Extension Factory Builder

Sénégal - Malick Noël Seck : "Je n'ai jamais réclamé la grâce présidentielle"

16/01/2012 à 12:47
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Malick Noël Seck, responsable de Convergence socialiste, a été libéré le 11 janvier. Malick Noël Seck, responsable de Convergence socialiste, a été libéré le 11 janvier. © DR

Libéré le mercredi 11 janvier par la grâce présidentielle d’Abdoulaye Wade, le responsable de Convergence socialiste, Malick Noël Seck revient sur son combat politique et sa détention.

Le 20 octobre 2011 Malick Noël Seck avait été condamné à deux ans de prison ferme au Sénégal, pour « outrage à magistrat et menace de mort », après avoir déposé une lettre au Conseil Constitutionnel dans laquelle il demandait à ses juges de ne pas valider la candidature d'Abdoulaye Wade à l'élection présidentielle du 26 février. Moins d’une semaine après sa libération, le responsable de Convergence socialiste revient sur son combat politique et sa détention.

Jeune Afrique : que signifie pour vous cette grâce présidentielle ?

Malick Noël Seck : la grâce est consubstantielle de l’accusation. Elle ne repose sur rien. Je ne l’ai jamais réclamée et je ne l’aurais jamais acceptée si l’on m’avait laissé le choix. Si je mérite la grâce présidentielle, pourquoi me l’accorder à un mois de ma libération ? Il aurait été plus efficace pour Abdoulaye Wade de me l’accorder après le premier verdict !

Pensez-vous avoir été jugé pour l'exemple ?

Aucune des incriminations ne se justifiaient. L’accusation de « violence et voies de faits » n’était pas crédible puisque notre action était non violente : elle a été menée en pleine journée et filmée par une chaîne de télévision. L’outrage à magistrat est une incrimination qui vise celui qui est coupable d’avoir porté atteinte à un magistrat dans l’exercice de ses fonctions. Là encore, on ne connaîtra jamais l’identité de celui qui a été offensé puisque personne n’a porté plainte.

Comment s'est passée votre détention à Dakar puis à Tambacounda (dans le sud-est du Sénégal) ?

Au camp pénal à Dakar on m'a fait dormir dans le lit de Cledor Séne, l’un des assassins du Juge Sèye, qui lui aussi bénéficia d’une grâce de la part de Wade. On est venu me réveiller un soir dans ma cellule au camp pénal pour me déporter à Tambacounda. J’y arrive à cinq heures du matin avec une orange et une bouteille d’eau pour les prochaines trente-cinq heures. Ma cellule était au pavillon des mineurs, qui est une vraie fausse sceptique à l'odeur épouvantable. Des centaines de cafards et de rats longeaient les murs.

Abdoulaye Wade va laisser derrière lui une culture mafieuse, une culture de l’impunité.

Allez-vous continuer le combat politique ?

Oui, le combat pour la transparence de l’État, pour une amélioration de nos conditions d’existence, pour restaurer la dignité nationale parce qu’il fût un temps ou le Sénégal était un exemple, une vitrine. Ce combat là, je m’engage à le poursuivre en faisant des émules.

S’il faut promettre une compensation financière, louer des camions, offrir des T-shirts et rouler en 4X4 pour que les populations viennent à vos meetings, cela n’en vaut pas la peine. Abdoulaye Wade va laisser derrière lui une culture mafieuse, une culture de l’impunité.

Allez-vous continuer à mettre la pression sur le Conseil constitutionnel, qui doit décider le 26 janvier prochain de la validité des candidatures pour les élections présidentielles ?

L’action envers le Conseil Constitutionnel était destinée à attirer l’attention des citoyens sur la nature même de l’institution. Je suis allé chez Cheikh Tidiane Diakité (le président du Conseil constitutionnel, NDLR) pour lui rappeler ce principe : nul n’est au dessus de nos lois. Or les membres du Conseil constitutionnel ont fait le serment contenu dans l’article 7 de la loi organique régissant la juridiction constitutionnelle de « ne prendre aucune position publique, de ne donner aucune consultation sur les questions relevant de la compétence du Conseil ».

Ils ne pouvaient donc se livrer à un séminaire dont les conclusions devaient, de leur propre aveu, être remises au président de la République lui-même, sans violer leur serment. J’ai fait ce que ma conscience me dictait. Il appartient maintenant aux Sénégalais de réagir par rapport au mal qu’on leur fait.

___

Propos receuillis à Dakar par Aurélie Fontaine


 
 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Sénégal

Sénégal - Procès Wade : en attendant Bibo Bourgi

Sénégal - Procès Wade : en attendant Bibo Bourgi

Au Sénégal, le procès de Karim Wade reste suspendu à l'état de santé d'Ibrahim Aboukhalil, alias Bibo Bourgi.[...]

Hajj : l'Afrique de l'Ouest dans les starting-blocks

Le Mali bénéficie cette année d'un quota de 9 000 pèlerins. À la différence du Sénégal, 90 % d'entre eux sont encadrés par des organismes [...]

Hajj : Ebola n'ébranle pas la foi

Malgré la fièvre qui sévit dans la région, nombreux sont les Ouest-Africains à emprunter la route de La Mecque. Reportage dans la capitale sénégalaise.[...]

Nouvelle ère pour Finagestion

 Rebaptisé Eranove, l'ex-Finagestion, holding de tête des compagnies d'électricité et d'eau en Côte d'Ivoire et au Sénégal ne veut plus être perçu comme un[...]

Ebola : le Sénégal ouvre un corridor humanitaire pour acheminer de l'aide

Le Sénégal a ouvert un corridor humanitaire aérien pour permettre d'acheminer de l'aide dans les trois pays les plus touchés par le virus Ebola, après la fermeture de ses frontières le 21[...]

Ebola : le cap des 3 000 morts dépassé selon l'OMS

L'épidémie de fièvre hémorragique Ebola a franchi le cap des 3 000 morts, le virus ayant tué près de la moitié des quelque 6 500 personnes infectées, selon le dernier bilan[...]

Design : Ousmane Mbaye, l'homme de fer

Son matériau de prédilection ? Le métal, sous toutes ses formes. Le Sénégalais fête ses dix ans de création. L'occasion de revenir sur cette figure de la création[...]

Francophonie : qui pour succéder à Abdou Diouf ?

Jean, Nfumu, Lopes, L'Estrac, Buyoya... Qui sera le prochain secrétaire général de l'organisation ? Entre désaccords africains et hésitations françaises, le suspense reste entier.[...]

Michaëlle Jean : "Ma candidature à la Francophonie est le résultat d'une écoute"

À deux mois du sommet de l'OIF, prévu à Dakar les 29 et 30 novembre, cinq candidats sont en lice. Parmi eux, la Canadienne d'origine haïtienne Michaëlle Jean, qui aspire à devenir[...]

Ebola : le bilan s'alourdit à près de 2 800 morts en Afrique de l'Ouest

Selon un dernier bilan daté du 18 septembre et publié lundi par de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'épidémie d'Ebola a déjà fait 2 793 morts en Afrique de l'Ouest, sur 5[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers