16/12/2008 à 15h:42 Samir Gharbi, envoyé spécial à Monaco
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Installé depuis trois ans à Monaco, cet ingénieur franco-algérien de 34 ans est l’inventeur d’une machine solaire à dessaler l’eau de mer.

Mehdi Hadj-Abed n’a pas décroché le gros lot au casino de Monte-Carlo, mais son rêve n’en est pas moins devenu réalité. Jeune ingénieur de 34 ans installé à Monaco, il a imaginé, dessiné et mis au point la première machine à dessaler l’eau de mer fonctionnant uniquement à l’énergie solaire.

Installé dans un local qui ne paie pas de mine sur la digue du port Hercule, dans la principauté, le prototype produit depuis sa mise en route, en février dernier, 60 litres d’eau potable par heure, grâce à onze panneaux photovoltaïques qui alimentent une pompe immergée dans la mer, une batterie et le mécanisme de distillation de l’eau de mer.

Simple à utiliser, le dispositif est en outre d’un coût modique : entre 20 000 et 50 000 euros. Il représente un fantastique espoir pour tous les pays en développement. Permettra-t-il un jour de traiter l’eau insalubre des rivières d’Afrique et d’Asie ? Dans l’immédiat, la Coopération monégasque, qui finance la construction d’un dispensaire dans le parc national du banc d’Arguin, à 200 kilomètres au nord de Nouakchott, en Mauritanie, va s’en servir pour approvisionner en eau potable le bâtiment. Un moyen beaucoup plus pratique que les habituels camions-citernes, lesquels ont fâcheusement tendance à s’enliser dans les dunes…

La mise au point du prototype est le fruit de plusieurs années de recherche. Si les procédés du dessalement et de la récupération de l’énergie solaire sont désormais bien connus, jamais les ingénieurs n’avaient réussi à combiner les deux technologies avec une telle efficacité. Mehdi Hadj-Abed y est parvenu grâce aux progrès de la miniaturisation et à sa bonne maîtrise de la mécanique des fluides. Il est vrai que, dans ce domaine, il a de qui tenir…

 

Né en 1974 à Oran, en Algérie, il a en effet grandi entre une mère professeure de français et un père ingénieur en hydraulique. À Kristel, petite cité balnéaire proche du grand complexe pétrochimique d’Arzew, où la famille s’est installée, ce dernier travaille sur des barrages et différents réseaux d’alimentation en eau.

En 1986, changement de vie et de décor. La famille Hadj-Abed, qui compte désormais trois enfants, s’installe dans un appartement de 100 m², à Puteaux, dans la proche banlieue parisienne. « C’était la belle vie », se souvient Mehdi, qui avait 12 ans à cette époque. Ses affaires marchant plutôt bien, le papa ne tarde pas à offrir à sa petite famille une maison avec jardin à Bezons, un peu plus au nord…

Enfant sage, Mehdi se conforme aux souhaits de son père et s’inscrit en BTS de conception de produits industriels, à Argenteuil. « J’étais fait pour le monde de la technique. Je voulais être designer automobile », raconte-t-il. Il passe ensuite avec succès le concours d’entrée à l’École nationale supérieure des arts appliqués et des métiers d’art (Ensaama), plus connue sous le nom d’École Olivier-de-Serre, dans le 15e arrondissement de Paris, dont il sort diplômé en 1997.

Il décroche son premier job à Raison Pure, une agence de design, où il est payé au smic, le salaire minimum. Il dessine des bouteilles de bière et des flacons de parfum… Son père, toujours aussi présent, apprécie modérément. L’esthétique, ce n’est pas vraiment son truc. Pas très sérieux, tout ça… Il préférerait voir son fils occuper « un vrai travail dans le milieu industriel ». « Arrête de te prendre pour Picasso ! » lui lance-t-il un jour…
Sous la pression, Mehdi intègre fin 1997 un bureau d’études spécialisé dans la construction de papeteries, où son père lui a trouvé un boulot. Le jeune homme s’y familiarise avec le métier de dessinateur-projeteur en tuyauterie. L’élaboration des systèmes de circulation de l’eau est primordiale dans cette branche industrielle…

Fort de cette nouvelle compétence, Mehdi intègre ensuite plusieurs sociétés, dont Weir Entropie, un constructeur d’usines de dessalement d’eau de mer (2001-2003), et surtout Single Buoy Moorings Inc (SBM), une entreprise de location de compétences spécialisée dans les installations pétrolières offshore (2005). Dans ce cadre, il réalise des missions très différentes, travaillant tout à tour sur le barrage de Béni-Mellal, au Maroc, dans une usine de peinture en Slovaquie, une papeterie dans le nord de la France, puis des unités de dessalement d’eau de mer en Égypte et dans les Émirats arabes unis. Des équipements lourds qui produisent 25 000 litres d’eau par heure. C’est en travaillant sur ces mastodontes que Mehdi commence à imaginer de petits modules de production d’eau potable destinés aux propriétaires de bateaux, aux ports de pêche, aux petites entreprises, voire aux organisations humanitaires. « On m’a traité de fou quand j’ai dit que j’arriverais un jour à dessaler l’eau de mer avec le soleil ! » s’amuse-t-il.

 

Tout s’accélère quand il est muté à Monaco. Mehdi s’y retrouve seul. Au départ, il ne pense pas s’éloigner très longtemps de sa femme, enceinte de leur premier enfant : sa mission est censée ne durer que trois mois. Mais elle va être plusieurs fois prolongée. À défaut de pouvoir profiter pleinement de son fils, Dorian, né en juillet 2005, Mehdi occupe son temps libre comme il peut. Le soir, il dessine et redessine les plans de sa machine solaire à dessaler l’eau de mer.
 Le projet prend forme. En novembre 2006, il remporte le prix du gouvernement monégasque pour l’innovation, doté de 40 000 euros. Mehdi exulte. Mais le meilleur reste à venir. Le lendemain, Frédéric Platini, directeur de la Coopération internationale de la Principauté, lui téléphone pour lui proposer de créer une société – ultérieurement baptisée EauNergie – en association avec la fondation Prince Albert II. Laquelle est disposée à prendre 15 % du capital. Il accepte, bien sûr. L’année suivante, la société est créée. Et c’est à travers elle qu’il compte aujourd’hui commercialiser sa machine dans le monde entier.

Devant la tournure prise par les événements, Mehdi finit par convaincre sa femme de le rejoindre sur le Rocher. Désormais, ce fan de jazz et de plongée sous-marine, sport qu’il pratique assidûment, est un homme comblé. Son deuxième enfant – une fille – est né au mois de mai. Le dépôt de ses brevets est en cours. Quant aux équipements destinés au dispensaire mauritanien, ils sont fin prêts, et Mehdi Hadj-Abed ne rêve plus que d’une chose : décoller pour le banc d’Arguin. Il s’y rendra le mois prochain pour procéder au démarrage de sa machine…

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