Extension Factory Builder

Amel Boubekeur : "Si les islamistes s'inscrivent dans la révolution, c'est par opportunisme"

02/12/2011 à 09:14
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Amel Boubekeur : 'L’islamisme n’est pas un enfant naturel des révolutions.' Amel Boubekeur : "L’islamisme n’est pas un enfant naturel des révolutions." © D.R.

La Franco-Algérienne Amel Boubekeur est chercheur et spécialiste de l’islam politique. Elle publiera fin décembre, en collaboration avec Olivier Roy, "What have islamist become ?" aux éditions Columbia. Interview.

Jeuneafrique.com : Les islamistes doivent-ils leurs victoires, en Tunisie et au Maroc, aux révolutions arabes ?

Amel Boubekeur : L’islamisme n’est pas un enfant naturel des révolutions. Il ne faut pas oublier qu’ils n’étaient pas dans la rue au moment des soulèvements ! Ce n’est en tout cas pas l’islamisme idéologique qui a gagné. On peut dire par contre que les régimes ont aujourd’hui intérêt à organiser une transition en jouant, notamment, sur la carte de la justice sociale, que brandissent en priorité les islamistes. De leur côté, les islamistes ont intérêt à accéder au pouvoir sans bouleverser pour autant les institutions. Et enfin, les votants avaient intérêt à voter pour une idéologie qui sorte du lot et qui soit claire. Ces victoires sont le produit d’un contexte particulier, mais si les islamistes s’inscrivent dans la révolution, c’est avant tout par opportunisme.

Au Maroc, qui a voté pour le Parti de la Justice et du développement (PJD) ?

Le vote a été finalement assez disparate. Il y a des gens qui étaient convaincus de longue date. D’autres qui ont voté contre le G8 et on peut parler dans ce sens d’un vote antisystème. Finalement le PJD avait l’offre la plus lisible, la communication la plus simple et il a fait les promesses les plus consensuelles, capables de contenter une large frange de la société. En se désidéologisant, ils ont pu mobiliser une clientèle très large. Les gens veulent de bons gestionnaires et sur le plan local, le PJD a fait ses preuves.

Le PJD reste-t-il un parti islamiste ?

Avec l’exercice du pouvoir, les islamistes vont devoir faire des alliances et ils ne pourront donc pas faire ce qu’ils veulent. Ce qu’ils veulent ce n’est pas avoir LE pouvoir, mais avoir du pouvoir. Eux veulent gérer les questions quotidiennes et les tensions sociales. Leur virginité vis-à-vis du pouvoir va en prendre un coup. Ils vont devoir pratiquer un islamisme mou, une sorte de populisme à moindre coût. De toute façon, leur capacité de changement, dans ce système verrouillée, est limitée.

Le PJD a-t-il aujourd’hui les moyens de rétribuer ses votants et ses militants ?

C’est un point essentiel. On en parle beaucoup moins que pour les autres partis, mais au sein du PJD aussi il y a une grosse bataille générationnelle. Il va falloir contenter à la fois les anciens, les fondateurs et les plus jeunes.

________

Propos recueillis par Leïla Slimani

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Maroc

Maroc : trois Français condamnés pour terrorisme et expulsés du territoire

Maroc : trois Français condamnés pour terrorisme et expulsés du territoire

Le tribunal de Salé, près de Rabat, a condamné jeudi trois ressortissants français à quatre mois de prison ferme pour des affaires de terrorisme. Leurs peines ayant été purgé[...]

BMCE Bank annonce des résultats records et change de nom

Grâce à la bonne tenue de ces activités au Maroc et à l'explosion des bénéfices de son bras armé africain BOA, le groupe marocain affiche des résultats inédits en 2014.[...]

Maroc : misogyne, Benkirane ?

Animé par une vision extrêmement conservatrice de la place des femmes, le chef du gouvernement multiplie les saillies douteuses contre ses opposantes. Qui le lui rendent bien.[...]

France : 800 cheminots marocains accusent la SNCF de "discrimination"

En France, 832 cheminots marocains réclament des dommages et intérêts à la SNCF devant le conseil de prud'hommes de Paris. Ils accusent l’entreprise ferroviaire de ne pas leur avoir octroyé[...]

Maroc : démantèlement d'une cellule terroriste liée à l'État islamique

Les autorités marocaines ont annoncé dimanche avoir démantelé une cellule terroriste qui planifiait des attaques contre des personnalités politiques, civiles et militaires.[...]

Le Maroc sur le qui-vive suite à l'attentat du Bardo à Tunis

Dans la foulée des évènements du 18 mars à Tunis, le Maroc, déjà menacé à plusieurs reprises par l’Etat Islamique (EI), a pris la décision de renforcer sa[...]

Ahmed Aboutaleb, un Marocain en plat pays

En 1976, il ne parlait pas un mot de néerlandais. Quarante ans plus tard, il est maire de Rotterdam et si populaire qu'on lui prédit un avenir de Premier ministre. Pas mal comme intégration, non ?[...]

Comment distinguer un Marocain d'un Allemand ?

Voici une histoire à la fois cocasse et instructive. Il s'agit de la question du regroupement familial, qui est une des sources de l'immigration en Europe. Pour les partis politiques qui veulent limiter [...]

Maroc : Bassima Hakkaoui, l'antiféministe devenue ministre

Seule femme du gouvernement, elle se bat bec et ongles contre les tenants d'une émancipation totale.[...]

Maroc : Mustapha El Khalfi, au nom du père

Ministre de la Communication depuis 2012, Mustapha El Khalfi, cet islamiste "moderne" au tropisme anglo-saxon, doit presque tout à son mentor Abdelilah Benkirane. Et le lui rend bien[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers