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Idrissa Diop

11/12/2008 à 10:12
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À près de 60 ans, le musicien sénégalais accède à la notoriété internationale et chantera lors de la cérémonie d’ouverture du Mondial 2010, en Afrique du Sud.

Le percussionniste et chanteur sénégalais Idrissa Diop est un artiste surbooké. À peine vient-il d’assurer la direction artistique du Marathon musical de la mairie de Dakar, un concert géant qui a réuni les cinquante meilleurs musiciens du pays, le 29 novembre, qu’il s’apprête à s’enfermer dans un studio de répétition parisien. Depuis plusieurs semaines, il travaille sur deux morceaux qui figureront sur l’album que Carlos Santana, le célèbre guitariste mexicano-américain, créateur de l’immortel Black Magic Woman, doit enregistrer l’an prochain aux États-Unis.

Depuis qu’ils se sont rencontrés, en 2001, les deux hommes ne se quittent plus et ont joué ensemble sur les plus prestigieuses scènes, de l’O2 Arena (à Londres) à Carnegie Hall (à New York), en passant par le Palais omnisports de Paris-Bercy. Santana a même accepté de jouer sur le dernier album d’Idrissa, Historia*, sorti en mai dernier.

Mais le moment le plus fort de leur collaboration est à venir. Le 11 juin 2010 à Johannesburg, lors de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde de football – qui, comme l’on sait, se déroulera pour la première fois en terre africaine –, les duettistes se partageront la scène, dressée pour l’occasion sur la pelouse du Soccer City Stadium. Une consécration tardive pour Idrissa, dont la carrière a commencé il y a plusieurs décennies…

En 1976, il n’est encore qu’un musicien anonyme jouant dans de petits clubs parisiens avec l’espoir un peu fou de s’y faire un nom. Pour toute publicité, il n’a que le bouche-à-oreille. Avec d’autres inconnus en quête de notoriété – l’Ivoirien Paco Séry, le Martiniquais Michel Alibo, le Franco-Italien Jean-Pierre Como et les Français Louis Winsberg et Alain Debiossat –, il forme au début de 1985 un groupe baptisé Sixun, qui, dans les annales de la scène française, reste comme la première formation métisse de jazz fusion.

Le succès est au rendez-vous, mais, très vite, la routine s’installe. « Il nous arrivait de jouer les mêmes morceaux pendant des mois. Nous n’avions plus le temps de chercher quoi que ce soit », se souvient Idrissa. De guerre lasse, il quitte Sixun et se lance à la découverte de nouveaux genres musicaux.

Très vite, dès 1986-1987, il est sollicité par trois monstres de la chanson française, Bernard Lavilliers, Jacques Higelin et Claude Nougaro, auxquels son talent n’a pas échappé. Le jeune percussionniste va les accompagner tour à tour pendant deux ans. Après quoi il entreprend une carrière solo et recrute ses propres musiciens. « Avec les expériences que j’avais accumulées, je me sentais prêt », explique-t-il.

 

Depuis qu’il vole de ses propres ailes, Idrissa Diop a participé à des dizaines de rendez-vous musicaux et sorti huit albums : Missaal, Femme noire, Rebelle, ­Tribal ­Poursuite, Conscience collective, Expérience, Historia, mais aussi et surtout, Yakar, qui est à l’origine de sa rencontre avec Santana.

Chez un disquaire de San Francisco, la star tombe par hasard sur l’opus diopien. Immédiatement séduit, il décroche son téléphone pour féliciter l’auteur. « Carlos m’a dit que Yakar était devenu son disque de chevet et que nous faisions la même musique. J’ai vraiment été très touché », raconte aujourd’hui « Idy », comme ses amis le surnomment.

Si son talent est reconnu dans le monde entier, et notamment en France, où il vit depuis trente-deux ans, Idrissa Diop est moins populaire dans son pays natal. Est-ce parce que sa musique n’a pas grand-chose à voir avec le mbalax, la musique la plus prisée dans les boîtes de Dakar ? Elle se fonde pourtant sur des sons typiquement africains qu’il revisite sur des rythmes soul, funk, latino ou jazzy. Un délicieux mélange relevé par sa voix rocailleuse, qui n’est pas sans rappeler celle des takhouranekate, ces chanteurs traditionnels de la région du Saloum, dans le centre-ouest du Sénégal. Son nom ? La fusion.

Né en 1949, Idrissa a attrapé très tôt le virus musical. « Petit, déjà, je tapais à longueur de journée sur des cartons ou des gourdes vides », se souvient-il. Il a 8 ans quand son grand-père maternel lui offre son premier djembé. Le bambin est ravi, ses parents beaucoup moins.

Dès sa naissance, ils ont jugé plus prudent de confier leur progéniture à son aïeul, qui vit à Malika, dans la banlieue de Dakar, loin du populeux quartier de la Médina où ils résident. Parce qu’ils veulent à tout prix lui donner une éducation sérieuse, la « clé de la réussite », pensent-ils. Hélas, Idrissa ne manifeste pas une passion dévorante pour l’école et arrête sa scolarité dès l’âge de 14 ans pour se consacrer à sa passion : les percussions. Il se perfectionne sur le tas et, en 1968, crée avec quelques amis son premier groupe, Rio Orchestra. Mais l’aventure tourne court.

 

Il en faut davantage pour décourager le jeune homme, qui, en compagnie de musiciens expérimentés, participe dans la foulée à la création d’une nouvelle formation baptisée Sahel. Laquelle donnera son nom à l’une des plus célèbres boîtes de Dakar.

Le groupe, dont la naissance coïncide opportunément avec celle de l’Office de radiodiffusion-télévision du Sénégal, tire profit de la force de frappe du nouveau média. Alors que les téléspectateurs s’attendent à voir des jeunes en pantalon pattes d’eph’ et chemise près du corps – le look de l’époque –, ces derniers apparaissent en tenue traditionnelle et chantent... Touba. C’est la première fois qu’un orchestre sénégalais célèbre la ville sainte de la confrérie des Mourides et son fondateur, Cheikh Ahmadou Bamba. Les Sénégalais sont sous le charme. Parmi les premiers admirateurs d’Idrissa Diop figure un certain Youssou N’Dour, qui, à l’époque, est très loin d’être une star planétaire. « J’allais souvent voir ses spectacles. C’est d’ailleurs Idrissa qui, dans les années 1970, a composé mon fameux morceau Guedj », se souvient le plus connu des chanteurs sénégalais. Les deux artistes mettent actuellement au point un important projet musical…

Malheureusement, l’aventure Sahel connaît un brutal coup d’arrêt avec l’assassinat de l’un de ses membres, en 1975. Le premier tube du groupe reste sans lendemain. À 27 ans, Idrissa se retrouve une nouvelle fois sans formation. C’est alors qu’un ami français, convaincu de son talent, le persuade de prendre le chemin de l’exil. Avec le succès que l’on sait.

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