Extension Factory Builder

Afrique : pour une approche maîtrisée des partenariats public-privé

25/01/2012 à 14:44
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Benjamin Labonnélie et Isabelle Coutant Peyre. Benjamin Labonnélie et Isabelle Coutant Peyre. © D.R.

Benjamin Labonnélie est docteur en droit international, chargé d'enseignement à la Faculté de droit de Paris XII et consultant à la Banque africaine de développement (BAD) et Isabelle Coutant Peyre est avocate et conseil en droit international public et privé, consultante à la Banque africaine de développement (BAD), et arbitre auprès de la Cour commune de justice et d’arbitrage de l’OHADA.

Comment être aujourd'hui exemplaire et satisfaire l'intérêt général ? Les États peuvent-ils se dispenser du concours du secteur privé pour répondre aux besoins collectifs ? Le thème des partenariats public privé, dits « PPP », est trop souvent mal compris, selon que l'on fait prédominer une vision privatiste ou publiciste, en privilégiant l’une et excluant l’autre au détriment de solutions « gagnant-gagnant ». Il n'est pas contestable que les besoins en services publics doivent être satisfaits à tous niveaux : l'eau potable vaut mieux que son contraire, l'électricité que la bougie, les routes tracées que la brousse, etc…

Comment, dès lors, ne pas saluer la volonté des présidents gabonais et burkinabè, Ali Bongo Ondimba et Blaise Compaoré, de doter leur pays de l'encadrement juridique le plus favorable en la matière ? Comment ne pas espérer une Côte d'Ivoire comme « réparée » par le lien tissé par de futures infrastructures à travers le pays, en se souvenant qu’il s’agit de l'un des premiers pays d'Afrique à avoir eu recours au privé ?

Cependant, de nombreux États africains semblent se hâter trop lentement sur ce chemin. Et nombre de symposium internationaux ne font que retarder ce que d’aucuns savent déjà : on ne peut pas attirer de nouveaux partenaires privés sans écrire efficacement les règles qui gouvernent l'articulation des secteurs public et privé, pour accéder à ce que l'ONU appelle joliment « le droit international du développement ».

Il faut imaginer sans plus tarder des solutions à la fois pleinement africaines et pleinement internationales.

Force est de constater que beaucoup de législations sont trop souvent déconnectées des réalités profondes des pays, d’autant que des solutions se trouvent d'ores et déjà dans le génie propre de l'Afrique, ainsi, une « palabre » rénovée organisant la médiation en cas d'expropriation lors de la construction de grands projets d’aménagement.

Il faut prendre l'exacte mesure de ce qu'une législation posant clairement les principes généraux des PPP est indispensable, à la fois comme outil informatif du secteur privé pour faciliter l’accès aux informations spécifiques et comme outil démultiplicateur des sources de financement pour le secteur public. Cette législation doit également définir la maîtrise de l’opération par les autorités publiques notamment dans la sélection des partenaires privés, pour ne plus faire des PPP au coup par coup, dans tel ou tel secteur, au gré de propositions pas toujours équilibrées au regard de la transmission du savoir-faire ou de l’emploi de la main d'œuvre locale.

Ainsi, en 2004, le Sénégal s'est doté d'une législation très innovante. Le président Abdoulaye Wade, sous la primature d'Idrissa Seck largement ouvert à une culture internationale en la matière, a su en faire l'outil numéro un du développement de ses projets, au premier rang desquels le futur aéroport international. Si l'on peut juste regretter, en l'absence d'un cadastre parfaitement rigoureux, que des procédures de conciliation modernes n'aient pas été introduites dans le cœur même de la loi, cette volonté d'encadrement générale doit être résolument saluée pour sa vision d'avenir.

Il faut imaginer sans plus tarder des solutions à la fois pleinement africaines et pleinement internationales, sur-mesure pour chaque pays, à la hauteur des enjeux posés par l'immense richesse du continent qui a si bien su, par le passé, anticiper, à l’avant-garde des principes en matière de droits de l'homme et de bonne gouvernance comme ce fut le cas de la Charte de Kurukan Fuga dans l’empire Mandingue au XIIIème siècle, bien longtemps avant  la révolution française, et sans « adapter » ou adopter un prêt-à-porter de modèles venus d'ailleurs...

C'est en elle-même que l'Afrique et ses dirigeants, dans une approche « PPP » maîtrisée en adéquation avec les besoins de ses peuples, pourra devenir, dans les vingt ans à venir, une terre de nouveaux conquérants et non une seule terre de conquête. Nous espérons contribuer à cette prise de conscience par cet appel.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Forum-Tribunes Article suivant :
Tunisie : yes, we can !

Forum-Tribunes Article précédent :
Le conflit au Soudan, grand oublié de l'UA

Réagir à cet article

Continental

Terrorisme : Al-Qaïda, Daesh, même jihad

Terrorisme : Al-Qaïda, Daesh, même jihad

Ennemies au Moyen-Orient, les deux grandes mouvances de l'islamisme radical ont tendance à s'imbriquer à mesure que l'on s'éloigne du foyer syro-irakien.[...]

Théâtre : la misère affective du déraciné par Elise Chatauret

Dans Nous ne sommes pas seuls au monde, l'auteure et metteuse en scène Élise Chatauret évoque le déracinement affectif d'un exilé africain.[...]

CAN 2015 : en Guinée Équatoriale, des couacs mais pas le chaos redouté

La catastrophe redoutée a, pour l'instant, été évitée en Guinée Équatoriale, qui n'a eu que 50 jours pour se préparer à l'organisation de la CAN-2015 après la[...]

Ebola : la situation reste "extrêmement préoccupante"

Malgré une nette baisse du nombre de personnes affectées par le virus Ebola, la situation reste "extrêmement préoccupante" en Afrique de l'ouest, a prévenu vendredi l'Organisation[...]

Diaporama : les plus grandes (et belles) églises d'Afrique

Le christianisme est la religion dominante en Afrique avec une part de fidèles estimée à plus de 60% en 2014. Jeune Afrique revisite pour vous la richesse architecturale de lieux de culte chrétiens sur[...]

Escrocs et charlatans

Chaque année, rituellement, je consacre mon premier "PS" aux voyantes, aux soi-disant extralucides, aux horoscopes, à tous ces escrocs et charlatans qui prétendent pouvoir prévoir[...]

Quatre-vingts ans de négritude

Au mois de mai prochain, le mouvement de la négritude aura 80 ans. Le mot est en effet apparu en 1935 sous la plume d'Aimé Césaire dans " L'Étudiant noir", journal mensuel de[...]

CAN 2015 : Bifouma, Aboubakar, Mahrez, Bolasie... meilleurs espoirs masculins

Ils ne sont pas les plus jeunes, certains fréquentent même le niveau international depuis quelques années sans pour autant avoir fait parler d'eux. Et si c'était pour cette fois-ci ?[...]

C.A.N. : Coupe de l'Apathie Nationale...

Si la déprime de nouvelle année engourdit les employés dans des bureaux qui tournent au ralenti, l'événement qui la console ne contribue pas à "booster" l'efficacité[...]

Économie africaine : 2015, l'année de tous les défis

En 2014, les espoirs de prospérité de l’Afrique ont été éprouvés par des crises économiques, sécuritaires et sanitaires. Et si elle trouvait, au coeur même de ces[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers