"Quand les mutins affirment qu’ils n’étaient pas bien armés, c’est en grande partie faux".
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Une semaine après le coup de force au Mali contre le président malien Amadou Toumani Touré, on ne sait toujours pas grand-chose sur la junte militaire. Qui sont ces soldats qui se réclament du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État (CNRDRE) ? Pierre Boilley, spécialiste de l’Afrique subsaharienne contemporaine et directeur du Centre d’études de mondes africains (Cemaf), tente d’élucider la question.
Jeune Afrique : Qui sont les putschistes qui ont renversé Amadou Toumani Touré (ATT) le 22 mars ?
Pierre Boilley (en photo ci-dessous) : Quelques lieutenants et capitaines sont, pour le moment, visibles. Mais, surtout énormément d’hommes du rang. Cela laisse transparaître l’aspect social de cette mutinerie. Dans une interview qu’il a accordé à une télévision malienne, le capitaine Amadou Sanogo explique lui-même le côté extrêmement revendicatif de son action, par rapport à la haute hiérarchie militaire corrompue qui se renfloue les poches pendant que les soldats se font tuer et ne sont pas soutenus par l’État. C’est pourquoi on ne retrouve pas les hauts gradés dans cette junte, le coup de force étant également dirigé contre eux.
Les putschistes veulent-ils réellement exercer le pouvoir politique ?
Amadou Sanogo a déclaré à plusieurs reprises : “On ne va pas s’éterniser”. Je pense que ce sont des gens qui comprennent parfaitement qu’ils n’ont pas les moyens, ni techniques ni intellectuels, de diriger un pays. S’il n’y a pas derrière eux des personnes qui les poussent, ils ne pourront pas s’en sortir : ils me semblent globalement assez incompétents.
Nous savons que les proches du président malien avaient beaucoup sollicité ce dernier pour qu’il puisse modifier la Constitution afin de rester au pouvoir un mandat de plus. Mais, ATT avait refusé. Nous savons que dans cet entourage, certains ont été impliqués dans les trafics de drogue et de corruption. Nous pouvons donc imaginer qu’ils veulent conserver leur position : si ATT avait décidé de rester au pouvoir, ils étaient préservés mais si ATT s’en va, ils perdent la main. C’est une hypothèse de plus, peu probable mais envisageable.
Nous assistons certainement à une mutinerie qui est allée trop loin. Parce qu’au départ, ces militaires ont l’air de n’avoir aucun projet politique. En réalité, ils ont envie d’assurer aux soldats un sort plus enviable, car ils se considèrent en partie trahis par ATT, très critiqué de n’avoir pas été offensif ni contre Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ni contre les Touaregs, avec beaucoup de volte-faces dans la gestion du pays.
Pensez-vous donc que la junte a pris une décision courageuse pouvant mettre fin à l’état de guerre au nord du Mali ?
Je ne vois pas comment les mutins ont plus de possibilités aujourd’hui que celles qu’ils avaient jusqu’à présent. Quand ils affirment qu’ils n’étaient pas bien armés, c’est en grande partie faux : ils disposaient même de capacités logistiques et de moyens aériens que les rebelles du MNLA (Mouvement national pour la libération de l’Azawad) n’avaient pas.
Je ne crois pas non plus que ce groupe de militaires puisse rétablir une réelle démocratie, encore moins éradiquer, en seul coup, toute la corruption du pays et remettre les grands profiteurs sur le droit chemin : il va falloir mettre beaucoup de monde en prison !
Bref, c’est une action désastreuse pour le Mali. Un coup d’État est toujours quelque chose d’insupportable, mais particulièrement pour ce pays qui a réussi à maintenir la démocratie depuis plus de 20 ans. Cette situation ne fait que renforcer ses difficilultés actuelles.
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Propos recueillis par Trésor Kibangula

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