconduit à son poste le 2 avril, est sur tous les fronts africains. Entretien avec un Breton sans états[...]

France - Mériam Rhaiem : "Ma fille est une otage" en Syrie

Fin 2013, sa fille de 24 mois a été enlevée par son père, parti faire le jihad en Syrie. Après avoir créé un collectif nommé "Jamais sans Assia", Mériam[...]

Présidentielle américaine : Hillary Clinton toujours d'attaque

Ex-First Lady, ex-secrétaire d'État et ex-rivale d'Obama, Hillary Clinton est loin d'avoir fait une croix sur la présidence. Son staff de campagne est déjà en place et piaffe[...]

Les Algériens de France aux urnes : "Bouteflika, je sais qu'il va gagner..."

Quelque 815 000 Algériens de France ont commencé à voter samedi pour élire leur président, soit cinq jours avant le scrutin en Algérie, prévu jeudi 17 avril. Reportage en[...]

Journalistes de RFI assassinés au Mali : des juges français vont enquêter

Des juges d'instruction parisiens vont enquêter sur l'assassinat au Mali fin 2013 des deux journalistes de RFI Ghislaine Dupont et Claude Verlon, a-t-on appris vendredi de source judiciaire.[...]

Michael Jackson : un deuxième album posthume bientôt dans les bacs

"Sony", la maison de disque historique de Michael Jackson, présente le deuxième album posthume de l'artiste, baptisé "Xscape". Celui-ci sera disponible en France le 13 mai.[...]

Présidentielle algérienne : les Algériens de France votent dès samedi

Quelque 815 000 Algériens votent en France à partir de samedi pour élire leur futur président, soit cinq jours avant le scrutin en Algérie, prévu le jeudi 17 avril.[...]

Génocide rwandais : pour Le Drian, "certaines accusations ne peuvent rester sans réponse"

Jean-Yves Le Drian a tenu vendredi à défendre l'"honneur" de l'armée française lors de l'opération Turquoise en 1994, après les accusations de complicité de[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers