Extension Factory Builder

Listes indépendantes : un risque pour les prochaines élections en Tunisie ?

11/10/2011 à 15h:34
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Des Tunisiens craignent que de nombreuses listes indépendantes soient le fait d'islamistes. Des Tunisiens craignent que de nombreuses listes indépendantes soient le fait d'islamistes. © AFP

Le juriste Leïth Ben Becher décrypte les risques qu'encourt la toute jeune démocratie tunisienne à l'occasion de l'élection de l'Assemblée constituante.

Qu’attendent les Tunisiens des élections du 23 octobre ? Une Assemblée représentative, élue dans des conditions ne laissant aucune place à la contestation de la crédibilité du scrutin, gage de toute légitimité. Or, outre Ettajdid, le Parti démocrate progressiste (PDP) et le Forum démocratique pour le travail et les libertés (FDTL) – les trois partis légaux qui ont résisté sous Ben Ali –, plus de cent partis ont été légalisés depuis le 14 janvier, allant de l’islamisme, dans sa complexité, au marxisme léninisme et même au Baas ( !). L’échiquier politique est donc en saturation. N’y avait-il pas assez de structures pour représenter l’essentiel des tendances politiques et des courants idéologiques qui peuvent exister en Tunisie ?

Pourtant, la Haute Instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, la transition démocratique et la réforme politique a cédé à la tentation et ouvert les élections, pour une plus grande représentativité dit-on, aux candidats indépendants. Soit ! Mais faute d‘avoir mis des conditions (parrainage, caution..) permettant de limiter les candidatures fantaisistes, plus de 1 300 listes, dont près de la moitié sont réputées indépendantes, sont en lice. Beaucoup ont attiré l’attention sur les difficultés, voire les dangers de cette démultiplication sous couvert de libéralisme politique. Mais rien n’a été fait pour en limiter les effets.

Et une semaine après le début de la campagne électorale, d’autres risques apparaissent. Le premier est d’ordre financier et il est avéré ; car les deniers publics – et par conséquent le contribuable – devront, comme le prévoit la loi, financer toutes les listes, même celles qui n’ont aucune chance d’atteindre un score minimal. Or il n’est qu’à constater ici et là les espaces vides sur les panneaux d’affichage spécialement établis à cet effet ou à entendre les propositions farfelues et les promesses surréalistes de certains de leurs représentants dans les spots électoraux pour se rendre à l’évidence : nombre de listes n’existent que formellement ! Toutes ces listes recevront pourtant l’intégralité de la subvention publique prévue à cet effet et ne seront tenues qu’à rembourser la moitié des sommes reçues au cas où elles n’atteindraient pas le seuil des 3 % des voix. Sauf que la loi ne prévoit aucune sanction pour les contrevenants. Un beau gaspillage en perspective, surtout que tout le monde se présente en gardien des deniers publics. Car les sommes ainsi engagées se comptent en millions de dinars !

Le second risque est éminemment politique et il comporte deux aspects. Si l’électeur normalement informé a pu se faire depuis quelques mois, sinon quelques semaines, une idée des programmes et des projets politiques des différents partis en compétition, il n’en va pas de même des listes indépendantes constituées le plus souvent ex nihilo avec des appellations improvisées frisant parfois le comique et qui ne serviront qu’à brouiller les esprits et à disperser les voix.

Ensuite, à l’exception de très rares listes indépendantes comme Dostourouna qui défendent un projet politique relativement cohérent et original et qui, d’ailleurs, devrait à terme se transformer en parti, les autres listes s’inscrivent ou bien dans une logique d’intérêts locaux, alors qu’aujourd’hui l’enjeu est essentiellement national, ou, pis, sont dans le sillage de tendances politiques déjà représentées et notamment du mouvement islamiste, dont ils ne sont pour ainsi dire que des supplétifs. Leur rôle étant dans ce cas de tromper « l’ennemi » et surtout de tirer avantage du système électoral basé sur une proportionnelle au plus fort reste.

Espérons que les Tunisiens, qui ont tant rêvé d'une Assemblée pluraliste permettant l’établissement d’une Constitution fidèle à la richesse de notre histoire mais s’inscrivant dans les principes de liberté, de modernité et de progrès, sauront déjouer ces risques et bien d’autres pour éviter de se réveiller le matin du 24 octobre avec une Assemblée dominée par une majorité réactionnaire… plurielle.

 

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Forum-Tribunes Article suivant :
Il n'est jamais trop tard pour apprendre

Forum-Tribunes Article précédent :
À nouvelle Tunisie, nouveau modèle économique

Réagir à cet article

Tunisie

Tunisie : Safia Hachicha, révélée par la révolution

Tunisie : Safia Hachicha, révélée par la révolution

Cette ancienne conseillère de Jalloul Ayed, aujourd'hui directrice de Swicorp, s'apprête à lever 50 millions d'euros pour créer un fonds d'investissement dévolu au tourisme.[...]

Tunisie : Alain Chouet, un conseiller français à Tunis

En visite à Tunis le 14 mai, Laurent Fabius, le chef de la diplomatie française, a annoncé une « intensification des échanges d'informations sécuritaires avec plusieurs pays de la[...]

Tunisie : malgré les tensions, les introductions en bourse se multiplient

Après une année 2012 atone et malgré un contexte politico-économique difficile, les introductions se multiplient à la BVMT. Principale cause de cette ruée : l'assèchement[...]

Tunisie : la Femen Amina risque deux ans de prison ferme

La Femen tunisienne Amina sera jugée le 30 mai à Kairouan. Elle avait été arrêtée, en possession de spray d’autodéfense, dimanche 19 mai, après avoir peint[...]

Festival de Cannes : un Africain va-t-il enfin gagner la palme ?

Cette année, deux films réalisés par des cinéastes d'origine africaine sont en lice pour la palme : "Grigris" du Tchadien Mahamat-Saleh Haroun et "La vie d’Adèle" du[...]

Droits de l'homme : portrait d'une Afrique très contrastée

Du Mali à l’Afrique du Sud, en passant par la Côte d’Ivoire et la RDC, les droits de l’homme ont souffert sur le continent africain en 2012. Mais au-delà de dégradations liées[...]

Fadhel Jaïbi : "Dans les mosquées tunisiennes, on cache les armes de l'oppression de demain"

Radical, le dramaturge tunisien évoque sans langue de bois son nouveau spectacle, "Tsunami", un flot tourmenté en prise directe avec la Tunisie postrévolutionnaire.[...]

Henry Laurens : "Le Printemps arabe est une révolution de la normalité"

Dans toute le monde arabo-berbère, les conséquences des bouleversements politiques survenus en 2011 ne laissent pas d'inquiéter. Analyse en profondeur d'un grand spécialiste du sujet.[...]

Le coronavirus tue pour la première fois en Tunisie

Le coronavirus fait un nouveau mort et pour la première fois en Afrique du Nord, en Tunisie. À ce jour, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a recensé 20 cas d’infection mortels dont[...]

Tunisie : Amira Yahyaoui, une forte tête à l'ANC

La blogueuse Amira Yahyaoui a fondé l'ONG Al Bawsala, un observatoire de la transparence et de la bonne gouvernance qui rend compte, sur le site marsad.tn, de l'activité de l'ANC.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers