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Mohamed El Khayat

08/12/2008 à 10:37
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Non content d’être devenu l’un des principaux opérateurs informatiques du Québec, ce natif de Tétouan s’emploie à faciliter l’insertion des migrants dans la Belle Province.

Comme disent certains de ses amis, il est l’un des rares Arabes qui fait la une des journaux de Québec sans que son nom soit associé au terrorisme. Dans la capitale du Québec, où il est un peu le « Maghrébin qui a réussi » de service, les médias le sollicitent dès que la question de l’immigration a une quelconque actualité. Mohamed El Khayat ne s’en offusque pas. Si son exemple peut servir aux autres, tant mieux. Ce fils de maçon marocain qui dirige Informatique EBR, l’une des principales sociétés informatiques locales, estime qu’il a eu de la chance.

L’entreprise, dont il est le PDG, compte aujourd’hui soixante-dix-huit employés, répartis entre le siège social, à Québec, et les bureaux de Montréal, Donnacona, Chicoutimi et Alma. Sa spécialité ? La réseautique, les portails Internet, la sécurité et le stockage de données. Bref, toute la gamme des services informatiques les plus pointus. Pour ce qui est de la « quincaillerie », EBR est partenaire d’IBM. C’est après la fourniture des composants qu’elle donne toute la mesure de son savoir-faire, avec l’intégration des systèmes, l’entretien, etc. L’entreprise réalisera cette année un chiffre d’affaires de 42 millions de dollars canadiens (un peu plus de 26 millions d’euros). Sa clientèle est constituée de quelque six cents administrations, établissements scolaires ou universitaires, compagnies d’assurances et entreprises industrielles. Parmi ces dernières, Rio Tinto Alcan, dont l’une des usines québécoises est la plus grosse aluminerie au monde…

Né en 1960 près de Tétouan, l’une des régions les plus pauvres du Maroc, Mohamed El Khayat a su saisir la balle au bond. Il n’y a dans son village ni eau ni électricité. Sa nombreuse famille – il est l’aîné de dix enfants – vit très modestement. Pour financer sa scolarité, il enchaîne les petits boulots sur les plages et dans les hôtels, jusqu’à devenir moniteur de voile dans un « Club Med ». Une bourse du gouvernement lui permet de poursuive ses études secondaires en Espagne.

Après le bac, il n’a guère le choix de la discipline pour ses études universitaires. Ce sera l’informatique de gestion, à Grenade. Le coup du sort intervient en 1986. Alors qu’il termine ses études en Espagne, il rencontre une jeune touriste québécoise… qui deviendra son épouse. Celle-ci le convainc de venir passer quelque temps dans son pays, dont il a à peine entendu parler. Ce premier séjour sur les rives du Saint-Laurent ne l’enthousiasme guère. Le mal du pays se fait vite sentir et il préfère rentrer au Maroc avec sa compagne. Mais la confrontation avec la dure réalité du marché du travail chérifien se révèle à son tour décevante.

 

Nouvelle expérience, donc, au Québec, en 1987. Les premiers temps sont difficiles – il n’a pas de papiers, son français et son anglais sont très faibles –, mais Mohamed El Khayat est décidé à forcer le destin. À l’époque, les ordinateurs Macintosh viennent de faire leur apparition. Un jour, au culot, il se présente chez le concessionnaire Apple de la capitale et offre ses services au directeur des ventes : « Je ne demande pas de salaire, lance-t-il. Vous me paierez en commissions. »

Séduits par sa détermination, les responsables de la société acceptent le marché. Ils ne le regretteront pas. Six mois plus tard, Mohamed est élu meilleur vendeur de l’entreprise, avant de devenir, deux ans plus tard, directeur commercial de l’ensemble de la compagnie – Micro-Contact à l’époque – pour tout le Canada. Il a la responsabilité de quarante-six représentants.

Entre-temps, il a noué des relations amicales avec deux confrères du milieu informatique. Leurs domaines de compétence sont complémentaires. Ensemble, en 1992, ils lancent EBR, dont on sait ce qu’il est advenu…

Aujourd’hui reconnu comme un opérateur important de la capitale québécoise, Mohamed El Khayat est membre de la Chambre de commerce de Québec. Mais son activité ne s’arrête pas aux portes de son entreprise. Pour mieux s’enraciner dans sa patrie d’adoption, il a étudié la littérature québécoise à l’université Laval. Surtout, il veut utiliser son expérience pour aider les Québécois de souche et les immigrants à mieux se comprendre, afin de faciliter l’insertion de ces deniers sur le marché du travail, de plus en plus problématique à cause de la hausse du chômage.

Son implication dans de nombreuses actions socioculturelles lui a valu plusieurs distinctions. Lauréat du prix Bâtisseur québécois en 2000, il s’est aussi vu remettre, en 2001, le prix Immigrant du monde décerné par la Chambre de commerce et la ville de Québec. La même année, il est appelé à siéger au conseil interculturel mis en place par le maire de la ville.

 

Et le Maroc ? Mohamed n’a jamais rompu les ponts avec son pays natal, où il passe chaque année quelques semaines de vacances en famille. Il y tient d’autant plus qu’il veut que ses deux enfants, Karim, 16 ans, et Sarah, 14 ans, connaissent les deux cultures de leurs parents. Mais retourner au Maroc pour les affaires, Mohamed ne l’envisage pas un instant.

S’il reconnaît à Mohammed VI le mérite d’avoir lancé de nombreux chantiers de modernisation, il est un obstacle qu’il juge rédhibitoire : la corruption, source de tous les maux à ses yeux. Et puis, son attachement à la ville de Québec n’a pas faibli depuis vingt ans. À tel point qu’il n’irait en aucun cas s’installer à Montréal, même si le choix de la métropole économique québécoise serait certainement plus intéressant pour ses affaires.

Aux alentours du château Frontenac, l’hôtel qui a accueilli les chefs d’État lors du récent Sommet de la Francophonie, et dans les rues de la vieille ville qui domine le Saint-Laurent, Mohamed El Khayat est l’ami de tous. Difficile, il est vrai, de rester insensible au charme et à la gentillesse de ce quadragénaire à l’élégance discrète et au sourire rayonnant. Lui voit les choses de façon très pragmatique. « La vie m’a appris une chose, dit-il, le meilleur investissement qu’on puisse faire, c’est d’être généreux. »

Il donne en exemple une affaire conclue récemment avec Bombardier, le troisième avionneur au monde après Boeing et Airbus. EBR a décroché un marché de plus de 800 000 dollars canadiens (environ 500 000 euros) à la barbe des plus grandes compagnies informatiques. Sa solution n’était pas forcément la meilleure, ni la moins chère. Mais un facteur humain a été décisif : le chef du comité de sélection, d’origine maghrébine, n’avait pas oublié l’intervention de Mohammed El Khayat en sa faveur, dix ans plus tôt, alors qu’il était étudiant en situation irrégulière. Un coup de pouce qui lui avait évité d’être expulsé du Québec. Comme quoi aider les autres peut, effectivement, se révéler payant, au sens propre du terme…

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