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Cardinal Christian Tumi : "Le Cameroun n'est pas un royaume !"

14/10/2011 à 18:30
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Le cardinal Christian Tumi, chez lui, à Douala, pendant l'entretien avec jeuneafrique.com. Le cardinal Christian Tumi, chez lui, à Douala, pendant l'entretien avec jeuneafrique.com. © Matthieu Cotinat

... et "Paul Biya n'est pas un empereur !" C'est en ces termes que s'exprime le cardinal Christian Tumi, qui a fêté ses 81 ans le samedi 15 octobre. Dans l'interview exclusive accordée à jeuneafrique.com, il donne son point de vue sur le déroulement de l’élection présidentielle du 9 octobre dernier. Et prône l’alternance pacifique au Cameroun grâce à la mise en place d’une nouvelle loi électorale.

Jeuneafrique.com : êtes-vous allé voter, le 9 octobre ?

Bien sûr, mais je ne vous dirai pas pour qui. Ça relève du secret électoral !

Pourquoi avoir refusé d’intégrer Elecam ?

Il faut d’abord préciser que je n’ai jamais été approché, même si j’ai déjà dit dans une interview que je ne voudrais pas l’intégrer. Ceci dit, en ce qui concerne Elecam, le nom n’a pas de sens ! « Elections Cameroon », ça ne veut absolument rien dire. On devrait plutôt parler d’une « commission électorale indépendante ». En plus de ça, on ne sait pas vraiment qui est dedans et qui fait quoi ! Il faut prêter serment et promettre qu’on va fermer sa bouche alors que moi, quand ça ne ça va pas, je critique.

Qu’avez-vous pensé du déroulement de la campagne électorale et de l’élection ?

L’opposition n’a pas les moyens de se faire connaître auprès des Camerounais. C’est une injustice politique grave.

L’opposition n’a pas eu les moyens de financer sa campagne. À mon humble opinion, il y a une injustice quelque part, car tous les fonctionnaires sont mobilisés pour le parti au pouvoir. Préfets et gouverneurs font campagne pour le RDPC alors que l’opposition n’a pas les moyens de se faire connaître auprès des Camerounais. C’est une injustice politique grave.

Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Jupé, a jugé que le déroulement de la présidentielle était « acceptable » ? Que pensez-vous de ce soutien implicite à Paul Biya ?

Eh bien, cela signifie que la France ne sait pas ce qui se passe au fin fond du Cameroun. L’Église a formé une cinquantaine d’observateurs indépendants et d’après les premiers échos que j’ai eus, les opérations électorales se sont déroulées dans la paix, même s’il y a eu une très forte abstention. Tant que le sang n’est pas versé, tout va bien !

Une personne a quand même été tuée dans un bureau de vote à Bandjoun…

C’est vrai mais c’est un cas isolé, ce n’est pas un soulèvement populaire.

Vous seriez opposé à un soulèvement populaire ?

La violence ne résout rien ! Quand une guerre civile éclate, ce sont souvent les innocents qui meurent avec des enfants sur le dos. Nous préférons continuer comme ça, car ça va changer un jour, cette situation n’est pas permanente.

Pourtant, Paul Biya ne semble pas prêt à quitter le pouvoir...

Il a bien dit que si quelqu’un d’autre que lui gagnait, il se retirerait. Le RPDC est certes très bien implanté partout dans le pays, mais comme j’ai dit à un ancien Premier ministre : « Au sein du parti, vous ne savez pas qui est pour vous ou contre vous ». Dans la fonction publique, les gens vous soutiennent pour garder leur place ! C’est la même chose dans les affaires. Quand on est militant du RDPC, on a l’impression qu’on peut faire ce qu’on veut…

Les gens qui sont au RDPC ne peuvent pas critiquer le président car tout le monde a peur.

Les citoyens camerounais n’ont donc d’autre choix que le RPDC ?

Non, ils ont le choix et d’ailleurs, depuis que Paul Biya est au pouvoir, il y a plus de liberté d’expression que sous la présidence d’Ahmadou Ahidjo mais c’est vrai que les gens qui sont dans le parti ne peuvent pas critiquer le président car tout le monde a peur. Regardez la primaire socialiste en France, c’est vraiment démocratique !

Comment l’alternance politique et pacifique est-elle alors possible ?

La conférence épiscopale continue de lutter pour avoir une nouvelle loi électorale. On en avait proposé une mais le ministre de l’Administration territoriale nous a dit qu’on se mêlait de ce qui ne nous regardait pas ! On a donc retiré cette proposition… Il y a encore beaucoup trop de partis politiques au Cameroun. On en compte plus de 200, c’est ridicule ! Pourtant, à l’occasion de la présidentielle du 9 octobre, on a vu quatre partis émerger à côté du RPDC. C’est largement suffisant !

Le politologue M. Owona Nguini estime qu’il n’y aura pas d’alternance pacifique au Cameroun…

Pourquoi il a dit ça ? Car en 1992 l’opposition avait gagné mais elle n’a pas gouverné, on a changé les chiffres et c’est à partir de ce moment là que les Camerounais se sont désintéressés de la vie politique. Les gens se sont dit : « Le changement ne peut pas intervenir démocratiquement dans ce pays ! » Je l’ai déjà dit, si un jour il y a des troubles ou des violences, ce sera à cause d’une élection mal organisée.

Justement, il y a eu de nombreuses irrégularités cette année…

S’il y a alternance, ce ne sera pas contre Paul Biya mais simplement parce que ça fait longtemps qu’il est au pouvoir.

Certains défendent Elecam en évoquant sa jeunesse mais il fallait lui laisser un peu de temps pour organiser l’élection. Tout le monde n’avait pas sa carte d’électeur ! La distribution des cartes a été très très mal organisée. Regardez au Nigeria, avec des machines modernes, les élections ont été bien organisées. Pourquoi ne pas faire la même chose au Cameroun ? S’il y a alternance, ce ne sera pas contre Paul Biya mais simplement parce que ça fait longtemps qu’il est au pouvoir.

Avez-vous pu parler avec Paul Biya récemment ?

Ca fait longtemps… C’était en 1996 je crois, lors de la révision de la Constitution de 1972. Depuis, je lui ai écrit pour lui dire ce que je pensais du pays et qu’à un certain âge, il fallait laisser le pouvoir. Lors de la béatification de Jean-Paul II, il m’a juste dit qu’il avait reçu cette lettre.

Alors, qui après Paul Biya ?

Je ne vois pas qui… Ce que souhaite la conférence épiscopale, c’est une bonne loi électorale pour que n’importe quel Camerounais puisse proposer sa philosophie de vie. Kah Walla, qui était au sein du SDF vient d’émerger en très peu de temps, elle a gagné le cœur des Camerounais ! Il existe des leaders dans ce pays mais il faut qu’ils prouvent leur valeur et qu’ils puissent s’exprimer sans avoir peur. Même au sein du RDPC, il y a des personnalités qui ont des compétences politiques mais ils ont peur de perdre leur travail en s’exprimant.

Selon vous, un scénario à la gabonaise est-il envisageable avec Franck Biya ?

Non, non, le Cameroun n’est pas un royaume ! Paul Biya n’est pas empereur ! Et la jeunesse n’aimerait pas ça…

Vous fêtez vos 81 ans le 15 octobre. Vous gardez toujours la même fraîcheur et la même envie de dire les choses ?

Tant que j’ai la santé et que je crois quelque chose, je le dis ! Certains auraient voulu que je me présente à la présidentielle mais la politique, ce n’est pas mon domaine et puis, je fais partie des anciens (rires) !

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