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Tunisie : que reproche-t-on à Ridha Grira ?

04/10/2011 à 15:05
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Le 20 septembre 2011 autour de 17h30, un mandat de dépôt a été émis à l’encontre de Ridha Grira, ancien ministre de la Défense. Cette information reprise par l’ensemble des médias nationaux tunisiens n’est pas si anodine que cela. Nous savons tous le rôle central qu’a joué Ridha Grira lors de la révolution du 14 janvier. Quelle est alors la raison de cette arrestation ?

Commençons d’abord par la motivation juridique de ce mandat de dépôt. Les informations publiées mentionnent qu’il a cédé, lorsqu’il a été ministre des Domaines de l’État et des Affaires foncières, un terrain au neveu de Ben Ali à un prix inférieur à celui du marché. Cette histoire est vraie, mais en étudiant les fait de près, il faut rappeler que :

  • la procédure administrative a été suivie à la lettre avec notamment différentes commissions qui ont donné leur aval, motivé par une expertise foncière avant la signature du ministre ;
  • cette cession a été effectuée à la suite d’un accord écrit reçu de la part du président de la République. Or, autant d’après le code de la comptabilité publique que d’après une large jurisprudence, le supérieur hiérarchique prend l’entière responsabilité dans le cas où un subordonné enfreint les procédures en accord avec son supérieur hiérarchique ;
  • pour protéger, dans la mesure du possible, les intérêts de l’administration et de l’État, Ridha Grira a imposé deux conditions au neveu de Ben Ali : 1/ ériger un projet touristique sur le terrain dans un délai maximum de 3 ans. 2/ ne pas céder le terrain avant un délai minimum de 5 ans. Evidemment, l’acheteur n’a pas respecté ces clauses et a vendu le terrain au bout de deux ans après avoir échoué à réaliser un projet viable.

 
Alors que reproche-t-on à Grira ? De ne pas avoir porté plainte contre le neveu de Ben Ali ? Peut-on arrêter quelqu’un avant même qu’il soit jugé par un tribunal alors qu’il y a dans le dossier beaucoup d’éléments qui jouent en sa faveur et qui montrent clairement sa bonne foi ?

Le sentiment d’injustice est aujourd'hui encore plus fort lorsqu’on sait pertinemment que plusieurs personnes corrompues, qui se sont remplies les poches, courent encore dans les rues au vu et au su de tout le monde.

Pour s’en convaincre, il suffit de se pencher sur les affaires foncières - beaucoup plus graves que cette histoire – concernant les ventes de terrain à Mahdi Mlika et Leila Trabelsi, et dans lesquelles personne, autant les bénéficiaires que les hauts fonctionnaires impliqués, n’a jamais été inquiété.

Il y a clairement d’autres motivations derrière cette arrestation d’autant plus que Ridha Grira est connu sur la place pour sa grande intégrité et son engagement depuis son jeune âge dans l’administration tunisienne. Alors quelles sont ces motivations ?

D’abord, Ridha Grira a été hyper médiatisé depuis le 14 janvier pour son rôle joué lors de la révolution. Et pour cause, l’institution militaire qu’il a dirigée jouit d’une excellente image et a joué un rôle très positif dans les événements qui ont conduit au départ de Ben Ali. Grira était le seul à s’opposer au retour au pouvoir de Ben Ali et à ordonner le retour de l’avion présidentiel.

Il a aussi fait arrêter Ali Seriati - excellent moyen pour couper l’herbe sous les pieds de Ben Ali -, connu pour être le bras droit du système sécuritaire du président. C’est sans aucun doute ce qu’il paie aujourd’hui, car Seriati est encore, malheureusement, très influent dans le milieu de la justice et dans les médias. Une influence que son entourage utilise depuis plusieurs semaines pour orchestrer un tapage médiatique visant à se blanchir et à faire accuser Grira d’avoir voulu prendre le pouvoir.

Ridha Grira a été convoqué à plusieurs reprises au cours des dernières semaines par le juge d’instruction. Des convocations qui ont été hyper médiatisées. Qui est derrière cela ? Qui a mis toute cette pression sur la justice ?

Si cette dernière est aujourd’hui complètement indépendante, elle subit néanmoins, en raison du contexte post-Ben Ali, des pressions sociales et médiatiques. Mais la présomption d’innocence doit nous imposer la prudence jusqu’à la tenue éventuelle d'un procès. En espérant que la justice y sera totalement impartiale dans sa décision finale.

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