Extension Factory Builder

Lilia Labidi : "Les femmes tunisiennes ne doivent pas rater le coche"

19/10/2011 à 18h:09
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Pour la Constituante, le 23 octobre, les femmes sont 292 têtes de listes pour 1428 listes. Pour la Constituante, le 23 octobre, les femmes sont 292 têtes de listes pour 1428 listes. © AFP

Psychologue et anthropologue, militante féministe connue pour ses travaux sur la femme arabe, Lilia Labidi, est l’une des cent femmes les plus influentes du monde arabe, selon la revue Arabian Business. Ministre des Affaires de la Femme depuis le 17 janvier 2011, elle concentre son action sur la participation de la femme dans la prise de décision et sur la valorisation de la femme rurale en Tunisie.

Jeuneafrique.com : En septembre dernier, lors des travaux en marge de la 66e session de l’Assemblée Générale des Nations Unies, vous avez écourté votre séjour en arguant que le coût d’une journée à New York permettrait à des femmes rurales de démarrer un microprojet.

Lilia Labidi : L’attention du monde doit se traduire par plus d’engagement concret. Les succès d’estime ne suffisent pas. Il fallait faire passer un message lors de ces travaux aux Nations Unies ;  celui de la nécessité de soutenir la femme tunisienne, notamment rurale, et d’étendre ce soutien à la femme arabe, à travers des projets concrets et des budgets conséquents.

Depuis le 14 janvier, la question de la femme est récurrente dans le débat politique. Y a-t-il un progrès ?

Depuis Bourguiba, tous les changements sociaux concernant les femmes ont été voulus par des hommes. Durant les 20 dernières années, les femmes ont été marginalisées au niveau politique, et certaines, comme les femmes démocrates, ont été réprimées. Aujourd’hui, on parle beaucoup de la femme sans pour autant qu’il y ait de vrai discours sur la condition féminine. Les partis politiques tentent de parler du problème sans esquisser pour autant de réels projets, et bien peu présentent des femmes en tête de listes électorales [pour l’élection de la Constituante, le 23 octobre, elles sont 292 pour 1428 listes, NDLR].

Vous vous préoccupez beaucoup des femmes rurales, pourquoi ?

S’il n’y avait pas de femmes pour travailler la terre, on ne mangerait pas en Tunisie.

Le monde rural n’est pas en opposition aves le monde de la ville mais il faut rééquilibrer le rapport entre les deux. S’il n’y avait pas de femmes pour travailler la terre, on ne mangerait pas en Tunisie. Le développement doit absolument tenir compte de cela et intégrer le travail de la femme.

La révolution tunisienne a révélé que la condition de la femme est en recul. Quelles sont ses perspectives ?

Avec, probablement, un très faible taux de présence dans la Constituante, les femmes devront se faire entendre autrement, en créant notamment des lobbies pour peser sur les mentalités, l’opinion publique et l’Assemblée. Il ne faut pas répéter les erreurs d’un « féminisme au masculin » émanant de l’État. Les femmes sont concernées en tant que femmes mais aussi en tant que citoyennes, et elles ne doivent surtout pas rater le coche de la révolution.

__________

Propos recueillis à Tunis par Frida Dahmani

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Tunisie

Tunisie : bras-de-fer islamo-islamiste

Tunisie : bras-de-fer islamo-islamiste

Le débat politique tunisien est-il devenu une querelle entre islamistes ? Le torchon brûle entre Ennahdha et Ansar al-Sharia.[...]

Tunisie : 200 salafistes arrêtés après les violences de dimanche

Le Premier ministre tunisien, Ali Larayedh, a annoncé lundi 20 mai l'arrestation d'environ 200 islamistes radicaux d'Ansar al-Charia lors de heurts avec la police ayant suivi l'interdiction du congrès du mouvement[...]

Tunisie : Ali Larayedh dénonce les "terroristes" d'Ansar al-Charia

Le Premier ministre tunisien, Ali Larayedh, a qualifié de "terroriste" le groupe salafiste jihadiste Ansar al-Charia, jugé responsable de violents heurts dimanche 19 mai à Tunis, après[...]

Cybercriminalité : l'Afrique face à une menace grandissante

L’Égypte, l’Afrique du Sud, le Maroc, la Tunisie ou encore l'Algérie figurent parmi les pays africains les plus vulnérables à la cybercriminalité. Les principales victimes en sont[...]

Tunisie : un mort et des blessés lors de heurts entre salafistes et policiers à Tunis

Un manifestant a été tué à Tunis et une quinzaine de policiers et militants salafistes blessés lors des heurts entre forces de sécurité et partisans du mouvement jihadiste Ansar[...]

Tunisie : Ansar al-Charia demande à ses militants de ne pas se rassembler à Kairouan

Le mouvement salafiste jihadiste Ansar al-Charia a demandé à ses partisans de renoncer à venir à Kairouan où cette organisation a prévu de tenir dimanche son congrès annuel[...]

Tunisie : le porte-parole d'Ansar al-Charia interpellé

Les forces de sécurité tunisiennes déployées par centaines à Kairouan pour empêcher la tenue du congrès d'un mouvement salafiste, Ansaral-Charia, ont interpellé dimanche[...]

Tunisie : le pays sur le qui-vive avant un congrès salafiste

Les forces tunisiennes étaient sur le qui-vive samedi de craintes de confrontation avec des militants salafistes jihadistes qui ont maintenu leur congrès à Kairouan dimanche malgré l'interdiction[...]

Tunisie : le gouvernement interdit le rassemblement salafiste de dimanche à Kairouan

Le ministère tunisien de l'Intérieur a finalement pris la décision, vendredi 17 mai, d'interdire le grand rassemblement salafiste prévu dimanche à Kairouan. Explication : celui-ci[...]

Algérie - Tunisie : Sakhr el-Materi et l'affaire du masque de Gorgone

Les tensions entre la Tunisie et l’Algérie ne sont pas seulement dues à la présence de djihadistes à leurs frontières. Le "masque de Gorgone", que la Tunisie doit restituer[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers