Extension Factory Builder

Richard Zink : "Il faut rétablir la paix, négocier avec les groupes rebelles qui sont prêts à discuter"

24/04/2012 à 15:06
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Richard Zink, ambassadeur de l’Union européenne (UE) au Mali. Richard Zink, ambassadeur de l’Union européenne (UE) au Mali. © DR

L’ambassadeur de l’Union européenne (UE) au Mali, Richard Zink, explique la position des bailleurs de fonds sur la crise que traverse le pays. Le dialogue avec les rebelles touaregs qui dirigent le Nord du pays peine à s’ouvrir réellement. Un Premier ministre a été nommé, mais les Maliens attendent encore la formation de son gouvernement. La junte militaire qui a fait chuter l’ancien président, Amadou Toumani Touré (ATT), tarde à rendre véritablement le pouvoir. Dans ce contexte, les partenaires extérieurs du Mali essaient de soutenir le pays et, surtout, de contenir l’influence grandissante d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Interview.

Jeune Afrique : L’Union européenne a accueilli favorablement l’accord-cadre signé entre la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et les anciens putschistes maliens. Comment allez-vous accompagner cet accord ?

Richard Zink : Dans les prochains jours, ECHO, notre branche humanitaire va envoyer une mission à Bamako pour évaluer les besoins du Mali. L’UE a décidé de mobiliser 9 millions d’euros supplémentaires au titre de l'aide humanitaire pour le pays. En ce qui concerne les futures élections, beaucoup de dirigeants souhaitent la révision des fichiers électoraux. Nous sommes prêts à soutenir ce processus avec d’autres partenaires, afin que les élections soient crédibles, transparentes et surtout que les Maliens y participent massivement.

Pour réussir une forme d’autonomie, il faut d’abord accepter de faire partie d'un seul et même pays.

Selon vous, l’armée malienne a-t-elle besoin des troupes de la Cedeao pour récupérer les villes du Nord ?

L’armée malienne a certainement besoin d'aide, mais il faut garder à l’esprit qu’il y a bien deux aspects dans cette crise: un volet militaire et un autre politique. Il faudra prendre en compte les deux pour parvenir à une solution. Actuellement, il n’y pas d’armée (malienne) qui puisse se rendre au Nord et vaincre seule les rebelles. On ne peut pas attendre qu’elle soit prête. Il faut des solutions plus rapides. Pour cela, il y a l’offre de la Cedeao et des autres paretenaires.

Nicolas Sarkozy a dit qu’il était favorable à une autonomie – même minime – accordée aux Touaregs. Est-ce que l’Union Européenne partage ce point de vue ?

La division du pays a été un grand choc pour les Maliens.  J’ai l’impression que la plupart d’entre eux veulent rester unis à tout prix. Une autonomie ou une décentralisation n’est jamais réalisable s’il y a de trop fortes volontés séparatistes. Pour réussir une forme d’autonomie, il faut d’abord accepter de faire partie d'un seul et même pays et ne pas prendre une éventuelle autonomie comme une étape vers l’indépendance.

Pensez-vous que les partenaires occidentaux du Mali portent une part de responsabilité dans la crise actuelle ? Est-ce que le côté exemplaire de la démocratie malienne que les bailleurs de fond mettaient souvent en avant ne les a pas aveuglés sur l’état réel du pays ?

Il y a des pays de la région qui n’ont pas accepté que des armes circulent librement sur leur territoire. Ils ont mis en œuvre très rapidement des programmes pour intégrer les combattants revenus de Libye. Le Mali n’a pas voulu lancer ce processus. Il faut se demander comment cette rébellion a pu se préparer au vu et au su des autorités. La responsabilité ne se situe certainement pas au niveau européen. Aujourd’hui, il faut rétablir la paix, négocier avec les groupes rebelles qui sont prêts à discuter dans le but de maintenir l’intégrité du pays et revoir le processus de décentralisation qui pourrait être complété par des éléments d’autonomie.

Une véritable culture de la corruption s'est installée dans le pays ces dernières années. Qu'en pensez-vous ?

Il faut réformer l’armée et réinstaurer la discipline.

L'index Doing business de la Banque mondiale, qui traite du climat des affaires, laisse effectivement penser que la corruption est un facteur préoccupant. Le secteur privé  se plaint de la fiscalité et de tout ce qui en dépend : les droits de douane et les taxes à acquitter le sont souvent de manière arbitraire et peu transparente. Les entrepreneurs et les citoyens ont par ailleurs peu confiance dans la justice malienne.

Comment le Mali peut-il faire face à la corruption dans son armée ?

Il faut prendre les mesures qui s’imposent. Il faut réformer l’armée et réinstaurer la discipline. Ce sont de jeunes officiers qui ont pris le pouvoir, cela veut dire beaucoup de choses…

___

Propos recueillis à Bamako par Baba Ahmed


 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Mali

Crash du vol AH5017 : l'enquête associera plusieurs pays

Crash du vol AH5017 : l'enquête associera plusieurs pays

Le détachement militaire français dépêché dans le nord du Mali sur le lieu du crash du vol Ouaga-Alger AH 5017 a retrouvé vendredi la boîte noire du DC-9 affrété par Air[...]

Mali : le gouvernement et six groupes armés signent à Alger une "feuille de route" pour la paix

Après d'âpres tractations et plusieurs mois de blocage, le gouvernement malien et six groupes armés ont signé jeudi à Alger un document sur la "cessation des hostilités". Une[...]

L'épave "désintégrée" du vol AH5017 localisée vers Gossi dans le nord du Mali

L'état-major de l'armée burkinabè a annoncé dans la nuit de jeudi à vendredi avoir localisé dans le nord du Mali l'épave "désintégrée" du DC9[...]

Mali : ce que Bamako et les groupes armés négocient à Alger

Réunis à Alger, les groupes armés du Nord-Mali et les autorités maliennes tentent de se mettre d'accord sur une feuille de route commune pour la suite des négociations de paix. [...]

Mali - RDC : Nkulu Kalumba, un long chemin vers la liberté

À l'occasion de la Journée mondiale des réfugiés, le 20 juin, "Jeune Afrique" et le HCR au Mali ont organisé un concours de journalisme. C'est l'article d'une jeune étudiante[...]

Drague : le bal des faux-culs

Ils sont discrets, rembourrés et très à la mode en Afrique de l'Ouest... Zoom sur ces collants qui permettent aux femmes d'afficher de jolies fesses rebondies à moindre prix.[...]

Mali : bientôt un procès dans l'affaire des "bérets rouges" ?

Le rapport d'enquête sur l'affaire de la disparition des "Bérets rouges" devrait prochainement être bouclé et transmis au procureur, ouvrant ainsi la voie à un éventuel[...]

Ramtane Lamamra : "Un accord dans cent jours" sur le Nord-Mali

Le chef de la diplomatie algérienne fait le point sur le dialogue inter-malien, entamé le 16 juillet, et qui devrait être suspendu le 24 juillet avant une reprise à la mi-août. Première[...]

Hollande prépare le lancement de l'opération Barkhane à N'Djamena

L’opération "Barkhane", du nom de la nouvelle configuration stratégique de l’armée française dans le Sahel qui devrait mobiliser 3 000 soldats environ, sera officiellement[...]

Pourquoi le Mali s'est fait épingler par le FMI pour des fournitures militaires

Le FMI est-il trop pointilleux ? Un contrat de fournitures militaires de plusieurs dizaines de millions d'euros fait en tout cas tiquer les bailleurs de fonds. Trop opaque, jugent-ils. Le Mali n'apprécie pas.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers