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Les dirigeants africains doivent faire plus pour le planning familial

24/11/2011 à 08:17
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Rose a quatre enfants et attend un cinquième enfant. Alors qu’elle devrait être heureuse d’attendre la venue de son bébé, elle s’inquiète au contraire et se demande déjà comment empêcher sa prochaine grossesse. Elle aimerait attendre au moins deux ans, mais rien n’est moins sûr car elle n’a pas accès au planning familial.

L’histoire de Rose n’est pas unique, elle est semblable à celle de 215 millions de femmes à travers le monde qui savent qu’elles ont besoin d’une méthode contraceptive moderne mais qui n’y ont pas accès. Et celles qui ne le savent pas sont encore plus nombreuses. En Afrique, 25 pour cent seulement des femmes mariées ont régulièrement recours à la contraception. Chacune aura, en moyenne, près de cinq enfants au cours de sa vie et court une chance sur 36 de succomber pendant la grossesse ou l’accouchement.

215 millions de femmes dans le monde savent qu'elles ont besoin d'une méthode contraceptive moderne mais n'y ont pas accès.

C’est un droit humain fondamental pour tout couple ou tout individu de contrôler sa propre fécondité et de décider du nombre d’enfants qu’il souhaite et de leur espacement. Bien qu’elles soient les premières concernées, les femmes se voient souvent refuser ce droit, pour diverses raisons culturelles, légales ou religieuses. Un tel déni, qu’il soit officiel ou officieux, constitue une injustice à leur égard et est la cause de souffrances et de décès inutiles. Elles espèrent en silence pouvoir bénéficier du planning familial, dont l’accès leur est fermé dans de nombreuses régions d’Afrique. Globalement, 30 à 36 % de femmes en union auraient voulu utiliser une méthode contraceptive, sans pouvoir satisfaire ce besoin.

Lorsque les services et établissements de santé sont rares, voire de mauvaise qualité, ces grossesses non maîtrisées ont trop souvent pour conséquences des blessures, voire des décès maternels, et des bébés ou des enfants en mauvaise santé. En Afrique, le recours au planning familial constitue donc l’une des principales stratégies pour réduire la mortalité maternelle, ainsi que celle des bébés et des enfants, qui restent toutes scandaleusement élevées.

Le planning familial n’est pas que pour les femmes, cependant. Les droits, la santé et le développement socio-économique des hommes et des adolescents étant aussi en jeu, il concerne des communautés et des nations entières. Il n’est pas non plus sans lien avec la consommation et le développement durables des ressources de notre planète pour l’humanité dans son ensemble.

Aider des individus à planifier leur famille est une façon de réduire la pauvreté, car cela permet d’augmenter la productivité et plus largement, le développement économique. Au plan mondial, les décès et blessures maternelles se soldent par une perte de productivité de 15 milliards de dollars par an, chiffre qui pourrait changer de façon spectaculaire rien qu’en empêchant les grossesses non voulues. Par contraste, des études récentes ont montré que la rentabilité des investissements consacrés aux services de contraception peut être jusqu’à quatre fois supérieure, suite à la réduction des coûts médicaux, ce qui en fait l’une des approches ayant le meilleur rapport qualité-prix dans le domaine du développement.

Que nous en soyons conscients ou non, nous avons tous un rôle à jouer. Le mois dernier, la population mondiale a dépassé les sept milliards d’habitants – un chiffre historique, qui traduit de grandes victoires mais donne aussi de graves responsabilités. Nous devons nous efforcer de protéger la santé, le bien-être et les droits des habitants de notre planète, tout en veillant à ce que chaque individu puisse planifier sa famille et maintenir l’équilibre entre la taille de la population et les ressources dont elle dispose.

Les dirigeants et activistes africains le savent. Du 29 novembre au 2 décembre, c’est-à-dire dans quelques jours à peine, des dignitaires de tout le continent, dont les premières Dames du Sénégal, du Burkina Faso, de Côte d’Ivoire et du Mozambique participeront, avec près de 2000 décideurs, chercheurs et donateurs du monde entier, à la Conférence internationale sur le planning familial qui se tiendra à Dakar, au Sénégal.

Ce sera la plus grande conférence en son genre et son objectif est de marquer une réelle renaissance tant au niveau du financement que de la volonté politique dans ce domaine. Ce n’est pas un hasard si cette manifestation se déroule en Afrique de l’Ouest, où les femmes ont la fécondité la plus élevée, les taux de contraception les plus bas et le taux de besoin non satisfait le plus élevé au monde.

Aujourd’hui plus que jamais, les dirigeants africains doivent saisir cette occasion historique de prouver leur leadership en la matière et mettre la barre très haute pour les donateurs, les décideurs et les activistes du monde entier. Face à une telle situation en matière de planning familial, en Afrique, les dirigeants politiques, religieux et traditionnels, à tous les niveaux, ne peuvent et ne doivent rester les bras croisés.

Nous qui défendons cette cause, nous devons profiter de l’occasion et appeler nos dirigeants à se faire les champions du planning familial volontaire. Nous devons exiger des pays donateurs qu’ils honorent leurs engagements. Les solutions existent et nous pouvons faire davantage pour qu’elles soient appliquées. Nous devons aussi faire preuve d’innovation et élaborer de nouvelles approches pour répondre aux besoins contraceptifs. Il faut intégrer le planning familial dans le réseau plus large des systèmes de santé, notamment maternelle et infantile, et de traitement du VIH/sida, afin de renforcer les systèmes sanitaires, améliorer leur efficacité et leur accès et réduire les coûts.

Non seulement les bénéfices seront immédiats si l’on investit dans le planning familial, mais on aidera la nouvelle génération, la plus nombreuse de l’histoire, à se forger un avenir meilleur. Que les choses soient claires : ce n’est pas une question qui concerne les femmes mais l’humanité tout entière. L’accès à la planification familiale volontaire demeure un droit humain fondamental et un problème de santé publique et de développement. Il est temps d’agir.

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Le Dr Frederick T. Sai est consultant international en santé génésique. Il a été conseillé pour les questions de population à la Banque mondiale.
 

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