Ghana : Akua Donkor, la "troisième femme" de la présidentielle

07/07/2011 à 17h:19 André Silver Konan, envoyé spécial
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Akua Donkor, une entrepreneuse fortunée mais analphabète. Akua Donkor, une entrepreneuse fortunée mais analphabète. © D.R.

Une agricultrice de 60 ans ayant fait fortune dans le cacao, Akua Donkor est la "troisième femme" à vouloir concourir à l'élection présidentielle de 2012 au Ghana. Avec néanmoins peu de chances de l'emporter sur ses deux rivales...

Les femmes veulent le pouvoir au Ghana. Avec l’ex-première dame Nana Konadu Agyeman-Rawlings et la fille du "père fondateur", Samiah Nkrumah, une autre femme, Akua Donkor, a l'intention de briguer la magistrature suprême en décembre 2012, en tant que candidate indépendante.

Akua Donkor ne parle pas anglais, la langue officielle du pays, ne sait pas écrire son nom dans aucune des langues du pays, mais elle a la ferme volonté de diriger le Ghana, « par la grâce de Dieu ». Et il est vrai qu’il lui faudra un coup de pouce du destin, car elle se présente contre les deux principaux partis politiques du pays, le Congrès national démocratique (NDC, du président sortant John Atta Mills) et le Nouveau parti patriotique (NPP de l’opposant Nana Akufo-Addo).

"Choisie par Dieu"

« Bien que n’appartenant à aucun parti politique connu dans le pays, je suis remplie d'espoir. Je serai David dans la politique de cette nation en 2012 parce que j'ai été choisie par Dieu pour sauver le pays des mains des deux partis, NDC et le NPP », a déclaré en ashanti, sa langue maternelle, cette agricultrice de 60 ans, lors de sa déclaration de candidature à Kumasi, capitale du pays ashanti.

Originaire d’Affigya Kwabre, elle s’en prend ouvertement aux deux principaux partis qui dirigent à tour de rôle le pays depuis plus de deux décennies, avec un succès relatif. Son message, qui vise essentiellement le réservoir électoral ashanti du NPP, est sans ambages : « Vous avez placé votre confiance en des gens qui prétendent être allés à l’école dans de grandes universités européennes et qui savent s’exprimer en anglais, mais ceux-ci, vous le constatez avec moi, ont échoué lamentablement. Maintenant essayez l’analphabète que je suis et je ne vais pas vous décevoir ».

Programme ambitieux

Akua Donkor a un programme qui ne manque pas de surprendre, mélange d’ultralibéralisme et de relance des investissements publics. Elle promet de lever les taxes sur les importations si elle est élue afin de « permettre aux gens d'importer davantage de biens ». Elle veut instaurer une zone franche au port de Téma, dans la banlieue d’Accra « pour attirer davantage d’entreprises ». Quant aux recettes provenant de l’exploitation des ressources naturelles du pays telles que l'or, le bois, le manganèse et la bauxite, elles devraient servir, dit-elle sans entrer dans les détails, « à assurer l'éducation des jeunes et à construire des infrastructures de santé ».

Dans sa grande vision pour son pays, Akua Donkor n’oublie pas les journalistes. Sa solution pour eux est simple : « Je vais offrir à chaque média du Ghana une nouvelle voiture de sorte que les journalistes puissent voyager dans toutes les régions et réaliser des reportages sur les défis auxquels le pays fait face ». Une proposition à laquelle ses détracteurs ne manqueront pas d’objecter : oui, mais qui paiera l’essence ?

Car la question qui se pose est celle des moyens. La future candidate répond en mettant en avant sa réussite personnelle. Akua Donkor a fait fortune dans l’agriculture, notamment dans l’exploitation du cacao, dont le Ghana est un grand producteur. Bien que très peu connue de ses compatriotes, ses actions sociales dans la circonscription électorale d’Heman où elle est députée, sont bien connues de la population locale. Sur fonds propres, elle a construire des écoles et fourni de l’eau potable et de l’électricité à des villageois. Sa recette peut-elle s’appliquer à tout le pays ? Akua Donkor en est persuadée...

__________

André Silver Konan, envoyé spécial à Accra.

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Ghana

Série TV : plongée en eaux troubles avec Idris Elba

Série TV : plongée en eaux troubles avec Idris Elba

Idris Elba interprète Luther, le héros éponyme de la nouvelle série diffusée sur Canal+. Un flic borderline entouré de psychopathes.[...]

Agrobusiness : Apibana ou l'art du lobbying

L'African Pineapples and Bananas Association fait front contre le tarif de douane préférentiel que l'Europe pourrait accorder à l'Amérique centrale.[...]

Sanusi Lamido Sanusi : "Il faut permettre aux cultivateurs d'accéder au crédit"

Afin de promouvoir une croissance rapide et durable reposant sur les petits exploitants, la Banque centrale du Nigeria a mis en place un système incitatif d'aide aux prêts agricoles.[...]

Marchés publics africains : le leadership chinois pointé du doigt

Barrages, routes, chemins de fer... Depuis dix ans, Pékin multiplie les contrats en Afrique, sur le modèle controversé "matières premières contre infrastructures". Mais d'autres[...]

Présidentielle française : François Hollande vainqueur en Afrique

Comme au premier tour, les électeurs français d’Afrique ont apporté majoritairement leur suffrage à François Hollande le 6 mai 2012. Le candidat socialiste termine en effet en tête[...]

Télécoms : la fin de l'âge d'or

Sous le triple effet d'une concurrence accrue, de la baisse des prix et d'un ralentissement de la hausse du nombre d'abonnés, les opérateurs africains voient leur rentabilité s'effriter. Pour beaucoup[...]

Côte d'Ivoire : pro-Gbagbo exilés au Ghana, la revanche dans la peau

Ils se savent surveillés et font profil bas. Un an après la chute de l'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, qu'ils ont côtoyé et soutenu, ils sont des dizaines à s'être[...]

Ensemble, abolissons la peine de mort en Afrique

Souhayr Belhassen est présidente de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH)[...]

Emploi et formation : le boom du coworking

Loyer modéré, flexibilité et émulation : les espaces de travail partagés font leur chemin en Afrique. Prisés des professionnels des nouvelles technologies, ces lieux agissent comme des[...]

Emploi - Réseaux sociaux : Viadeo vs LinkedAfrica

L'un, en partie payant, se veut "global" et compte 2 millions d'inscrits en Afrique. L'autre, totalement gratuit, revendique une spécificité continentale et a conquis 250 000 membres. Double-clic sur Viadeo[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers