Extension Factory Builder

Miaka Ouretto : "Ouattara n'a pas donné suite aux préoccupations du FPI"

24/02/2012 à 16:25
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
M. Ouretto fait de la discussion avec le pouvoir un préalable à toute participation électorale. M. Ouretto fait de la discussion avec le pouvoir un préalable à toute participation électorale. © Reuters

Sylvain Miaka Ouretto, le président du Front populaire ivoirien (FPI, de Laurent Gbagbo), réagit à l'annonce de la CPI selon laquelle elle s'apprête à enquêter sur tous les crimes commis depuis 2002 en Côte d'Ivoire. Et déplore le manque de dialogue "franc et sincère" avec le président Alassane Ouattara. Interview.

Comment avez-vous accueilli la décision de la Cour pénale internationale (CPI) d’étendre la période d’enquête aux crimes commis en Côte d’Ivoire depuis 2002 ?

C’est une bonne nouvelle qui vient concrétiser le souci de beaucoup d’Ivoiriens de voir toute la lumière faite sur la crise de notre pays. On espère enfin avoir droit à une justice impartiale. Nos problèmes ne datent pas du lendemain du second tour de la présidentielle ivoirienne. Il remonte à la nuit du 19 septembre 2002 où les rebelles ont tenté un coup d’État contre le président Laurent Gbagbo.

Pourquoi le FPI refuse t-il néanmoins de participer à la commission d’enquête nationale chargée de faire la lumière sur les crime de la crise postélectorale ?

Parce que les nouvelles autorités ne souhaitent pas toute la vérité. À travers la composition de cette structure, très partisane, on souhaite orienter les investigations et donner une seule version de la vérité sur les exactions commises. Plus globalement, tous les appels du pouvoir vers l’opposition ne visent qu’à légitimer son action. Le FPI souhaite que le président Alassane Ouattara mette en place les conditions d’un dialogue franc et sincère, un cadre formel de discussion et un calendrier de travail. Il nous a reçus deux fois ces derniers mois, mais n’a pas donné suite à nos préoccupations.

Le FPI souhaite aborder les questions de la sécurité des Ivoiriens, de l’emprisonnement de ses cadres, du rééquilibrage de la CEI, de la liste électorale, du redécoupage administratif, de la bonne gouvernance.

Le FPI souhaite aborder les questions de la sécurité des Ivoiriens, de l’emprisonnement de ses cadres, du rééquilibrage de la Commission électorale indépendante (CEI), de la confection de la liste électorale, du redécoupage administratif, de la bonne gouvernance. De nos débats avec la coalition au pouvoir pourraient sortir des conclusions qui seraient soumises à l’appréciation du président de la république. C’est un préalable à toute éventuelle participation du FPI à un nouveau scrutin.

Vous souhaitez organiser prochainement une convention du FPI. Quel en est l’objectif ?

Après la dernière crise ivoirienne, le parti a besoin de se restructurer et de se réorganiser. Nos sommes attaqués par les partisans du nouveau pouvoir lorsque l’on tient des meetings, comme en janvier dernier. Plusieurs de nos cadres sont en prison, d’autres en exil avec beaucoup de nos militants, la répression continue sur le terrain. Je ferai prochainement une tournée dans le pays pour rencontrer nos responsables de fédérations, de sections et de comités de base, et faire un état des lieux. L’objectif est ensuite d’organiser une grande convention de la formation à Abidjan à la fin du mois de mars ou au début du mois d’avril. La réflexion tournera autour du thème « Quel FPI pour le retour à la paix et la reconquête du pouvoir ? » Toutes les formations du Congrès national de la résistance pour la démocratie (CNRD) seront invitées à participer.

Allez-vous aussi inviter le président de l’Assemblée nationale, Mamadou Koulibaly, qui a quitté le FPI pour fonder son propre parti, le Lider ?

Mamadou Koulibaly a choisi un nouveau parcours dont il assume aujourd’hui les conséquences. On va toutefois l’inviter en tant que président d’un parti frère. Comme lui, nous sommes ulcérés par les pratiques du nouveau pouvoir : retour du tribalisme, du régionalisme, et du clientélisme… Les sociétés africaines doivent tourner définitivement le dos à ces pratiques.

La législation prévoit que 10 % du budget national aille au fonctionnement des partis politiques. On attend toujours la contribution de l’État.

Avez-vous des moyens financiers pour fonctionner actuellement ?

Les autorités nous ont versé un reliquat de 125 millions de F CFA dus au titre de l’année 2010. Mais nous n’avons rien perçu d’autre. Nous comptons sur les cotisations de nos membres et espérons que le pouvoir tiendra ses engagements. La législation prévoit que 10 % du budget national aille au fonctionnement des partis politiques. On attend toujours la contribution de l’État.

Vous avez rencontré les autorités françaises à Paris. Quelle approche prônez-vous avec la France ?

Le président Gbagbo disait souvent : « un État n’a pas d’amis. Il n’a que des intérêts ». J’appelle à une relation nouvelle et apaisée avec l’ancienne puissance coloniale. Les autorités françaises peuvent également nous aider pour amener le président Ouattara à rouvrir le dialogue politique avec l’opposition.

_____

Propos recueillis par Pascal Airault

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Côte d'Ivoire

Côte d'Ivoire : Ouattara promet de se retirer après son second mandat, s'il est réélu

Côte d'Ivoire : Ouattara promet de se retirer après son second mandat, s'il est réélu

Le président ivoirien Alassane Ouattara ne briguera pas un troisième mandat s'il est réélu en octobre. Il entend respecter la Constitution de son pays, une promesse qu'il a faite devant l'Union africain[...]

Ces humoristes africaines qui brûlent les planches parisiennes

Vent de révolution sur les planches parisiennes ? Tout porte à croire qu’en matière de stand-up, les femmes de la diaspora africaine prennent le pouvoir. Claudia Tagbo, Tatiana Rojo, Selavie Newway et[...]

Tatiana Rojo, la dame de fer

Vent de révolution sur les planches parisiennes ? Tout porte à croire qu’en matière de stand-up, les femmes de la diaspora africaine prennent le pouvoir. Née en France, Tatiana Rojo a grandi en[...]

Claudia Tagbo, la bonne vivante

Vent de révolution sur les planches parisiennes ? Tout porte à croire qu’en matière de stand-up, les femmes de la diaspora africaine prennent le pouvoir. Claudia Tagbo a conquis le public[...]

Serge Aurier (PSG) : "Tu ramènes la CAN en Côte d'Ivoire, et où est la gratitude ?"

Entretien avec l'ivoirien Serge Aurier, définitivement transféré au PSG.[...]

Mode d'emploi et favoris : l'élection du président de la BAD en 5 questions

Le 28 mai, la Banque africaine de développement élira un nouveau président. "Jeune Afrique" décrypte pour vous tous les ressorts de cette élection et livre une analyse exclusive des[...]

Le génie des "Maîtres de la sculpture de Côte d'Ivoire"

Voilà une heureuse habitude que semble prendre le musée du Quai Branly, à Paris : programmer des expositions internationales qui bousculent totalement l'approche actuelle de l'art africain [...]

Football : finalement, Yaya Touré poursuit l'aventure à Manchester City

Alors que son départ avait été annoncé, Yaya Touré, selon les médias britanniques, ne s'en ira pas à la saison prochaine : l'international ivoirien reste à Manchester City.[...]

Abidjan : plus de 4 500 personnes aux Assemblées de la Banque africaine de développement

Six chefs d'État, un vice-président et deux Premiers ministres ont participé à l'ouverture officielle des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement, le 26 mai. Avec deux[...]

Football : l'Ivoirien Copa Barry passé du rôle de bouc émissaire à celui de héros de la CAN

Héros d’une finale qu’il ne devait pas jouer, Boubacar Copa Barry a inscrit le tir au but qui a offert la Coupe d’Afrique des nations 2015 (CAN) à la Côte d’Ivoire face au Ghana en[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers