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Docteur Robert Sebbag : "Vouloir éliminer la maladie du sommeil n'est pas une utopie"

16/04/2012 à 16h:52
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Campagne de dépistage de la maladie du sommeil à Kobitoye. Campagne de dépistage de la maladie du sommeil à Kobitoye. © Sanofi

En partenariat avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le laboratoire pharmaceutique français Sanofi espère relever le défi d’éliminer d’ici à 2020 la trypanosomiase humaine africaine, plus connue sous le nom de maladie du sommeil, cette maladie transmise à l’homme par une mouche tsé-tsé infectée. Entretien au Tchad avec le Docteur Robert Sebbag, vice-président de l’Accès au médicament, Sanofi.

La bataille contre la maladie du sommeil pourrait enfin être remportée. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le laboratoire pharmaceutique français Sanofi se sont lancé le défi d’éliminer d’ici à 2020 la maladie du sommeil transmise à l’homme par une mouche tsé-tsé infectée. Au stade 1 de la maladie, le patient présente des maux de tête et de la fièvre. Mais au stade 2 (à partir de 4 mois à 1 an), le parasite pénètre le cerveau, provoquant de graves symptômes neurologiques (détérioration mentale, sommeil allongé, coma…), pouvant conduire à la mort.

La maladie est répandue dans les zones isolées d’Afrique subsaharienne, à proximité des rivières et des lacs, comme au Tchad. C’est justement là, dans le Logone oriental, que se sont rendus pendant quelques jours Chris Viehbacher et son équipe. Le PDG de Sanofi souhaitait se rendre compte par lui-même des difficultés rencontrées sur le terrain pour accéder aux patients. Le 2 avril à Kobitoye, près de Bodo, la campagne de dépistage du parasite de la maladie du sommeil touchait à sa fin. Nous y avons rencontré le Dr Robert Sebbag, vice-président de l’accès au médicament de Sanofi, qui a accepté de répondre à nos questions. 

Jeune Afrique : Vous ambitionnez, en partenariat avec l’OMS, d’éliminer la maladie du sommeil d’ici à 2020. Cet engagement est-il vraiment réaliste ?

Dr Robert Sebbag : Il faut s’imposer des défis. La grande réunion à Londres le 30 janvier, en présence de la directrice générale de l’OMS, Margaret Chan, de Bill Gates et de dix responsables d’industries pharmaceutiques dont Chris Viehbacher, a été déterminante. Nous y avons décidé de combattre dix des dix-sept maladies tropicales négligées, dont la maladie du sommeil. Bien sûr, sa disparition complète n’est pas possible, aussi nous ne parlons jamais d’éradication. Notre ambition est d’arriver à un nombre extrêmement bas de cas, si bien que le risque de recrudescence serait nul. En cela, vouloir l’éliminer n’est pas une utopie.

Quelles raisons vous poussent à l’optimisme ?

Il y a d’abord eu une prise de conscience de la réalité de la maladie du sommeil. Je pense d’ailleurs que le Sida a ouvert la porte à une meilleure connaissance des autres maladies en Afrique. Et, la conception de la lutte a changé, puisque ce sont les services de santé qui vont vers les patients. Si les chiffres, en diminution, sont très encourageants [moins de 7 200 nouveaux cas ont été rapportés en 2010, NDLR.], il ne faut pas oublier que les derniers cas sont toujours les plus difficiles. Moins il y a de personnes infectées, plus il est difficile d’obtenir des aides et des financements. C’est l’effet pervers du succès.

Combien de patients atteints de la maladie du sommeil ont déjà été soignés ?

Depuis le premier partenariat avec l’OMS en 2001, 3 000 tchadiens ont été traités. Sur le continent africain, 170 000 personnes ont été soignées et nous avons sauvé 170 000 vies.

Quel budget est alloué à l’OMS dans le cadre de votre nouveau partenariat de cinq ans ?

Il est fixe et s’élève à 5 millions de dollars par an. De 2001 à 2006, il était destiné à couvrir à 100% la maladie du sommeil. De 2006 à 2011, comme il y avait moins de cas, il a servi aussi à financer la lutte contre la leishmaniose, la maladie de Chagas et l’ulcère de Buruli. Enfin, de 2011 à 2016, un peu plus de 3,5 millions de dollars sont alloués à la maladie du sommeil, le reste de la dotation concernant les autres maladies. Mais, le coût des médicaments n’en représente que 30%.

Les 70% restants concernent donc la logistique ?

Tout à fait, la fourniture de médicaments ne suffit pas, encore faut-il atteindre les patients. Ces 70% concernent donc les transports ainsi que les campagnes de sensibilisation, afin que les populations viennent se faire dépister. Mais aussi et surtout, les laboratoires ambulants, les tests sérologiques, les sacs de perfusion, la chaîne du froid pour les tests diagnostic, les salaires des infirmiers etc. Les maladies négligées, ce sont aussi des patients négligés et nous mettons tout en œuvre afin qu’ils le soient de moins en moins.

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Propos recueillis à Kobitoye (Sud du Tchad) par Justine Spiegel













 

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