Simon Mbatshi Batshia : « Ici, tolérance zéro face à la corruption »

08/12/2008 à 11h:15 Propos recueillis à Matadi, par Muriel Devey
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Pour sa province, l’infatigable gouverneur ne compte pas ses heures. Objectif : faire du Bas-Congo une région où il fait bon vivre et investir... Mais aussi de le faire savoir.

Né en 1949 à Mvuangu, dans le district du Bas-Fleuve, Simon-Floribert Mbatshi Batshia obtient une licence en sciences commerciales et consulaires en 1972. Après deux ans dans l’enseignement, il devient directeur général de la Société de gestion et de management (Sogem) et entre en politique en 1977, en tant que Commissaire du peuple (député national) élu de la circonscription du Bas-Fleuve. Cinq ans plus tard, il rejoint le gouvernement : secrétaire puis commissaire d’État (ministre) à l’Économie, à l’Industrie et au Commerce extérieur (1982-1985), avant de prendre la tête du ministère du Travail et de la Prévoyance sociale (1986-1988). Il est alors nommé PDG de la Société nationale des chemins de fer du Congo (SNCC), puis de l’Office de gestion du fret maritime (Ofregem). En 1991, il part en Afrique du Sud et se consacre au management de sociétés privées. Activités qu’il poursuit de retour au pays, en 2003. Membre du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD, majorité présidentielle), il est élu gouverneur du Bas-Congo le 27 janvier 2007.

Jeune Afrique : Quelles sont vos priorités sur le plan économique ?

Simon Mbatshi Batshia : On les détermine en fonction de la grande bataille qu’est la lutte contre la pauvreté. Nos priorités sont donc les soins de santé, l’éducation et la route, parce que cette dernière permet les échanges et l’augmentation de la production.

Et avec quels moyens ?

La province dispose de recettes à caractère national rétrocédées par l’État et de ses recettes propres. Sur un budget de 80 milliards de francs congolais [FC, environ 108 millions d’euros], ces dernières ne représentent que 4 milliards, soit 5 % du total. C’est peu… Nous ne sommes pas autorisés à créer de taxes au niveau provincial. Mais, avec la future loi financière, nous le pourrons. Et les recettes provinciales vont donc augmenter.

Rétrocession de 40 % des recettes de l’État ou prélèvement à la source : quelle est votre position sur la question ?

La Constitution dispose que les pro­vinces auront 40 % des recettes de l’État. Or plusieurs lois sur la décentralisation ont été promulguées, mais pas la loi financière, qui est l’une des plus importantes. Un autre point de divergence concerne le montant à rétrocéder : l’État a déclaré que les 40 % de recettes qui iront aux provinces ne seront pas redistribués en fonction des richesses créées par chacune d’elles, mais calculés, entre autres, sur la base de critères démographiques. Enfin, troisième débat : la façon dont ce montant sera rétrocédé. Les provinces demandent qu’il soit prélevé directement au niveau des régies financières, ce qui permettrait d’en disposer rapidement. Mais l’État veut d’abord récupérer les recettes et les rétrocéder ensuite…

Quel est le montant qui vous sera rétrocédé en 2008 ?

Il s’élève à 40 milliards de FC [environ 54 millions d’euros], dont 12,5 milliards pour le budget des services qui relèvent du gouvernement central (enseignement, agriculture, santé, autorités coutumières…). Le reste, soit 2,3 milliards par mois, nous sera payé ultérieurement.

Comment promouvoir les investis­sements ?

Nous avons élaboré des plaquettes de présentation et menons des campagnes de promotion pour « vendre la province ». Nous avons aussi créé une structure de promotion des investissements. Elle prend en charge l’­investisseur à son arrivée, l’aide à rassembler les documents dont il a besoin, à prendre des contacts… Par ailleurs, nous avons instauré une commission de lutte contre la corruption, la fraude et les tracasseries administratives et judiciaires dirigée par un haut magistrat. Ici, le mot d’ordre est : « Corruption, tolérance zéro. »

Et quel était l’objet de vos récents déplacements en Belgique, en France, en Pologne et en Afrique du Sud ?

Je voulais présenter le Bas-Congo. Même si une province marche bien, qu’elle connaît le calme et la stabilité, elle ne peut échapper à l’image générale négative du pays qui, à l’étranger, est perçu comme un pays en guerre, où il y a beaucoup de corruption. Nous expliquons que la guerre ne concerne qu’une petite partie du pays, que les gouverneurs sont élus et qu’il y a une stabilité. Et présentons les opportunités économiques de la province et les mesures prises pour lutter contre la corruption.

Avez-vous conclu des partenariats avec l’étranger ?

Les coopérations décentralisées dépendent d’accords-cadres signés entre États. Les provinces peuvent engager des partenariats public-privé (PPP) : s’associer à des sociétés pour créer des joint-ventures, leur accorder des concessions… Elles peuvent aussi procéder à des jumelages, sur des actions socioculturelles ou humanitaires mais, au préalable, il faut un accord-cadre entre États. Nous avons lancé un processus de jumelage avec la région de Varsovie (Pologne) et, bientôt, avec le Kwazulu-Natal (Afrique du Sud) et Namur (Belgique).

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