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Bénin : une croissance vacillante, un équilibre précaire

17/01/2012 à 11:37
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Comment les Béninois ne seraient-ils pas moroses ? Quelque 47 % d’entre eux vivent avec un revenu inférieur au seuil de pauvreté et leur misère s’aggrave, ce qui vaut au Bénin d’être classé 167e sur 187 pays dans le rapport 2011 sur le développement humain publié par le Programme des Nations unies pour le développement (134e sur 169 pays en 2010).

La croissance de son économie est vacillante : 5 % en 2008, 2,7 % en 2009, 2,6 % en 2010 et 3,8 % espérés en 2011. Les réserves de change permettaient de garantir 7,6 mois d’importations en 2008, mais seulement 6,4 mois en 2011. Ce n’est guère brillant. Et l’économie du Bénin est sans conteste la moins dynamique de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), après la Côte d’Ivoire.

Il faut dire que l’équilibre précaire dans lequel le pays vit en permanence a été perturbé en 2010 par les inondations, qui ont affecté les deux tiers du territoire et provoqué 250 millions de dollars (environ 190 millions d’euros) de pertes cumulées, en raison aussi bien des destructions d’immeubles et d’infrastructures que des pertes de récoltes, notamment de coton, qui est le premier produit d’exportation du Bénin.

Les trois sujets d’inquiétude récurrents sont le port de Cotonou, le carburant et la fonction publique

L’année 2010 a été marquée également par l’effondrement de structures financières de microcrédit, qui fonctionnaient de façon frauduleuse sur le modèle dit « de Ponzi », utilisé par l’escroc américain Madoff. Quelque 150 000 épargnants ont été grugés et appauvris.

Cependant, ces catastrophes expliquent moins les médiocres performances du Bénin que trois sujets d’inquiétude récurrents : le port de Cotonou, le carburant et la fonction publique.

Le Bénin étant un couloir de transit vers l’hinterland et vers le géant nigérian voisin, le port de Cotonou est l’une de ses principales sources d’activité économique et de recettes budgétaires. Malgré des réformes et, par exemple, la création d’un guichet unique pour les importateurs en juillet 2011, il est toujours au cœur des plus graves corruptions dont pâtit le pays.

Ajoutons que sa productivité est faible et que, si le Nigeria se décidait à créer chez lui des installations portuaires modernes, comme son président en manifeste l’intention, il pourrait en résulter un effondrement du trafic au port de Cotonou, avec les conséquences dramatiques que cela aurait pour l’économie nationale.

Le carburant est un produit ultrasensible en Afrique subsaharienne. Comme beaucoup d’autres gouvernements de la région, celui de Pascal Irénée Koupaki a subventionné lourdement l’essence, en pratiquant une sous-évaluation des valeurs importées. Ce qui a réduit les taxes prélevées au profit du budget de l’État.

Il n’en demeure pas moins que les hydrocarbures venus en contrebande du Nigeria se vendent sur le bord de la route deux fois moins cher qu’à la pompe. Ce système est donc à la fois coûteux, inefficace et injuste, puisqu’il profite aussi aux populations plus fortunées.

Quant à la fonction publique, elle se comporte en prédatrice. Certes, les salaires n’y sont pas mirobolants, mais sa masse salariale représente 45 % des recettes fiscales totales du Bénin et a progressé de 83 % en cinq ans. Elle pèse 7,3 % du produit intérieur brut – soit le ratio le plus élevé de l’UEMOA – et son importance étouffe les investissements d’avenir.

Il est inquiétant de constater que les grèves répétées de fonctionnaires ont débouché, en août, sur un accord augmentant immédiatement les agents des Finances de 25 %, ceux des autres ministères voyant cette progression s’étaler sur cinq ans. La Cour constitutionnelle a annulé cet accord.

Dans ce contexte de moyens budgétaires très contraints, il est heureux que le gouvernement ait renoncé à bâtir sa politique économique pour la période allant de 2011 à 2015 sur un scénario de croissance de 6 % par an. Comme le lui a dit le Fonds monétaire international (FMI), cette hypothèse était « très optimiste ».

Les autorités béninoises ont retenu un scénario de 4,5 % par an, mais le défi n’est pas mince pour autant : pour réaliser cet objectif – que le FMI a qualifié de « plus réaliste » –, le gouvernement devra abandonner la mollesse dont il fait preuve dans l’exécution des réformes qu’il affirme vouloir mener. 

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